Innov'ATM, la révolution sur les pistes d'aéroport

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Amine Karray et Stéphane Bascobert, à l'origine de la société Innov'ATM
Amine Karray et Stéphane Bascobert, à l'origine de la société Innov'ATM (Crédits : DR)
Lancée l'année dernière, la société toulousaine a imaginé un logiciel capable de mieux anticiper les arrivées et les départs des avions sur les tarmacs d'aéroports. Selon ses créateurs, un tel outil pourrait permettre d'économiser 10 millions d'euros par an et par piste, et de diminuer jusqu'à 40 % les délais d'attente des appareils. Innov'ATM prévoit de lever 1 million d'euros en 2015.

On le sait peu mais, dans la plupart des grands aéroports internationaux et notamment à l'Aéroport Toulouse-Blagnac, c'est encore à partir de feuilles de papier que les contrôleurs aériens gèrent les atterrissages et les décollages d'avions. "Sur les 300 plus grands aéroports du monde, 270 utilisent des 'strip papers' et les 30 restants utilisent des logiciels de visualisation ancestraux datant d'une vingtaine d'années." Parti de ce constat, Amine Karray, ancien ingénieur chez Thales, a monté avec son associé Stéphane Bascobert, début 2014, la société Innov'ATM.

Basée à Toulouse, l'entreprise vient de commencer à commercialiser SkyKeepersuite. Ce logiciel permet de mieux anticiper les mouvements des avions à proximité des tarmacs.

"Le logiciel est doté d'un outil de prédiction très performant. Les contrôleurs repèrent la présence des avions qui souhaitent atterrir au moins une heure et demie avant l'heure d'arrivée prévue à l'aéroport, contre 40 minutes actuellement avec les logiciels existants, décrit Amine Karray. Mieux anticiper les arrivées, cela permet d'éviter que les avions tournent au-dessus des pistes, faute de place."

Avec ce logiciel, Innov'ATM veut réduire les délais d'attente sur les pistes aussi bien au décollage qu'à l'atterrissage. Une mouture complémentaire du logiciel qui sera commercialisée dans un second temps et permettra de gérer la disponibilité des parkings à partir, là aussi, d'un outil de prédiction.

10 millions d'euros d'économies
par an et par piste

Au-delà de l'aspect logistique, cet outil pourrait permettre aux aéroports de réaliser des économies considérables.

"D'après une simulation réalisée à partir des données de l'aéroport Paris-Charles de Gaulle, nous avons estimé que les aéroports pouvaient réaliser 10 millions d'euros d'économies par an et par piste, dont 9 millions d'euros de redevance d'atterrissage et 1 million d'euros pour l'économie de carburant réalisée du fait que les avions tournent moins au-dessus des pistes avant d'atterrir", observe Amine Karray.

D'après ces estimations, les aéroports qui utilisaient jusqu'ici des bouts de papier pourraient gagner 50 % de disponibilité sur les pistes du tarmacs.

Malgré ces simulations, la société Innov'ATM peine à convaincre la DGAC (Direction générale de l'aviation civile), qui supervise en France la réglementation et le contrôle aérien. Lors de sa visite à Toulouse le 13 février, la secrétaire d'État au Numérique Axelle Lemaire s'était d'ailleurs étonnée de la situation actuelle, promettant d'aider la jeune entreprise à convaincre l'État français. Pourtant, à l'étranger, le concept fait son chemin. La société Innov'ATM est actuellement en train de nouer des partenariats avec trois pays, notamment en Asie. Elle compte réaliser une première vente de son logiciel en 2016 pour un montant de 2 millions d'euros et table d'ici à 2020 sur 15 ventes et 30 millions d'euros de recettes.

Levée de fonds et 10 embauches d'ici 2016

Intégrée au sein de la pépinière d'entreprises de Basso Cambo, la société Innov'ATM a rejoint en septembre 2014 l'Incubateur Midi-Pyrénées et, depuis janvier 2015, elle est aussi membre de l'incubateur de l'agence spatiale européenne, l'Esa Bic. Elle compte lever un million d'euros cette année et embaucher 10 personnes d'ici à 2016.

En effet, les besoins sur le marché s'annoncent colossaux. "Au cours des 15 dernières années, le trafic aérien a été multiplié par deux en Europe et aux États-Unis et il devrait à nouveau doubler sur ces deux continents d'ici à 2030, voire tripler en Asie", conclut Amine Karray. Et la gestion du trafic aérien devait devenir un enjeu crucial pour les tarmacs du monde entier.

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