The Village : la quête de l'autonomie énergétique rapproche villes et campagnes

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De nombreux territoires ruraux européens se sont engagés dans des démarches 100% énergies renouvelables.
De nombreux territoires ruraux européens se sont engagés dans des démarches 100% énergies renouvelables. (Crédits : Rémi Benoit)
Les 8 et 9 septembre prochain, 100 décideurs sont attendus dans la cité médiévale de Saint-Bertrand-de-Comminges pour la première édition de The Village pour réfléchir à un monde inclusif et durable. En amont de cet événement organisé par La Tribune en collaboration avec le Comptoir de l'Innovation INCO et la Région Occitanie, nous vous proposons chaque jour un article autour de cette thématique. Aujourd'hui : l'autonomie énergétique.

C'est la dernière annonce qui fait le buzz dans le monde de la ville durable, et ça se passe en Chine. Imaginée par l'architecte italien Stefani Boeri Architetti, Liuzhou Forest City accueillera 30 000 habitants, sera entièrement recouverte de végétation et absorbera chaque année 10.000 tonnes de CO2. Mais ce n'est pas tout : elle sera autosuffisante grâce aux énergies renouvelables. Naguère considérée comme un pur fantasme, cette quête est aujourd'hui de plus en plus fréquemment affichée par les municipalités.

On a d'abord parlé de bâtiments à énergie positive. En France, les BEPOS seront la norme à compter de 2020, lorsque toute nouvelle construction devra produire plus d'énergie qu'elle n'en consommera. Plusieurs villages se sont également lancés dans cette quête. Dans le Briançonnais (Hautes-Alpes), la société d'économie mixte « Soleil eau vent énergie » créée en 2011 couvre aujourd'hui les besoins des 490 habitants du village de Puy Saint-André. Autre exemple célèbre, le Mené, en Bretagne. La commune mixe depuis plusieurs années économies d'énergie, production éolienne et biogaz et prétend à l'autonomie énergétique à l'horizon 2030 en produisant autant qu'elle consommera.

De nombreux territoires ruraux européens se sont engagés dans des démarches 100% énergies renouvelables. Apparus pour la première fois en France en 2010 à l'initiative du réseau pour la transition énergétique CLER, les territoires à énergie positive ont depuis fait leur chemin. Introduits en 2015 dans la loi de transition énergétique sous l'appellation TEPCV (Territoires à énergie positive pour la croissance verte), ils ont fait l'objet à partir de septembre 2014 de plusieurs appels à projets.

Tous ont en ligne de mire une autonomie qui consiste à produire autant que ce qu'ils consomment, mais ne doit pas être confondue avec l'autoconsommation, et encore moins avec l'autarcie qui permet de s'affranchir du réseau. Plus exigeante, celle-ci est aujourd'hui surtout le fait de territoires très particuliers tels que les îles non connectées aux réseaux électriques. Dans le cadre de la loi pour la transition énergétique, les départements français d'outre-mer visent à « l'autonomie énergétique » en 2030.

Un objectif hors d'atteinte pour les villes seules

Plus récemment, dans la droite ligne de leurs engagements pour un approvisionnement en énergie 100% verte, des villes ont commencé à revendiquer cet objectif. A Munich, (Allemagne), l'entreprise publique Stadtwerke München investit dans des projets d'énergies renouvelables dans le monde entier, afin que la production correspondant à ses parts couvre l'équivalent de la consommation des Munichois. Objectif affiché : assurer en électricité verte la consommation entière du territoire munichois d'ici dix ans. Point d'autoconsommation ici non plus.

C'est d'ailleurs quasi impossible pour une ville d'atteindre seule cet objectif. Dans un rapport publié à l'automne 2016, le CLER, les réseaux action climat (RAC) et energycities citent de nombreux exemples de villes (Barcelone, Bordeaux, Francfort ou Malmö en Suède ) visant 100% énergies renouvelables et l'autonomie à l'horizon 2050. Mais à de très rares exceptions près tels que Malmö qui bénéficie sur son propre territoire de ressources suffisantes pour couvrir ses besoins, elles devront nouer de nouvelles relations avec les territoires ruraux qui les entourent.

Barcelone qui couvre déjà 50% de sa demande par les énergies renouvelables, va étendre sa collaboration à son aire métropolitaine. Bordeaux prévoit d'élargir son cadastre solaire à toute la métropole et étudie des contrats de long terme avec les territoires ruraux. Francfort, qui veut diviser sa consommation actuelle par deux, s'alimentera ensuite pour moitié grâce à des énergies installées dans la ville et pour moitié dans la région métropolitaine, dont les ressources couvrent 184% des besoins.

Paris pour sa part vise la neutralité carbone pour 2050. Selon l'étude publiée par le groupement Elioth (cabinets Egis Conseil, Quattrolibri et Mana), la capitale française devra pour cela couvrir 20% de ses toits de panneaux solaires, associés à des solutions de stockage et de réseaux intelligents. Mais elle devra également contribuer au financement et à l'exploitation d'au moins 20 GW de photovoltaïque et 15 GW d'éolien  en dehors de ses murs.

Pas moins de 50.000 kilomètres carrés de forêts seraient aujourd'hui nécessaires pour compenser ses émissions, de 25,6 millions de tonnes d'équivalent CO2. Quand bien même elle parviendrait à les réduire de 80%, il en faudrait encore 10.000 kilomètres carrés, soit la superficie de l'Île-de-France...

Co-créer de nouveaux modèles économiques

Les villes doivent donc apprendre à co-créer avec les acteurs territoriaux de nouveaux modèles économiques qui leur permettent de bénéficier des retombées de ces activités. Ce qu'elles n'avaient jamais eu à faire à l'ère des énergies fossiles... Les habitants des territoires ruraux eux-mêmes doivent être impliqués pour adhérer aux projets, alors même qu'ils ont parfois déjà subi la proximité des villes (implantation d'incinérateur ou de décharge, épandage de boues d'épuration...). L'énergie produite dans les zones rurales devra d'abord les alimenter, eux. De leur côté, les villes peuvent apporter aux zones rurales des ressources financières, de l'aide technique, de l'ingénierie mutualisée, etc.

Les outils aussi devront s'adapter à cette nouvelle collaboration entre villes et territoires ruraux. Aujourd'hui, leurs plans climat énergie territoriaux (PECT) ne tiennent compte que des ressources situées sur leur territoire ou entrant dans leurs domaines de compétences. Il faut au contraire procéder à une évaluation des besoins à un horizon donné et identifier le périmètre nécessaire pour les couvrir, en fonction des ressources disponibles dans la ville et ses territoires avoisinants. D'autres questions se dessinent : où comptabiliser l'électricité produite sur un territoire rural mais financée par la ville voisine ?

Pour les auteurs de l'étude, les régions représentent le bon niveau de coordination, une échelle qui permet de mutualiser les ressources et les besoins des zones urbaines et des territoires qui les entourent. De quoi donner des raisons d'espérer à la nouvelle région Occitanie (fusion de Languedoc-Roussillon et de Midi-Pyrénées), qui a détaillé dans une feuille de route les moyens qu'elle dédie en termes de gouvernance, d'animation des territoires ou d'outils financiers à son objectif d'autonomie énergétique pour 2050.

The Village se déroulera les 8 et 9 septembre 2017 à Saint-Bertrand-de-Comminges. Pour toute demande d'information complémentaire : stephane.dartigues@latribunetoulouse.fr

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