LGV Toulouse-Bordeaux : réactions nombreuses, et prudentes, des élus de Toulouse et Midi-Pyrénées

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Le Premier ministre a annoncé mardi en conférence de presse que la LGV Toulouse-Bordeaux verra bien le jour d'ici à 2030. Une décision qui agite la classe politique locale dans son ensemble, et qui met en avant les lignes de rupture. Martin Malvy salue un choix "ambitieux et responsable", Jean-Luc Moudenc se dit réservé sur "l'ambiguïté" du projet. Pour Europe Écologie Les Verts, "rien n'est joué". Les réactions sont nombreuses, et diverses.

"Prioritaire", le mot est lâché. Lors de sa conférence de presse donnée hier à l'université Pierre et Marie Curie dans le cadre de la présentation du plan "Investir pour la France", Jean-Marc Ayrault a tenu à rassurer les partisans de la ligne à grande vitesse Toulouse-Bordeaux. De cette allocution, il ressort deux axes :

  • Le gouvernement "partage les conclusions du rapport Duron" en ce qu'il désire "garantir des moyens de transports rapides et performants pour les citoyens". Comprendre que la majorité socialiste a décidé de suivre les recommandations du scénario 2, le plus ambitieux. Il consiste en la mise en service de la LGV entre les deux capitales du Sud-Ouest d'ici à 2030 pour un effort financier conséquent.

  • Sans calendrier fixé au préalable, l'exécutif a précisé que "les études des projets se poursuivront" encore jusqu'en 2017. De quoi laisser une marge de manœuvre à l'État dans sa politique de transports.

Subsiste une interrogation quant à la répartition du budget de cette voie ferroviaire estimée à 7Md€. Si les collectivités territoriales se sont engagées à hauteur d'1 Md€, le niveau de participation de l'État n'est pas encore fixé à en croire le chef du gouvernement, qui précise la nécessité de "dialoguer avec les élus (...) de chaque projet", l'enjeu étant d'en tirer une "actualisation tous les cinq ans afin de prendre en compte les possibilités de financement par l'État, par l'Europe et les collectivités territoriales".


Panel des réactions suscitées

  • Pierre Cohen, maire de Toulouse

"Je salue cette décision légitime qui rappelle que ce tracé est prioritaire. (...) Dans une période difficile, le gouvernement fait preuve de lucidité et de courage en réaffirmant la nécessité d'inscrire Toulouse dans le réseau de la grande vitesse." Concernant le calendrier, le premier magistrat de la ville reste confiant quant à son respect : "L'enquête publique sera effectuée dès septembre 2013 pour que le tronçon Bordeaux-Toulouse puisse se faire dans la continuité du tronçon Tours-Bordeaux".


  • Martin Malvy, président du Conseil régional

L'annonce du Premier ministre est "une bonne très nouvelle" pour l'élu socialiste qui qualifie ce choix d' "ambitieux et responsable". Rappelant l'action conjointe des différents acteurs politiques au pouvoir, le président du Conseil régional estime que "Toulouse, 4è ville de France, et Midi-Pyrénées, plus vaste territoire régional, ne pouvaient pas rester à l'écart du réseau à grande vitesse." Autre objet de satisfecit pour l'édile, l'avancement de la réflexion du "GPSO" autour de l'axe Paris-Tours-Bordeaux-Toulouse.


  • Philippe Folliot, député UDI du Tarn

Pour le député du Tarn, le gouvernement a envoyé des "messages de confiance et d'optimisme" à travers sa décision au niveau de la politique des transports de l'État. Moins que la réalisation à venir de la LGV Toulouse-Bordeaux, le pensionnaire du Palais Bourbon retient surtout les avancées de la liaison autoroutière Castres-Toulouse considérée comme "prioritaire". "Cela montre combien notre combat et notre vigilance étaient importants et essentiels pour maintenir ce projet. Même si l'on peut regretter d'avoir perdu plusieurs mois, on sait maintenant que l'enquête publique va aller à son terme. Il est donc urgent que les services de l'État engagent les procédures nécessaires et que le département et la région se prononcent clairement et définitivement sur leurs participations financières. C'est une importante étape qui est franchie, mais la mobilisation continue!"


  • Jean-Louis Chauzy, président du Conseil économique, social et environnemental et d'Eurosud transport

Se félicitant de la décision prise par les services de l'État, Jean-Louis Chauzy rappelle toutefois que "le projet de LGV GPSO (Grand Projet du Sud-Ouest) forme un tout avec une continuité territoriale pour relier les métropoles du Sud-Ouest Européen et libérer des sillons saturés." Dans cette optique, le président du CESER entend rester vigilant quant à la réalisation des études à venir et le maintien de la mobilisation locale. En ce qui concerne les "autres projets de désenclavement" tels l'achèvement des autoroutes A20 et Toulouse-Castres, le commis de l'État demande une "clarification."


  • Philippe Lasterle, UDI 31 et collaborateur au groupe d'opposition Républicains et Territoires

Le candidat malheureux à l'élection départementale de l'UDI 31 a tenu à "salue(r) cette décision aussi logique qu'attendue" au regard des promesses faites aux Toulousains il y a une dizaine d'années de connecter "la capitale mondiale de l'aéronautique au réseau européen à grande vitesse." Pour autant, à la réjouissance succèdent rapidement quelques réserves, avec d'une part une interrogation majeure sur "le respect du calendrier initiament prévu", et d'autre part, la répartition des contributions budgétaires passant de fait pour le centriste par "la recherche de financements complémentaires avant d'envisager une augmentation éventuelle de la contribution des collectivités." Du reste, Philippe Lasterle assure rester "vigilant" sur ce dossier.


  • le groupe EELV

Opposant historique de ce dossier, EELV campe sur ses positions et reste d'une prudence absolue considérant que "le sort de la LGV Bordeaux-Toulouse n'est pas encore joué." Principal point d'accroche : le budget alloué. Pour les élus écologistes, "les 30 milliards d'euros annoncés pour les grands projets prioritaires ne suffisent pas à boucler les financements de l'ensemble des Lignes à Grandes Vitesse mentionnées dans le Scénario 2 de la Commission Mobilité 21", d'où un risque de mise à contribution plus importante des collectivités territoriales déjà étranglées financièrement. À cet égard, François Simon se dit "inquiet des déclarations de Martin Malvy, qui appelle à des sacrifices de la part des collectivités. Nous ne pouvons pas hypothéquer les budgets locaux pour une irréaliste LGV, alors qu'il existe des alternatives crédibles et nettement moins coûteuses. Soyons réalistes, exigeons la rénovation de l'existant."


  • Jean-Luc Moudenc et François Chollet, respectivement député de Haute-Garonne et président du groupe Toulouse Métropole d'Europe

Partisan de la mise en chantier de la LGV, la droite locale s'inquiète pourtant de "l'ambiguïté (...) de l'agenda" : "Il n'y a aucune certitude sur le fait d'avoir la déclaration d'utilité publique en 2014, ni que les travaux seront lancés en 2017 une fois Tours-Bordeaux achevée. Et encore moins sur la mise en service en 2020." Les élus d'opposition dénoncent le "grand flou" de ce projet où "aucune garantie" n'est donnée notamment pour que le "TGV arrive à Toulouse en 2020-2022".


En creux, ils voient dans l'exercice auquel s'est frotté Jean-Marc Ayrault une stratégie qui vise à multiplier les effets d'annonce à l'approche des municipales : "Le gouvernement (...) fait un pari : les écrits restent, mais les paroles s'envolent... Qu'il se détrompe, les Toulousains sauront s'en souvenir."


Jérémy Lacoste
Photo © Thomas Sanson

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