Privatisation de l'aéroport de Toulouse : les candidats ont été auditionnés

Ce lundi matin, les candidats à la privatisation de l'aéroport de Toulouse-Blagnac ont présenté leurs offres devant les représentants des collectivités locales et de la CCI qui donneront le 19 novembre leur préférence à l'Agence des participations de l'État. Celle-ci rendra sa décision dans un mois environ. D'après nos informations, ils se seraient tous engagés à participer au financement du parc des Expositions, comme le souhaitait le maire de Toulouse.

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Du grand oral des quatre candidats à la reprise des parts de l'État dans l'aéroport de Toulouse-Blagnac, on ne saura rien. Ou presque. Aéroports de Paris a présenté son offre vendredi aux collectivités locales et à la Chambre du commerce et de l'industrie. Ce lundi matin, Vinci, le duo Natixis/Cube ainsi que le groupement sino-canadien (SNC Lavalin, Shandong Hi Speed Group et un fonds d'investissement de Hong Kong) qui ont été reçus à leur tour. Mais, du côté de Bernard Keller, maire de Blagnac et représentant de Toulouse Métropole, comme de ceux de Claude Gaits, vice-président chargé du développement économique au Conseil régional, Bertrand Auban, président du groupe socialiste au Conseil général et Alain Di Crescenzo, président de la CCI, c'est motus et bouches cousues. Une clause de confidentialité ayant été signée avec l'État, le contenu des offres ne sera pas divulgué. "Nous avons reçu les consortiums, des gens responsables qui nous ont présenté leurs offres et nous ont donné des informations complémentaires", commente simplement le président de la CCI. Tout juste a-t-on appris cependant, d'après une source proche du dossier, que les quatre candidatures se seraient engagées à participer au financement du Parc des Expositions. Une condition chère à Jean-Luc Moudenc.

Les représentants des collectivités locales et de la CCI présenteront leur avis mercredi à l'Agence des participations de l'État. Celle-ci rendra sa décision finale dans un mois environ a déclaré Emmanuel Macron, le ministre de l'Économie, ce lundi matin, à l'agence Reuters.

Que faire des 10,1 % restants ?

La vente des 49,9 % des parts de l'État étant actée et en cours, les regards se tournent vers la seconde tranche de 10,1 %. Jeudi 14 novembre, lors du conseil communautaire de Toulouse Métropole, Claude Raynal, président du groupe PS à l'assemblée communautaire a enjoint l'État de ne pas céder cette deuxième tranche des parts qu'il détient au capital de l'aéroport Toulouse-Blagnac. "C'est une demande très ancienne, estime le sénateur et maire de Tournefeuille. Elle est portée depuis deux ans par Martin Malvy, Pierre Izard et Pierre Cohen lorsqu'il était maire."

Le cahier des charges de la privatisation de l'aéroport prévoit en effet une cession en deux temps des actifs de l'État qui doit d'abord vendre 49,9 % de ses parts, puis de se défaire de sa dernière tranche de 10,1 %. Rien cependant ne l'oblige à le faire. "J'ai posé la question à Régis Turrini, le directeur de l'Agence des participations de l'État (APE) lors de son audition devant la commission finances du sénat, il m'a répondu que c'était une possibilité et non une obligation", confirme le sénateur Claude Raynal. L'État doit seulement prendre une décision avant trois ans à partir de la première vente."

Pour l'élu socialiste, l'État doit conserver ses 10,1% pour maintenir un actionnariat public à hauteur de 50,1%. "S'il les vend, l'entreprise acquéreuse sera majoritaire et nous ne pourrons pas en contrôler les activités, prévient-il. Ces 10,1% sont un bras de levier qui permettrait à l'État de vendre tout en gardant la main stratégique. Je comprends qu'il essaie de valoriser ses actifs mais l'État doit veiller à ce que les intérêts stratégiques soient protégés". Lorsque que le repreneur sera connu, le sénateur compte d'ailleurs poser une question écrite au gouvernement en ce sens. À l'instar de Jean-Louis Chauzy, le président du Ceser, Claude Raynal s'inquiète-t-il de la candidature chinoise ? "Ce n'est pas une question de Chine ou d'un autre candidat, assure-t-il. De toute façon, les capitaux changent rapidement de main."

Le sénateur est en tout cas rejoint, ce lundi, par l'état-major socialiste toulousain. "La part de 10,1% encore détenue par l'État doit rester publique, soit avec le maintien de l'État dans le capital, soit en recherchant des participations d'acteurs publics (Collectivités territoriales, Chambre de commerce, Caisse des dépôts)", ont ainsi écrit au Premier ministre les députés Christophe Borgel, Françoise Imbert, Catherine Lemorton, Martine Martinel et Pierre Cohen, le président du groupe socialiste de Toulouse.

Les collectivités locales, acquéreuses ?
À défaut d'un État, qui semble décidé à se désengager des pistes toulousaines, les collectivités locales et la CCI, déjà porteuses de 40 % des parts, pourraient-elles se porter acquéreuses de la dernière tranche de l'État ? "Une offre publique ne peut se monter alors que les moyens des collectivités territoriales baissent, balaie Claude Raynal. Avec la Caisse des dépôts, c'était envisageable..."

Avant la clôture de l'appel d'offre le 31 octobre, une candidature publique adossée à la Caisse des dépôts avait en effet été envisagée, avant de capoter sans avoir été rendue publique. "Je ne sais pas ce qui s'est passé, mais pour que cela marche, il faut de la volonté, analyse Claude Raynal. Peut-être que l'un des acteurs n'en avait plus autant. Pierre Cohen était pour un actionnariat public. On ne sent pas la même fermeté chez Jean-Luc Moudenc qui ne m'a d'ailleurs pas répondu."

Hors-sujet répond le maire de Toulouse et président de la Métropole (détentrice de 5% des parts de l'aéroport) : "Les postures politiques voire politiciennes ne me paraissent pas utiles, assène Jean-Luc Moudenc. Les discussions sur l'évolution future de la participation résiduelle de l'État au capital ne se poseront que dans quelques années probablement. Au vu de ce qui se sera passé avec le nouvel actionnaire, les collectivités détermineront la meilleure attitude possible pour sauvegarder l'intérêt général dont elles seront les gardiennes très vigilantes".

Réagissant aux déclarations de Claude Raynal, Martin Malvy, le président du Conseil régional de Midi-Pyrénées s'est dit "prêt à soutenir" cette demande. Et d'ajouter : "Mais elle ne doit pas occulter le fait qu'aujourd'hui, avec la CCI, le Conseil général et l'agglomération, nous disposons de la minorité de blocage. Il nous appartient de nous engager à la maintenir."

Gael Cérez
© Photo Rémi Benoit

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