Bus à hydrogène : le constructeur albigeois Safra lève 25 millions d'euros

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Basé à Albi, le constructeur de bus à hydrogène, Safra, va lever 25 millions d'euros dès 2021 pour industrialiser sa production.
Basé à Albi, le constructeur de bus à hydrogène, Safra, va lever 25 millions d'euros dès 2021 pour industrialiser sa production. (Crédits : Rémi Benoit)
Hôte du premier Conseil national de l'hydrogène, le constructeur albigeois de bus à hydrogène Safra s'apprête à changer de dimension, grâce en partie au soutien d'un fonds d'investissement français dédié à cette énergie. Reportage au coeur des ateliers dans le Tarn.

Safra en route pour devenir l'Airbus des bus à hydrogène ? Fondée en 1955, à Albi (Tarn), la PME, qui était autrefois uniquement un spécialiste des grandes opérations de maintenance sur les transports urbains, s'est lancée un pari. Depuis 2011, la société travaille sur la conception d'un bus urbain qui produit zéro émission polluante. Safra a tout d'abord concentré ses efforts sur un moteur hybride, avant l'électrique, pour désormais se focaliser sur un bus totalement à l'hydrogène.

Aujourd'hui, le pari porte ses fruits. "Nous avons 14 bus à hydrogène en circulation et 23 en commandes", fait savoir le président de Safra, Vincent Lemaire. Ainsi, Versailles, Lens, Le Mans font déjà rouler ces nouveaux bus non polluants et elles seront bientôt rejointes par Auxerre qui a passé commande, tout comme cinq bus vont être livrés d'ici fin 2021 à l'aéroport Toulouse-Blagnac dans le cadre du projet HyPort. De grandes villes  de toute l'Europe sont aujourd'hui sur les rangs pour s'équiper de cet engin nommé Businova.

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Safra s'apprête à livrer plusieurs bus à la commune d'Auxerre (Crédits : Rémi Benoit).

"Désormais, l'enjeu pour nous est de mieux industrialiser nos process pour produire plus vite, de manière plus importante et garder notre avantage sur la concurrence (trois entreprises concurrentes en Europe ont été identifiées, ndlr). L'idée est de donner un sérieux coup de boost à notre entreprise par des moyens financiers nouveaux, via une ouverture importante de notre capital", dévoile Vincent Lemaire.

Passer de la PME locale au grand acteur du bus à hydrogène

Ainsi, Safra vient de nouer un partenariat renforcé avec "un fonds d'investissement français qui veut développer une filière dédiée à l'hydrogène", raconte le dirigeant qui préfère encore taire le nom. Selon nos informations, l'entrée en capital de cet investisseur va permettre à la PME de récolter 25 millions d'euros dans le cadre d'un première opération, dès cette année 2021. De plus, le conseil régional d'Occitanie vient de lancer une étude pour accompagner l'entreprise dans cette étape via l'Agence Régionale d'Investissement Stratégique.

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Aujourd'hui, il faut environ 10 mois pour produire un seul bus Businova (Crédits : Rémi Benoit).

Une première levée de fonds pour aller (beaucoup) plus haut au regard des ambitions de Safra. En 2020, l'entreprise a réalisé un chiffre d'affaires de 25 millions d'euros, dont 12 uniquement grâce à son bus à hydrogène qui roule avec un pile à combustible produite par Symbio, une joint-venture entre Michelin et Faurecia. À l'horizon 2025, Safra veut atteindre les 140 millions d'euros de chiffre d'affaires uniquement avec la commercialisation de son bus "vert", qui dispose d'une autonomie de 350 kilomètres.

"À terme, nous voulons produire 200 bus chaque année. Pour cela, nous devons passer un cap dans notre taille et produire plus rapidement pour générer ainsi une baisse des coûts. Un bus à hydrogène aujourd'hui coûte 600.000 euros, ce qui est très important pour une collectivité en comparaison aux 350.000 d'un bus diesel classique. Nous voulons nous rapprocher des 400.000 euros à l'unité", reconnaît Vincent Lemaire.

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Vincent Lemaire, à droite, aux côtés du président de son conseil de surveillance, Serge Bodoira, à gauche (Crédits : Remi Benoit).

Un développement sur le car à hydrogène engagé en parallèle

"Cette pépite technologique", comme tient à la définir Agnès Pannier-Runacher, la ministre déléguée à l'Industrie en visite sur place jeudi 25 février, a donc déjà entamé sa métamorphose industrielle. La première phase de son plan de montée en puissance, qui doit guider l'entreprise jusqu'en 2023, comporte une extension des ateliers de 7.500 m2 supplémentaires contre 7,4 millions d'euros, sachant qu'elle dispose aujourd'hui d'un site de 8.000 m2 pour ses 250 salariés. "Cette première phase comporte également un investissement de 12 millions d'euros dédié à l'industrialisation et nous allons bénéficier d'un accompagnement de l'État et de son plan France Relance à hauteur de 750.000 euros sur cette enveloppe", fait savoir le directeur administratif et financier de Safra, Frédéric Labarbe. Un soutien faible au regard des enjeux autour de cette rupture technologique.

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"Paradoxalement, les aides sont plus importantes quand il s'agit d'une reconversion d'activité ou de la décarbonation d'une industrie. Néanmoins, 750.000 euros c'est à peine moins que le plafond européen autorisé par Bruxelles. Mais de par la manière de construire le projet, nous pourrons à l'avenir aller plus fort dans notre soutien", se défend Agnès Pannier-Runacher.

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À l'occasion du premier Conseil national de l'hydrogène, les ministres Bruno Le Maire, Agnès Pannier-Runacher et Barbara Pompili, ont visité l'usine de Safra, jeudi 25 février (Crédits : Rémi Benoit).

D'ailleurs, cette première phase du changement de modèle de Safra comprend aussi un investissement de 17 millions d'euros dans la R&D. "Nous allons déposer un dossier le 5 mars pour bénéficier d'un soutien de France Relance sur ce volet là également", fait savoir Frédéric Labarbe. Au total, ce sont plus de 36 millions d'euros qui vont être investis d'ici 2023 par Safra, avec une partie dédiée à la ressource humaine. "Nous projetons 400 recrutements à vocation industrielle d'ici 2024", annonce le président de l'entreprise, Vincent Lemaire.

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L'entreprise va recruter plusieurs centaines de personnes dans les années à venir (Crédits : Rémi Benoit).

De plus, ce budget R&D doit permettre de financer le développement d'une technologie dite Retrofit, qui consiste à transformer un car au diesel en un car à hydrogène pour de longues distances, et donc complémentaire au bus urbain Businova. Dans cette diverfication, Safra vient de ficeler un partenariat avec le conseil régional d'Occitanie pour développer cette technologie sur une quinzaine de cars dès à présent, contre quatre millions d'euros. Alors, pour assurer le bon développement de celles qui vont devenir ses deux activités phares (bus et car à hydrogène), "nous prévoyons un investissement total de 100 millions d'euros sur 10 ans, dont 63 dédiés aux bâtiments", déclare le directeur administratif et financier. Sans faire grand bruit, l'Occitanie pourrait devenir le bastion de la mobilité à l'hydrogène, en plus d'être celui de l'aéronautique.

Le premier Conseil national de l'hydrogène à Safra

: "Les planètes sont désormais alignées pour l'hydrogène", juge Vincent Lemaire, le patron de Safra. Après avoir dévoilé un plan national de 100 millions d'euros en 2019 dédié à l'hydrogène, l'État, face à la crise sanitaire, s'est ravisé et a décidé d'y consacrer sept milliards. Une enveloppe conséquente qui s'est accompagnée de l'instauration d'un Conseil National de l'Hydrogène. L'objectif ? Coordonner l'émergence d'une filière pour faire l'Hexagone un champion en la matière. La première réunion de ce conseil, réunissant 15 grands industriels et trois ministres (Bruno Le Maire, Agnès Pannier-Runacher et Barbara Pompili) s'est tenue jeudi 25 février à Albi, sur le site du constructeur de bus à hydrogène Safra. Un choix non anodin. Le conseil régional d'Occitanie a été la première collectivité à adopter un plan dédié à l'hydrogène en 2019, de 150 millions d'euros sur 10 ans et sa présidente, Carole Delga, est la représentante des régions au sein de ce Conseil national de l'hydrogène. Avec cette mobilisation, "la filière va être créatrice de 100.000 d'ici 10 ans", a fait savoir le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, à la sortie de l'entrevue.

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Commentaires
a écrit le 25/02/2021 à 20:26 :
Un réparateur qui passe à l'industrialisation sur l'H2, c'est sympa.
Ca prouve que rien n'est jamais joué.
Nouvelles technologies, nouvelles industries, mais il faut se présenter sur la ligne de départ au bon moment.
Le lièvre et la tortue, c'est une jolie fable pour mômes, mais pas plus.
La France part un peu tardivement, notamment au regard de ses atouts dans l'hydrogène. Pouvait largement mieux faire.
Une bonne solution pour contrer les bus allemands qui carburent au gaz qui se sont bien trop implantés en Ile de France : les MAN-North-Stream. :>))
Ceci étant, la concurrence n'est, pour l'instant, pas importante sur l'H2 en Europe.
Il doit y avoir une poignée d'assembleurs, les autres font de la transformation-adaptation.
Mais les asiatiques vont vite rappliquer.
Gaussin, spécialiste de la manutention, vient aussi d'indiquer passer à l'hydrogène.

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