Rachat des parts de Symbiose dans l'aéroport de Toulouse, une fausse bonne idée ?

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(Crédits : Rémi Benoit)
Pour les opposants à la privatisation de la société de gestion de l'aéroport de Toulouse-Blagnac, la perspective d'un rachat d'un tiers des parts de Symbiose (le futur nouvel actionnaire) n'est rien de moins qu'une supercherie. D'abord opposé à l'ouverture du capital, Alain Di Crescenzo y voit quant à lui "une carte à jouer".

Depuis qu'on sait que Symbiose a été choisi par l'État pour racheter 49,9 % du capital de la société de gestion de l'aéroport de Toulouse, il se dit que le consortium sino-canadien rétrocèderait un tiers de ses parts, soit 16 % du capital total, à l'un des autres actionnaires de la société (pour rappel, les autres actionnaires sont l'État, la CCI 31, le Conseil régional, le Conseil général et Toulouse Métropole).

Ainsi, après avoir lancé son originale opération de crowdfunding "Rachetons l'aéroport de Toulouse", la société Wiseed s'est réorientée vers une nouvelle perspective : participer au rachat des fameux 16 %.

"À ce jour, seule la Chambre de commerce et d'industrie de Toulouse a fait savoir, par la voix de son président, son intérêt et sa détermination à racheter des parts, a écrit Thierry Merquiol, président du conseil de surveillance de la plateforme de financement participatif, dans un mail daté du 28 janvier destiné à l'ensemble des investisseurs potentiels.

Grâce à votre mobilisation citoyenne exemplaire, j'ai pu proposer de nous associer à ce rachat pour un montant estimatif de 20-25 millions d'euros. Nous détiendrions collectivement 56 % des parts (avec la CCI, la Région Midi-Pyrénées, Toulouse Métropole et le Conseil Général de la Haute-Garonne)."

Un mauvais calcul ?

Pour le cofondateur de Wiseed, le calcul est simple : 15 % des collectivités (Conseil général, Conseil régional, Toulouse Métropole) + 25 % de la CCI + 16 % des repreneurs = une majorité locale à 56 %. Oui mais voilà, toute prometteuse qu'elle semble être, l'addition est inexacte.

"C'est une entourloupe, affirme Chantal Beer-Demander, présidente des associations de riverains de l'aéroport. Racheter 16 % aux Chinois ne permettra pas de garantir la majorité publique car l'actionnaire chinois gardera le contrôle. L'initiative de Wiseed part d'une bonne intention, mais c'est une fausse bonne idée."

"Si quelqu'un rachète un tiers du capital de Symbiose, il restera quand même minoritaire dans le consortium Symbiose, précise François Simon, vice-président EE-LV au Conseil régional. Les acheteurs seront dépossédés de tout pouvoir."

En effet, sur ce point, Alain Di Crescenzo, le président de la CCI Toulouse, confirme et explique :

"Dans un premier temps, la loi dit que vous êtes obligés de garder le consortium en l'état pendant trois ans avant de pouvoir le démanteler. Les 16 % à vendre le sont à l'intérieur du consortium Symbiose, expliquait Alain Di Crescenzo, le 20 janvier lors d'un débat sur TLT.

Dans un second temps, si les actionnaires de Symbiose le souhaitent, ils peuvent alors démanteler la société Symbiose pour essayer d'aplatir ses droits de vote. Ce n'est pas forcément dans leurs intérêts, mais ils peuvent le faire."

Les acheteurs des 16 % détiendront donc un tiers du consortium Symbiose, à l'intérieur duquel ils voteront, tout en restant minoritaires.

Une carte à jouer

D'abord opposé à l'ouverture du capital de la société de gestion de l'aéroport, le président de la CCI 31 se veut aujourd'hui pragmatique, et se positionne en chef de file de l'éventuel rachat des 16 % (un tiers du capital de Symbiose) :

"Plus nous aurons de titres locaux, directement majoritaire ou pas (à l'intérieur ou à l'extérieur de Symbiose NDLR), plus cela renforcera la participation du pouvoir local. Si on met tout à plat et que le consortium Symbiose n'a que 33 % ou 34 % des titres sur 100 %, ce n'est pas la même chose que si il en avait 49,9 % ou 60 %. C'est une carte à jouer. Rien n'empêche non plus de renégocier les droits de vote et c'est ce que j'essaierai de faire."

En clair, Alain di Crescenzo veut réunir le plus possible d'acteurs locaux dans l'actionnariat d'ATB afin de peser face à Symbiose quand les droits de vote seront, espère-t-il, renégociés.

QUE VA FAIRE Wiseed ?

Alors qu'il imaginait participer à l'augmentation du poids de la CCI dans ATB, Thierry Merquiol déchante. En effet, son "investissement citoyen" se retrouverait minoritaire au sein du consortium Symbiose.

Vu sous cet angle, la participation au rachat du tiers des actions bientôt acquises par Symbiose refroidit l'enthousiasme de l'entrepreneur :

"On manque vraiment d'informations précises. Il y a beaucoup de spéculations. Si ce schéma-là se confirme, cela deviendrait une simple opération financière sans contrôle final de la gestion de l'aéroport, estime le cofondateur de Wiseed. Nous soumettrons cela au vote des investisseurs qui diront banco ou non. Tout dépendra des pactes d'actionnaires qui détermineront la gouvernance."

Du point de vue des opposants, la revente d'une part des actions acquises par Symbiose est, en outre, doublement critiquable. "Pour Symbiose, c'est une façon de revenir sur l'investissement initial de 300 millions d'euros en récupérant 100 millions", souligne François Simon.

Qui plus est, "le citoyen n'a pas à se substituer aux carences de l'État, soutient Chantal Beer-Demander. Demander aux citoyens d'acheter des parts dans une structure publique, c'est demander aux contribuables de payer deux fois, voire trois fois, si on considère que les riverains payent des somnifères pour dormir."

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