Next 40 : pourquoi si peu de startups non parisiennes dans le classement ?

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Daniel Benchimol est le fondateur du cluster DigitalPlace et d'Eurogiciel.
Daniel Benchimol est le fondateur du cluster DigitalPlace et d'Eurogiciel. (Crédits : Reuters)
Président fondateur du cluster numérique DigitalPlace (devenu Digital 113) et fondateur du groupe Eurogiciel (devenu Scalian), Daniel Benchimol dénonce dans La Tribune le manque de startups de province dans l'indice Next40 qui identifie les jeunes pousses françaises à fort potentiel.

Le Next 40, quelle belle initiative pour préparer le remplacement du CAC 40 dont l'âge moyen des entreprises est de 105 ans. C'est l'occasion aussi de donner de la visibilité à des entreprises en devenir. Comme dirait Coluche, c'est un jury autorisé, des milieux autorisés, qui s'est autorisé à établir les critères de choix de ces 40 élus.

Seulement six startups de province

Et le choix des critères est le suivant : ceux qui sont déjà des licornes (comme BlaBlaCar ou Doctolib), ceux qui ont fait une levée de fonds supérieure à 100 millions d'euros pendant les trois dernières années (comme ManoMano), les levées de fonds les plus importantes sur les trois dernières années, un chiffre d'affaires supérieur à cinq millions d'euros pour le dernier exercice, avec une croissance annuelle moyenne d'au moins 30% sur les trois derniers exercices.

Pourquoi pas ces critères, il en faut bien. Moi, ce que j'analyse c'est le résultat. 40 sociétés dont seules 6 sont de province (15%) .... Ça coince un peu ! (Je suis
Toulousain !) De deux choses l'une, soit la valeur de nos entrepreneurs et ingénieurs, est inversement proportionnelle à la distance qui sépare leur siège social de la Place de l'Etoile, soit il y a un léger bug quelque part.

Je rappelle que depuis juin, quatre villes ont été choisies dans le cadre du projet 3IA (Instituts Interdisciplinaires d'Intelligence Artificielle) : Paris, la logique est respectée mais aussi Toulouse, Nice et Grenoble. Il doit y avoir quelques raisons tout de même à la présence de trois sociétés provinciales sur quatre ! La matière grise nécessaire à l'intelligence artificielle, est bien présente hors du périph... CQFD. Cette intelligence artificielle que l'on retrouve très fortement en province ou plus généralement toute la tech, les deep tech nécessitent des deep pockets.

Les pépites parisiennes n'ont pas ce gué à passer

Et il s'avère que ce passage de la Garonne, de la Loire, de la Deûle ou du Rhône à la Seine est plus difficile qu'on ne le croit... Les pépites parisiennes n'ont évidemment pas ce gué à passer, ou du moins jouant à domicile, le passage est grandement facilité.

Alors, il ne s'agit pas de faire un complexe Paris-Province, il suffit encore une fois d'être confronté à la réalité factuelle. 2,8 milliards d'euros ont été levés en capital risque en France au premier semestre 2019, en croissance de 58% par rapport à 2018. Sur ces fonds, l'Ile de France capte 78% des montants levés mais seulement 54% en nombre d'opération, ce qui signifie bien qu'il existe la moitié des startups françaises qui font des levées qui ne sont pas à Paris !

Il est peut-être facile de penser que "The Place to Be" pour une startup dont l'ambition est d'espérer être un jour une licorne, c'est de déménager à Paris pour avoir l'opportunité d'être dans le club des boîtes que l'on remarque, que l'on finance.

Je n'ai pas parlé du critère chiffre d'affaires qui est souvent atteint par du financement. Dans le domaine de l'innovation technologique, en particulier dans le domaine des services B2B, faire 5 millions d'euros annuel de chiffre d'affaires nécessite que les étapes critiques soient largement derrière vous : structuration du management, industrialisation du produit, gestion de la traction du marché, début d'internationalisation, protection de l'IP, etc. Et pour cela il faut qu'elles aient été
financées ! En résumé : les deux critères ne se complètent pas, ils se superposent. Et comme une levée massive de fonds est sur le chemin critique des deux critères, l'étape juge-arbitre est celle de la levée intermédiaire.

Déménager son siège dans la capitale ?

L'investisseur que je suis se dit qu'il faut pousser les entreprises régionales à mettre un siège à Paris, à défaut de mettre au moins l'état-major sachant que la R&D peut rester en province. Et, c'est ce que je fais avec mes derniers investissements dans des startups  (Ffly4u ou Geotrend pour n'en citer que deux) qui deviendront des grandes si le dieu finance leur prête vie.

Nota bene : Je dois préciser que mon propos ne concerne que les startups. Toutes les PME ou ETI provinciales en croissance sont au contraire approchés par les fonds de capital développement locaux et parisiens, une nécessité face à la pénurie de bons dossiers.

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a écrit le 10/10/2019 à 12:55 :
Vous recommandez donc de remplacer Cityscoot, un loueur de e-scooters asiatiques par Ffly4u, un simple VAR déguisé en start-up ?
a écrit le 09/10/2019 à 15:03 :
C'est le centralisme démocratique à la française. Il faut dire aussi, qu'à part l'ISAE-Supaero, toutes les bonnes écoles d'ingénieur sont à Paris :-)

Non, le problème est que les parisiens en général, et les fonds en particulier, prennent les provinciaux pour des bouseux. Il n'a y pas d'autre raison objective.
Réponse de le 10/10/2019 à 9:55 :
Je suis provinciale et me bagarre depuis 7 ans pour aider les startups en province comprendre le VC-game.

Les parisiens sont tous d'anciens provinciaux, donc ils ne nous voient pas comme des bouseux.
Les provinciaux ont cette impression et ce comporte avec un manque de niac lorsqu'ils sont à Paris et devant des invest.
De plus on peut construire son entreprise hyper-growth en province, mais il faut rester connecter tous les mois avec Paris. Avoir un pied dans les deux endroit, c'est indispensable. C'est bon pour la motivation : "Your ambition is set by the environment you’re in".

Pour revenir sur l'article, je ne comprends pas ce qui est dénoncé ? Le fait que des parisiens aient choisi des startups parisiennes ?
Il y a des critères et peu de startups en province y répondent, full stop.
Le problème n'est pas le savoir-faire, mais la compréhension du game hyper-growth et donc son corollaire le VC-game. Toutes les startups et les investissements ne sont pas égaux.
La raison est que nous ne faisons pas ce qu'il faut dans nos écosystèmes régionaux, pour faire éclore des startups de type ManonMano, Doctolib, Algolia, Dataiku...on mélange tout, entrepreneuriat, PME, startup.

Le passage du gué n'est qu'une illusion. Enfin il faut se faire un place à Paris et tisser un réseau, surtout dans la ligue dans laquelle on s'inscrit, dans notre cas connaitre les passionnés et experts parisiens de l'hyper-growth. Si on ne connait personne à Paris, alors cela ressemble au film "Ridicule". Mais bon il faut passer par là, sinon comment se faire connaitre. C'est une question de bouche à oreille.

Le projet 3IA (Instituts Interdisciplinaires d'Intelligence Artificielle) a quel rapport le sujet des startups qui cherchent l'hyper-croissance ?
Les projets institutionnel, alambiqué et qui attire l'attention son souvent toxique pour aider les startups hyper-growth.

Je parle de ce sujet dans cette article "Pour une startup, Paris est-il un passage obligé ?" :
https://medium.com/@julien99/pour-une-startup-paris-est-il-un-passage-oblig%C3%A9-d896aa0f6fbb

Merci Daniel d'avoir lancé le débat et Pastafagoul pour le premier commentaire.

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