ITV. Le président de la Mutualité Française présente ses propositions pour sauver le système de santé français

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Étienne Caniard, président national de la Mutualité Française
Étienne Caniard, président national de la Mutualité Française
La Mutualité Française organisait mercredi soir une conférence-débat grand public autour de la problématique : « Votre santé en 2012 : agissons pour rester solidaire ». Étienne Caniard, le président national de la Mutualité Française nous présente les orientations et les objectifs des mutuelles. Depuis quand organisez-vous ce genre de débats ? Qu'est-ce qu'il en ressort ?

La Mutualité Française organisait mercredi soir une conférence-débat grand public autour de la problématique : « Votre santé en 2012 : agissons pour rester solidaire ». Étienne Caniard, le président national de la Mutualité Française nous présente les orientations et les objectifs des mutuelles.

Depuis quand organisez-vous ce genre de débats ? Qu'est-ce qu'il en ressort ?

Les débats publics ont commencé depuis le 16 novembre. Toulouse est notre 5e destination. Ces débats intéressent tous nos concitoyens car les problématiques que nous soulevons touchent l'ensemble de la population. Les difficultés d'accès aux soins, la nécessité d'avoir une complémentaire santé... Nous échangeons avec l'ensemble des acteurs. Par exemple, lors du débat organisé à Lyon, nous avons partagé avec les secrétaires nationaux de la CFDT et de la CGT, François Chérèque et Bernard Thibault. Comme la Mutualité, ils défendent l'assurance maladie obligatoire mais ils sont aussi face à une réalité : elle ne rembourse plus que 55 % des soins courants. Les syndicats de médecins sont aussi présents lors de nos débats car les dépassements d'honoraires sont un sujet de préoccupation majeure pour les Français.

En octobre, la Mutualité Française a dévoilé ses orientations pour réformer le système de santé français. Quelles sont-elles ?

Il s'agit de plusieurs propositions qui visent à créer un système de santé plus juste, plus efficace et pérenne. Parmi celles-ci, nous défendons le droit à une complémentaire santé désormais indispensable pour permettre l'accès de tous à des soins de qualité. Le droit à l'accès aux soins est un droit intangible et fondamental. Mais derrière ce droit, il y a le constat que le système actuel ne fonctionne plus. Ainsi la CMUC est aujourd'hui entièrement financée par les taxes sur les complémentaires. C'est insensé car cela renchérit le coût de la complémentaire et crée donc de nouvelles exclusions.

La question des dépenses de santé est également au cœur de vos propositions. Comment régler ce problème ?
Il faut notamment remettre à plat la question des dépassements d'honoraires qui représentent 2,5 Md€ par an. C'est considérable et ce n'est plus acceptable pour les patients ni pour le système de protection sociale qui est « miné » de l'intérieur avec le risque d'une évolution comme nous en avons connue pour l'optique ou les prothèses dentaires. Une réflexion doit s'engager sur le rôle et les responsabilités de l'assurance maladie obligatoire et des complémentaires santé, leur articulation.

Justement, vous avancez que la taxation des mutuelles a augmenté de 3,5 Md€ depuis 2008. Vous souhaitez plutôt que le financement du système soit élargi et ne repose plus uniquement sur les salaires...
Oui. Le renforcement du caractère solidaire du financement de notre protection sociale devrait être amplifié par un élargissement de l'assiette des cotisations sociales. La CSG pourrait aussi être réformée en la rendant progressive par l'introduction de taux différenciés en fonction des revenus, plus équitable que la taxation des mutuelles. Quand le gouvernement a choisi de taxer les mutuelles, il a dit vouloir s'attaquer aux niches fiscales. Pourtant le rapport de l'Inspection générale des finances, rendu public au même moment, a souligné l'efficacité de cette exonération. Pourquoi ne pas avoir supprimé la défiscalisation des heures supplémentaires qui n'a eu aucun effet sur l'emploi, comme le démontrent les rapports parlementaires ? Cela aurait rapporté 4 Md€ soit 4 fois plus que la taxation sur les mutuelles.

Vous préconisez donc une coordination entre le système public et les mutuelles ?
Le constat est extrêmement simple, l'assurance maladie ne suffit plus. Pour les analyses par exemple, elle rembourse à peine plus de 50 % de la dépense. Ce constat, nous le faisons tous, il faut en tirer les conséquences. C'est pour cela que nous débattons avec tous les acteurs. Quel que soit le résultat des élections en 2012, cette question ne pourra pas être évacuée. Nous devons travailler sur l'articulation avec le régime obligatoire. Une remise à plat du système qui s'appuie sur l'assurance maladie est nécessaire.

Comment régler le déficit de l'assurance maladie selon vous ?

Le système de santé français est encore relativement efficace mais coûte extrêmement cher. Sur le long terme, les dépenses de santé vont encore augmenter du fait de l'allongement de l'espérance de vie et des progrès médicaux. L'assurance maladie ne pourra pas répondre seule. L'intervention des complémentaires est inévitable. Une bonne articulation entre les deux systèmes est indispensable pour réguler les dépenses de santé et assurer la solidarité.

Propos recueillis par Paul Périé

© DR

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