Albi et le Tarn se rêvent en leaders de l'hydrogène appliqué aux mobilités

Quelques semaines après les premières Rencontres Énergies, organisées par l'ORT Occitanie à Albi, plusieurs acteurs de ce territoire viennent d'annoncer l'aboutissement d'un accord sur la construction prochaine de deux stations de distribution d'hydrogène dédié à la mobilité. Les détails sur cette politique territoriale qui fait beaucoup parler.

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Albi et le Tarn, futurs exemples de l'hydrogène appliqué aux mobilités ?
Albi et le Tarn, futurs exemples de l'hydrogène appliqué aux mobilités ?

Il y a un peu moins d'un an, en février 2021, la capitale du Tarn avait déjà les lumières braquées sur elle pour sa performance d'accueillir le premier Conseil national de l'hydrogène, avec la présence du ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, et sa ministre déléguée à l'Industrie, Agnès Pannier-Runacher. Surtout, cet événement, avec plusieurs grands dirigeants de la filière, s'était tenu au sein de Safra, le constructeur local de bus à hydrogène, hébergé au sein de la première région de France a avoir adopté un premier plan en faveur du développement de l'hydrogène vert, de 150 millions d'euros.

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Plus récemment, mi-janvier, le développeur d'énergies renouvelables Amarenco, le constructeur et exploitant de stations d'avitaillement Seven, le spécialiste des travaux publics NGE, le syndicat mixte de traitement des déchets ménagers Trifyl, le département du Tarn et la CCI locale ont signé un accord de principe sur le développent d'une offre de station à hydrogène sur le département.

"L'accord repose sur l'installation de deux stations de distribution d'hydrogène dédiées à la mobilité. Une sera installée du côté de Saint-Sulpice, au bord de l'A68 et une autre sur Albi. Elles doivent être en service au 1er janvier 2024", précise Bruno Roussel, le directeur général de Trifyl.

Surnommé Hydro'Tarn, le projet va bénéficier de financements du conseil régional d'Occitanie et de l'Union européenne, en sa qualité de lauréat de l'appel à projets Corridor H2. Celui-ci à l'ambition de former les bases d'un couloir européen nord-sud destiné en premier lieu à la mobilité lourde à hydrogène.

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Une structure juridique dédiée

En soit, cette annonce n'est pas une surprise. À l'occasion des premières rencontres énergies de l'ORT, à Albi, le 25 novembre dernier, dédiées à la transition énergétique dans les transports, le projet avait été abordé.

"Même si l'échéance n'est pas l'année prochaine (en 2022, ndlr), mais dans les quelques années qui arrivent, nous avons sur ce territoire les moyens d'avancer. Cette filière liée à l'hydrogène a été évoquée avec l'Ecole des Mines d'Albi et diverses autres formations. Il y a aussi des producteurs d'énergie comme Amarenco à partir de l'électricité, ou comme Trifyl, à partir des déchets, déchets que nous avons ici. Pour l'instant, nous travaillons à réunir l'ensemble des partenaires autour de ce projet et nous discutons sur le véhicule juridique qui englobera cette future offre. Est-ce-que ce sera une SEM (société d'économie mixte, ndlr)? Il y a différentes possibilités. Pour nous, l'objectif est de mettre tous les partenaires qui veulent venir autour de la table, sans exception", avait alors déclaré Daniel Vialelle, le vice-président du conseil départemental du Tarn en charge des Mobilités à l'occasion de cet événement.

Ce rassemblement, réunissant tous les acteurs locaux, publics et privés, impliqués dans le domaine de la transition énergétique et des transports, avait été l'occasion pour beaucoup de saluer l'investissement du conseil départemental dans ce projet au cours de diverses tables rondes. "C'est le conseil départemental qui a fait en sorte que nous présentions un dossier de manière groupé sur cet appel à projet régional. La collectivité nous a permis de passer un cap", confirme Bruno Roussel. De plus, le projet Hydro'Tarn attend également des dénouements d'autres appels à projets sur le volet production de cette collaboration, après avoir été soutenu pour le côté distribution.

Une mutation vers l'hydrogène non sans conséquences et points de vigilance

Au cours des diverses interventions qui ont rythmé ces premières rencontres énergies de l'ORT Occitanie, nombreux sont les protagonistes à avoir souligné cette nécessite de coopération dans le but de mener des projets collectivement. Et c'est tout sauf un hasard dans le contexte local. Sur le thème de l'énergie et de la transition énergétique des mobilités, la ville d'Albi et le Grand Albigeois, dirigés par Stéphanie Guiraud-Chaumeil, ainsi que le conseil départemental du Tarn présidé par Christophe Ramond se livrent une guerre d'image pour s'afficher comme le leader sur ces deux sujets intimement liés. D'ailleurs, à l'occasion de cet événement, la maire d'Albi n'a pas manqué de rappeler sa volonté de voir sortir de terre dans "sa" ville un campus de recherche dédié à l'hydrogène.

"L'Albigeois est en train de monter un campus hydrogène autour, bien sûr, de nos deux établissements que sont l'école des Mines et l'Université Champollion, mais également avec la Chambre des métiers la Chambre de commerce et d'industrie, et l'Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes (...) La SEM foncière a été créée. Elle devrait, à travers le Contrat de Plan État-Région (CPER) porter d'ici quelques temps à peu près entre 10 et 12 millions d'euros d'investissement, ici à Albi, à 200 mètres autour du circuit, sur ce complexe qui s'y prête", a partagé l'élue au moment de sa prise de parole d'ouverture.

À titre de comparaison, il est également à noter que le conseil régional d'Occitanie travaille sur la sortie de terre d'un techno-campus dédié à l'hydrogène vert sur l'ancienne base militaire de Francazal, en collaboration avec le tissu académique, mais aussi le secteur privé comme Airbus et Safran, pour une inauguration en 2024. Le premier chantier de ce site sera d'ailleurs de travailler sur les futurs moteurs des avions décarbonés, avec le souci d'utiliser des énergies propres et renouvelables. Une tendance autour de l'hydrogène vert que certains veulent mettre en perspective.

"Aujourd'hui, l'hydrogène, il y en a déjà des utilisations, principalement pour des applications industrielles telles que dans les raffineries, pour la production des carburants tels que pour la production d'engrais ou d'autres. Mais l'un des problèmes principaux aujourd'hui de l'hydrogène est que sa production à 95% est à partir d'énergies fossiles. Donc ça veut dire que aujourd'hui, l'hydrogène, pour 95%, n'a pas d'intérêt en termes d'émissions de CO2 s'l est justement utilisé suite à une production à partir d'énergies fossiles. Cela veut dire que la priorité va être déjà de décarboner la production de ce qui est déjà existant, ce qui est déjà consommé actuellement comme hydrogène. Il y a différentes technologies qui ont été évoquées. Il y a souvent l'électrolyse de l'eau qui est citée. Il faut des transformations pour obtenir l'hydrogène. Ce n'est pas une énergie qu'on trouve directement dans la nature ou sinon de façon très compliquée à exploiter. Et ça veut dire qu'il va falloir s'attaquer à ce chantier, de produire d'hydrogène de manière décarbonée et donc de ne pas développer non plus les usages de façon trop rapidement", met en garde le chercheur Aurélien Bigo, chercheur sur la transition énergétique appliquée aux transports et invité d'honneur de l'événement qui s'est tenu à Albi et organisé par l'ORT.

Au-delà de la mutation des usages et des pratiques qu'engendrent ces nouvelles énergies, d'autres s'inquiètent des conséquences sociales liées à l'usage de ces nouvelles énergies, comme Jean-Louis Chauzy.

"Il faut regarder les conséquences économiques et sociales. Moi, je vis les conséquences économiques et sociales sur les branches professionnelles et les territoires, notamment en ce qui concerne l'usine Bosch de Rodez. Je l'ai connu avec plus de 2.000 CDI. Dans cinq ans, il restera 500 ! L'automobile va perdre 100.000 emplois industriels, sans compter les emplois induits. Et qui se préoccupe de ces questions ? Il n'y a pas grand monde. Donc c'est une obligation morale de regarder les conséquences des décisions que l'on va prendre pour avoir une vision complète, aussi bien pour les branches professionnelles, pour la société et les territoires. Si vous habitez une très grande ville, il n'y a pas de problème pour la mobilité. Vous avez transports, le métro et le tram. Mais avec la diabolisation du diesel, les conséquences sont terribles, alors que diesel de dernière génération pollue beaucoup moins. Y compris dans les villes à 20 ou 30 km/h. Ce sont ces questions là qu'il nous faut savoir anticiper", peste le président du Ceser de l'Occitanie.

Pour mémoire, l'usine Bosch de Rodez, qui n'est autre que le premier employeur privé de l'Aveyron, a annoncé un important plan de réduction des effectifs sur son site ruthénois face à la mauvaise conjoncture qui entoure le marché du diesel dans le secteur automobile.

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