Mecachrome et WeAre s'unissent pour créer un géant européen des pièces aéronautiques

Mecachrome et WeAre, deux sous-traitants majeurs de la supply chain aéronautique, viennent d'annoncer leur rapprochement pour former un groupe de 450 millions d'euros de chiffre d'affaires et de 3.600 salariés.

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La consolidation aéronautique est d'autant plus nécessaire pour surmonter la crise du secteur.
La consolidation aéronautique est d'autant plus nécessaire pour surmonter la crise du secteur. (Crédits : Frédéric Scheiber)

"C'est vraiment un moment clé dans l'aventure de la supply chain française qui était jusque là extrêmement morcelée. Il y a un mouvement quasiment historique qui ouvre la voie à une consolidation durable de notre secteur aéronautique", lance à La Tribune Christian Cornille, président exécutif de Mecachrome.

Les groupes Mecachrome et WeAre ont annoncé ce vendredi 17 décembre "être en négociations exclusives en vue de créer un leader européen des pièces élémentaires aéronautiques".

"Nos deux groupes sont positionnés sur le même métier qui est la fabrication de pièces aéronautiques, mais sur des segments davantage complémentaires que concurrents. Mecachrome est plutôt axé sur l'assemblage de sous ensembles et les pièces de grandes dimensions. Le groupe WeAre est plutôt de son côté concentré sur les pièces de petites dimensions dans des technologies très différentes", décrit Christian Cornille.

Christian Cornille, Mécachrome, Airbus

Christian Cornille, président exécutif de Mecachrome. (Crédits : Lorette Fabre)

Deux groupes solides de la supply chain

 Mecachrome regroupe 2.400 salariés et réalisait 380 millions d'euros de chiffre d'affaires avant la crise (avant de chuter à 220 millions de chiffre d'affaires en 2020). En juillet dernier, le fabricant avait réalisé une première étape dans sa stratégie de consolidation en rachetant Hitimsociété de 130 salariés et 20 millions d'euros de chiffre d'affaires spécialisée dans les pièces de haute précision. Historiquement basé à Tours, le groupe avait déplacé depuis cet automne son siège social à Toulouse.

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 De son côté, WeAre est né en 2016 du regroupement de plusieurs entreprises familiales de la supply chain aéronautique avant de connaître une ascension spectaculaire. Entre 2016 et 2019, son chiffre d'affaires est passé de 50 à 143 millions d'euros et l'effectif lui aussi a grandi à vitesse grand V, de 300 à 1.400 salariés en l'espace de trois ans. La crise a donné un coup d'arrêt net à la dynamique du groupe qui réalisait 80% de son activité dans l'aéronautique civile. Son chiffre d'affaires a plongé à 90 millions d'euros et l'effectif est descendu sous la barre du millier de collaborateurs. WeAre avait également déjà réalisé une première acquisition début novembre avec le rachat de Taramm et Gamma-Tial, spécialisées dans la fonderie titane (20 millions de chiffre d'affaires en 2019 et 90 salariés aujourd'hui).

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Un futur champion aéronautique de 450 millions d'euros

Le rapprochement de Mecachrome et WeAre vise à créer un groupe qui générera dès 2022 un chiffre d'affaires combiné supérieur à 450 millions d'euros et fort d'environ 3. 600 collaborateurs. L'opération en cours de finalisation, et soutenue par Tikehau Ace Capital et Bpifrance, prendrait la forme d'une acquisition de WeAre par Mecachrome, le nouveau groupe devant être dirigé par Christian Cornille (Mecachrome) en qualité de président exécutif, et Pascal Farella (WeAre) deviendrait directeur général délégué en charge des opérations. Le nouvel ensemble prendra le nom de Mecachrome.

Depuis des années, les grands donneurs d'ordre comme Airbus ou Safran appellent de leurs voeux à des rapprochements pour créer des sous-traitants plus forts et moins nombreux. Déjà imaginée avant la crise face à la montée des cadences, la consolidation de la supply chain aéronautique s'avère encore plus nécessaire pour surmonter la crise actuelle. Objectif : répondre à des commandes de plus en plus colossales et à une production de plus en plus internationalisée. "Il y a quelques années, un appel d'offres portait sur deux millions d'euros. Aujourd'hui, c'est plutôt 5, 10, voire 15 millions d'euros par an. Et cela va continuer à grossir. Les nouveaux avions s'appuieront sur des sociétés plus grandes, plus fortes, capables de créer des usines du jour au lendemain dans n'importe quel pays et encore plus performantes en termes de gestion. Les fournisseurs de demain pèseront entre 300 millions et 1 milliard d'euros", résumait à La Tribune Pascal Farella, le CEO de WeAre en septembre dernier.

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Cette compétitivité passe aussi par une spécialisation accrue de chaque site de production. WeAre avait engagé avant la crise cette démarche au sein de ses usines : le site de Bouy (Vendée) est entièrement robotisé et spécialisé dans le fraisage, celui de Farella à Montauban (Tarn-et-Garonne) est dédié aux pièces de révolution, celui de Chatal à Saint-Nicolas-de-Redon (Loire-Atlantique) est chargé du traitement de surface pour la finition des pièces. Pour sa part, Mecachrome a commencé également à lancer cette spécialisation : son usine d'Aubigny (Vendée) est plutôt dédiée aux pièces de sport automobile et aux pièces aeromoteur pour Safran et Rolls-Royce, celle d'Amboise (Indre-et-Loire) aux grands sous-ensembles et Sablé-sur-Sarthe (Sarthe) accueille les savoir-faire avancés dans le domaine de la production 4.0. Le nouveau groupe espère avec la reprise d'activité pouvoir arrêter progressivement le chômage partiel sur ses sites et recommencer à recruter.

Retrouvez aussi les dernières annonces de la consolidation dans le Sud-ouest dans une carte interactive réalisée par La Tribune.

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