Rue Alsace-Lorraine : les pavés de la discorde

 |   |  454  mots
La rue d'Alsace-Lorraine, à Toulouse
La rue d'Alsace-Lorraine, à Toulouse
Le chantier de la rue Alsace-Lorraine, à Toulouse, prend une mauvaise tournure. L'entreprise Granit Anjou, qui fournit le granit noir pour paver la rue, poursuit devant le tribunal de commerce de Toulouse les Compagnons Paveurs, la société en charge du chantier. Par ailleurs une polémique est née sur la provenance du granit, la Chine et l'Angola.


Christophe Cheftel, le gérant de Granit Anjou, est furieux : « Nous avons 500 000 € dans la nature ». Il accuse les Compagnons Paveurs d'impayés. A l'origine du conflit, un désaccord sur la qualité des pierres fournies. Granit Anjou importe du granit noir de Chine. Mais 93 palettes ne correspondaient pas à la qualité exigée selon les Compagnons Paveurs qui évoquent « des microfissures et un problème de dimension ». Ces 93 palettes, livrées, n'ont donc pas été payées à Granit Anjou qui se défend : « Nous avons proposé des solutions pour ces microfissures, mais les Compagnons Paveurs font la sourde oreille ». Du côté de la mairie de Toulouse, Étienne Morin, en charge des marchés publics, ne souhaite pas se mêler de ce litige privé mais suggère qu' « Anjou Granit fait peut-être pression pour être payé parce que l'entreprise est elle-même sous la pression de son fournisseur chinois ».

A noter que la collectivité a payé l'intégralité de la première tranche de travaux donc, « quelle que soit la décision du tribunal de commerce, la communauté urbaine n'a rien à payer à personne » selon Étienne Morin. Rendez-vous au tribunal le 16 février pour Granit Anjou et les Compagnons Paveurs.

Granit étranger VS granit français

Pour la seconde tranche des travaux, « hors de question » pour les Compagnons Paveurs de faire appel au même fournisseur. C'est donc une entreprise espagnole, Granitos Del Louro, qui fournira le granit. Un granit angolais, un peu plus clair que le chinois. « A cause de la malhonnêteté des Compagnons Paveurs, nous perdons la deuxième tranche des travaux et toute crédibilité auprès de notre fournisseur chinois » affirme Christophe Cheftel.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Pourquoi choisir un granit fabriqué à l'étranger alors qu'il existe des carrières dans la région ? Interrogée sur le sujet, Martine Combemale, de l'ONG Internationale Ressources Humaines sans Frontière, estime que la communauté urbaine aurait du se renseigner sur les conditions sociales et environnementales des carrières chinoises avant de faire son choix, « et ça n'est pas mieux en Angola » affirme-t-elle.

Christophe Cheftel d'Anjou Granit, garantit que son fournisseur respecte les normes en termes de sécurité et de droit du travail. Étienne Morin de son côté explique que « c'est un projet architectural qui a été choisi, on peut le regretter, mais ce projet contient du granit noir, non produit en France » ajoutant qu'« il y a aussi un aspect économique, il y a une grande surface à couvrir ».

Jean-Jacques Bolzan, secrétaire départemental du Parti Radical 31, fait savoir qu' « il serait responsable, dès lors que l'on veut maintenir l'industrie sur notre sol, d'acheter des matériaux français ».

Sophie Arutunian

© photo Rémi Benoit

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :