Le journaliste Santiago Mendieta, engagé et "motivé"

Passionné de nature, Santiago Mendieta, 51 ans, a un temps rêvé d’une carrière dans l’environnement ou l’ornithologie. Son amour pour une autre plume l’a finalement rattrapé pour le conduire vers le journalisme et l’écriture. Deux qualités qu’il a voulu mêler en lançant à Toulouse la revue semestrielle Gibraltar fin 2012. Portrait d’un homme engagé qui a pris le risque de faire ce qu’il aime.

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Le Toulousain Santiago Mendieta a fondé Gibraltar en 2012
Le Toulousain Santiago Mendieta a fondé Gibraltar en 2012 (Crédits : Rémi Benoit)

"C'est mon père qui m'a donné le goût du livre", se souvient Santiago Mendieta lorsqu'il évoque sa jeunesse et ses racines. Fils d'immigrés espagnols, comme nombre de Toulousains, il parle avec émotion des sacrifices de ses parents et d'un "passé parfois lourd à porter". "Mon père a arrêté l'école à 9 ans. Pourtant, il a fini conducteur de travaux, avec tous les diplômes", explique le cadet de la famille avec fierté.

Bercé par la langue espagnole, il a également entendu les histoires de combats politiques racontés par les amis d'un père engagé au Parti communiste, dans un pays dirigé par Franco. "Mes parents ont failli repartir en Espagne juste avant sa mort. Mais ma mère avait peur, étant donné l'engagement de mon père." Un engagement qui va accompagner Santiago Mendieta tout au long de sa vie.

"Je le connais depuis 25 ans. C'est un grand militant de la cause pyrénéenne, de l'environnement et un passionné de l'histoire des Républicains espagnols", insiste son ami Philippe Terrancle, ancien collègue et aujourd'hui directeur des Éditions Privat.

Un littéraire passionné d'environnement

C'est d'ailleurs chez Privat que Santiago Mendieta a publié plusieurs livres sur les Pyrénées et sur l'environnement. Une manière pour lui de combiner deux de ses passions.

"À l'école, j'étais plutôt un littéraire. Mais je voulais faire des Sciences naturelles. J'adore la nature. L'ornithologie et l'environnement me passionnent. Mais j'ai beaucoup souffert dans une série scientifique car je n'aimais par les maths, la physique, la chimie...", assure-t-il, lucide.

Un constat qui le pousse à s'orienter vers un IUT "Relations publiques et journalisme" à Toulouse. "Il y avait très peu de journalisme, plaisante-t-il. Mais cela m'a ouvert l'esprit." Un stage de fin d'études au service de presse d'Airbus se révèle être une excellente préparation au concours d'entrée à l'ESJ, l'école de journalisme de Lille. "Je devais faire la revue de presse, donc je passais mes journées à lire les journaux."

À 20 ans, il intègre donc la prestigieuse école de journalisme. Après trois ans de formation, il enchaîne les piges. "Sud-Ouest et Radio France. J'étais sur le planning mais je n'ai pas trouvé beaucoup de travail. " Il se tourne alors vers le quotidien régional. "J'ai travaillé deux ans et demi à La Dépêche du Midi avec Jean-Christophe Giesbert à Albi. Une période très formatrice."

L'aventure Pyrénées Mag

Vient ensuite l'aventure Pyrénées Mag, à partir de 1990 à mi-temps, puis à temps plein dès 1993 lorsque le magazine intègre Milan Presse.

"J'ai renoué avec ma passion pour l'environnement. J'ai écrit un nombre incroyable d'articles sur les animaux : le desman, l'ours, le vautour, le gypaète... Je faisais aussi des papiers sur des régions, des villes. Je suis beaucoup allé en Espagne. J'ai d'ailleurs été embauché pour ça. J'étais l'homme du versant sud. Et j'ai encore cette image aujourd'hui", note Santiago Mendieta.

De ces 14 ans passés à la rédaction, il retient "une dizaine d'années vraiment sympas. Peut-être suis-je resté deux ans de trop..." Il profite alors du rachat de Milan par Bayard pour faire jouer sa clause de cession et "voir autre chose". "Depuis 2001, j'avais commencé à écrire des livres. Je me sentais un peu à l'étroit", concède Santiago Mendieta. Aujourd'hui, il mène en parallèle une activité de journaliste et d'auteur, avec environ deux livres par an. Sur les Pyrénées, son thème favori, mais aussi sur le Haut-Languedoc, les Calanques et un roman historique L'or de Canfranc, sorti en 2008.

"Ce roman est basé sur l'histoire vraie du trafic d'or à l'époque des nazis et de Franco, dans cette gare des Pyrénées espagnoles." Une tentative encouragée par son ami Philippe Terrancle, qui a lui aussi quitté Milan pour les Éditions Privat. Santiago Mendieta raconte : "Je me suis amusé, j'ai inventé un personnage et parlé de la fièvre minière des années 1980 en Espagne..." Outre l'attachement à l'histoire espagnole, il découvre une nouvelle façon d'écrire. "L'écriture, c'est un mécanisme différent. Beaucoup plus âpre, beaucoup plus exigent. Il ne faut pas compter son temps, même si l'arrivée d'un enfant change la donne", explique ce père d'une petite fille de 8 ans.

Gibraltar, un gros pari

En 2008, Santiago Mendieta découvre la toute nouvelle revue XXI. Un déclic.

 "J'ai de suite pensé à une revue de ce type sur la Méditerranée, se remémore-t-il. Je suis allé à Lille pour rencontrer Patrick de Saint-Exupéry, cofondateur de la revue, lors d'une réunion de l'alliance internationale des journalistes. On a parlé quelques minutes et il m'a dit : 'Plus il y aura de titres comme XXI, mieux ce sera.' Un mot qui m'a motivé même si on s'aperçoit que ça devient compliqué."

Un travail de longue haleine débute. "Le projet a mis 3 ans à se construire. Guy de Guglielmi, un ami graphiste avec qui j'ai travaillé à Milan, m'a fait des propositions de maquette. Nous avons cherché des fonds. J'ai essayé de trouver un diffuseur, un éditeur... mais personne ne voulait prendre le risque." C'est finalement la proximité de l'événement Marseille capitale européenne de la culture 2013 qui le pousse à se lancer pour de bon. "C'était le moment où jamais et le premier numéro est sorti en décembre 2012." La revue Gibraltar est née, "avec très peu de moyens, 4 000 euros, insiste Santiago Mendieta. Nous avons fait appel à une souscription, avec quelques abonnés par avance."

Le nom se veut symbolique. "C'est une référence au détroit, avec à la fois l'idée d'ouverture et de fermeture, de proximité et d'éloignement. D'où l'idée de lancer des ponts entre deux mondes", développe-t-il.

"Ce magazine, c'est pour moi le témoignage de quelque chose de très ancré, de très ancien, avance son ami de longue date Philippe Terrancle. Il est toujours en guerre contre les injustices. Les disques des Motivés, c'est pour moi ce qu'il y a dans la tête de Santiago. Il est vraiment engagé, sinon il n'aurait jamais pris ce risque. Et ce qui est très fort, c'est qu'il fait cohabiter différents modes de récits sans copier ce qui se fait ailleurs."

Sans diffuseur, le premier numéro s'est vendu à 4 500 exemplaires, grâce au bouche à oreille et aux relais médiatiques. "Aujourd'hui, nous avons un socle de 500 abonnés et nous vendons entre 1 500 et 2 000 exemplaires par numéro en librairie." Un mode de diffusion plus sûr, qui n'oblige pas à faire des gros tirages. "Cela reste un combat de tous les jours", insiste Santiago Mendieta. Rien qui puisse faire peur à ce journaliste engagé et motivé.

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