Pourquoi Total entre au capital de Sigfox, interview de Ludovic Le Moan

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Ludovic Le Moan, CEO de Sigfox.
Ludovic Le Moan, CEO de Sigfox. (Crédits : Rémi Benoit)
La société toulousaine Sigfox a annoncé ce vendredi 18 novembre la clôture d'un nouveau tour de table financier record de 150 millions d'euros afin d'accélérer l'expansion de son réseau à l'international. Parmi les nouveaux actionnaires, l'industriel Total. Le CEO de Sigfox Ludovic Le Moan confirme une introduction au Nasdaq en 2018. Interview.

Vous aviez annoncé une levée de fonds de "plus de 100 millions d'euros" en septembre 2015, elle s'est finalement conclue à 150 millions d'euros. Une fierté ?

Je suis très content, car ce tour de table a été un exercice compliqué, qui a duré plusieurs mois. Concrètement, cela va permettre à Sigfox d'atteindre son objectif en termes de rentabilité et nous aurons désormais les moyens d'être bénéficiaires. C'est important, notamment en tant que société française qui s'attaque à un marché nouveau d'envergure mondiale.

Quand Sigfox sera-t-elle bénéficiaire ?

Nous devrions être bénéficiaires en 2018. En 2014, le chiffre d'affaires était de 3,5 millions d'euros. Il devrait être multiplié par 10 d'ici la fin de l'année 2016 et nous visons plusieurs dizaines de millions d'euros en 2017.

Votre nouveau tour de table ne comprend aucun acteur du secteur des télécoms, pourquoi ?

On ne cherchait pas particulièrement des opérateurs télecoms mais davantage des industriels, d'où l'arrivée de Total ou encore Salesforce, qui est un partenaire qui va nous aider à valoriser les données qui seront transmises sur le réseau (Salesforce se présente comme le leader du cloud computing d'entreprise, NDLR).
Il faut comprendre qu'aujourd'hui le réseau Sigfox existe, il est déployé, et il est connu. Nous couvrirons 30 pays d'ici à la fin de l'année et 60 l'année prochaine. Donc, ça, c'est fait en quelque sorte. L'enjeu maintenant est d'augmenter le nombre d'applications et le nombre d'objets connectés à Sigfox. Or, les industriels à l'image de Total ont des millions d'objets à connecter. Ils ont également des activités à l'échelle mondiale (notamment en Afrique) et font figure de prescripteurs : s'ils utilisent Sigfox, d'autres l'utiliseront.

Qui sont les autres investisseurs?

L'entrepreneur Henri Seydoux, PDG de Parrot, investit à titre personnel car il connaît bien la société et croit en notre projet. Alto Invest est une société de gestion de portefeuille basée à Versailles et spécialisée dans l'investissement dans les PME. Swen CP est une société de private equity. Tamer Group est un groupe industriel basé en Arabie Saoudite. Nos actionnaires historiques réinvestissent également : l'industriel Air Liquid, Bpifrance, Elliott, Intel Capital, Idinvest Partners et IXO.

Sigfox est sur un marché très concurrentiel. Estimez-vous que vous êtes en train de devenir le standard en matière de réseau bas débit ?

Oui sans aucun doute. Nous sommes les seuls de cette taille là avec des acteurs industriels partenaires. Il y a 4-5 ans, personne ne croyait que l'on allait devenir une aussi grosse entreprise, et aujourd'hui des industriels de haut rang croient en nous, cela prouve bien que Sigfox n'est pas un gadget.

Pour quand est prévue l'entrée de Sigfox au Nasdaq ?

L'entrée au Nasdaq se fera en 2018. Il faut non seulement que les conditions de marché soient favorables, mais il faut aussi que l'on développe encore la société, qu'elle gagne plus d'argent pour être mieux valorisée, c'est l'objectif d'une entrée en bourse. Notre CA est multiplié par trois depuis trois ans, si ça continue, nous ferons une belle introduction en bourse. D'ici là, le marché de l'IoT se sera encore développé. Il faudra se présenter avec les chiffres et perspectives les plus forts possible.

Qu'attendez-vous de la visite de François Hollande demain (samedi 19 novembre) chez Sigfox, à Labège?

Je n'attends rien de spécial si ne n'est peut-être de montrer un autre éclairage sur la French Tech avec une société qui développe ses "tuyaux" à l'échelle mondiale et des industriels français qui y sont associés. Tout l'écosystème bénéficie de cela car les startups qui collaborent avec Sigfox bénéficient d'une visibilité internationale. Par ailleurs, Sigfox a commencé quand Hollande a commencé son quinquennat : la preuve qu'en 5 ans, on peut devenir un leader mondial. C'est un clin d'œil.

Allez-vous soutenir Emmanuel Macron dans la course à l'Élysée ?

Je ne me prononcerai pas là-dessus car je ne veux pas politiser Sigfox. Je suis un chef d'entreprise, pas un politique.

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