Aéronautique : la carte de la consolidation dans le Sud-Ouest

Longtemps espérée, la consolidation du secteur aéronautique s'accélère dans le Sud-Ouest. Latécoère, Mecachrome ou encore Weare ont dévoilé de premières acquisitions. Le fonds Ace Capital Partners est arrivé dans le capital de Figeac Aéro et s'est renforcé chez Satys. La Tribune fait le point des dernières annonces dans une carte interactive.

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(Crédits : Rémi Benoit)

Cliquez sur chaque icône pour connaître le détail des annonces et retrouvez en bas de la carte les articles correspondant à chaque société.

La consolidation de la supply chain aéronautique tant attendue semble (enfin) prendre forme. Depuis des années, les grands donneurs d'ordre comme Airbus ou Safran appellent de leurs voeux à des rapprochements pour créer des sous-traitants plus forts et moins nombreux. Objectif : répondre à des commandes de plus en plus colossales et à une production de plus en plus internationalisée. "Il y a quelques années, un appel d'offres portait sur deux millions d'euros. Aujourd'hui, c'est plutôt 5, 10, voire 15 millions d'euros par an. Et cela va continuer à grossir. Les nouveaux avions s'appuieront sur des sociétés plus grandes, plus fortes, capables de créer des usines du jour au lendemain dans n'importe quel pays et encore plus performantes en termes de gestion. Les fournisseurs de demain pèseront entre 300 millions et 1 milliard d'euros", résumait à La Tribune Pascal Farella, le CEO de WeAre en septembre dernier.

Déjà imaginée avant la crise face à la montée des cadences, la consolidation de la supply chain aéronautique s'avère encore plus nécessaire pour surmonter la crise actuelle. En 2020, l'Etat décide de créer un fonds d'urgence en faveur de l'aéronautique avec le soutien des quatre grands industriels de la filière (Airbus, Safran, Dassault, Thales). L'idée est de renforcer les fonds propres des maillons indispensables de la chaîne de fournisseurs en difficultés financières et d'encourager les regroupements de sous-traitants. ACE Capital Partners, en charge de ce fonds qui avoisine désormais les 730 millions d'euros, aura investi près de 200 millions d'euros d'ici la fin de l'année. "Cinq à huit grosses participations nouvelles à l'image de Mecachrome, de Figeac ou d'Aubert & Duval" sont prévues ainsi "qu'une vingtaine d'investissements nouveaux plus modestes", précisait fin octobre à La Tribune le président d'Ace Capital Partners Marwan Lahoud.

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Retrouvez en détail ci-dessous les dernières annonces d'acquisitions et d'augmentation de capital dans le Sud-Ouest.

 Mecachrome

Christian Cornille, Mécachrome, Airbus

Christian Cornille, président de Mecachrome. (Crédits : Lorette Fabre)

Mecachrome (2.400 salariés, 220 millions de chiffre d'affaires en 2020), groupe spécialisé dans la fabrication de pièces mécaniques pour les structures d'avions et les moteurs aéronautiques et automobiles, a annoncé au mois de juillet le rachat de Hitim (130 salariés, 20 millions d'euros de chiffre d'affaires), spécialisé dans les pièces de haute précision.

"Ce rachat est une première étape dans notre stratégie de consolidation. Nous sommes sûrs qu'il y aura d'autres acquisitions. Nous cherchons à créer un groupe industriel qui fasse sens pour nos clients et nos actionnaires.

Le marché français de la mécanique industrielle et de la tôlerie industrielle compte beaucoup d'acteurs, environ une quarantaine de sociétés dont le chiffre d'affaires cumulé s'élève à deux milliards d'euros. Cet émiettement est un facteur de dispersion d'énergie. C'est la raison pour laquelle les donneurs d'ordre et les pouvoirs publics souhaitent voir émerger un nombre de champions plus limité", expliquait à La Tribune Christian Cornille, le président de Mecachrome.

Le groupe en a également profité pour déplacer son siège social de Tours à Toulouse avec l'arrivée d'une soixantaine de salariés.

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 Latécoère

Latecoere

Latécoère projette de nouvelles opérations de croissance externe. (Crédits : Rémi Benoit)

Après avoir perdu 190 millions d'euros en 2020, l'équipementier aéronautique toulousain Latécoère a lancé cet été un plan de recapitalisation d'un montant de 222 millions d'euros. Le groupe a acquis fin août Technical Airborne Components (TAC) pour 30 millions d'euros auprès de Searchlight Capital Partners. Ce fabricant belge de bielles et de pièces mécaniques pour l'industrie aéronautique emploie près de 150 salariés et affiche un chiffre d'affaires de 25 millions d'euros. Le groupe ne compte pas s'arrêter là et indiquait dès cet été étudier "d'autres opportunités de croissance externe, notamment en Amérique du Nord".

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C'est chose faite. Latécoère a annoncé le 16 septembre l'acquisition de la société Shimtech de Mexico (SDM). Ce fournisseur est spécialisé dans les assemblages et des composants composites structurels avancés et de précision destinés à l'industrie aérospatiale. SDM dispose notamment d'une usine de 7.400 mètres carrés basée à Hermosillo au Mexique.

"Elle accélérera le développement des capacités de production de composites de Latécoère en Amérique du Nord, ce qui permettra au groupe de mieux se positionner pour les développements futurs du marché. Latécoère intégrera SDM dans ses opérations existantes à Hermosillo, renforçant ainsi son pôle d'excellence opérationnel au Mexique", indique le groupe qui "réaffirme son ambition d'être un leader mondial de l'industrie aéronautique". En février dernier, l'équipementier toulousain avait déjà repris les activités liées aux systèmes d'interconnexion et de câblage électrique (EWIS) de Bombardier au Mexique.

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WeAre

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WeAre a connu une ascension spectaculaire avant la crise. (Crédits : Frédéric Scheiber)

Né en 2016 du regroupement de plusieurs entreprises familiales de la supply chain aéronautique, WeAre Group vient de finaliser début novembre l'acquisition des sociétés Taramm (Ariège) et Gamma-Tial (Indre-et-Loire), spécialisées dans la fonderie titane et dont le chiffre d'affaires atteignait 20 millions d'euros avant la crise. Après un plan social, elles emploient actuellement 90 salariés. L'opération a été réalisée avec le soutien d'Ace Capital Partners, actionnaire de WeAre.

"Taram produit des pièces de petite et moyenne dimension en fonderie titane. La force de la fonderie titane est de réaliser des pièces éminemment complexes pour les moteurs d'avions, qui soient légères et moins chères qu'en ayant recours à de l'usinage, voire de produire des pièces impossibles à sortir avec de l'usinage. Ne pas avoir de fonderie en interne nous coupait jusqu'à présent l'accès à une partie du marché sur la pièce de petite et moyenne dimension en raison du manque de compétitivité. Nous allons désormais être capables d'adresser toutes les pièces de petite et moyenne dimension", précise à La Tribune Pascal Farella, CEO de WeAre Group.

Au-delà de cette annonce, WeAre compte acquérir d'autres petites et moyennes entreprises pour compléter son offre de technologies et son empreinte mondiale via le rachat de sites à l'étranger. La société étudie également des possibilités de rapprochement avec d'autres grands sous-traitants aéronautiques. Après avoir vu passer son chiffre d'affaires de 143 millions d'euros à 90 millions en 2020, WeAre Group table sur une remontée à 130 millions en 2022 et puis un objectif de 220 millions en 2024.

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Nexteam

nexteam

Nexteam se rapproche de Ventana (Crédits : Gentilin)

Né en 2015 de l'union de plusieurs entreprises familiales du Sud-Ouest de la France (Asquini (Lot-et-Garonne), Gentilin (Haute-Garonne), Sofop (Aveyron) et MP Sud (Pyrénées-Atlantiques)), Nexteam a annoncé début octobre son rapprochement avec Ventana dont le siège social est dans les Pyrénées-Atlantiques.

Le nouvel ensemble pèse 315 millions d'euros de chiffre d'affaires, selon les chiffres d'avant crise pour un effectif de 2.400 salariés, une taille critique qui le place dans le top des fabricants de pièces aéronautiques en France : Figeac Aero affichait 441 millions d'euros avant la crise et Mecachrome avait culminé à 380 millions d'euros en 2019.

Les deux groupes ont des activités relativement différentes. Nexteam est spécialisé dans la mécanique de précision, l'usinage de pièces complexes et le traitement de surface pour l'aéronautique et la défense. Pour sa part, Ventana dispose de compétences en fonderie et en mécano-soudure pour l'aéronautique, le spatial, la défense et l'énergie. Les deux entreprises disposent chacune de 11 sites de production mais sur des implantations différentes. Nexteam est présent au-delà des frontières de l'Hexagone en Pologne, en Roumanie et au Maroc quand Ventana a des capacités de production en Suède, en Autriche, au Portugal et en Tunisie.

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Figeac Aero

figeac aero

Figeac Aéro a vu son chiffre d'affaires chuter de de 441 à 205 millions d'euros en un an. (Crédits : Rémi Benoit)

Changement majeur dans l'actionnariat de Figeac Aéro. Le sous-traitant aéronautique lotois a annoncé début septembre un accord en vue de l'entrée d'Ace Capital Partners dans son capital. "Tikehau Capital, au travers de sa filiale Ace, s'est engagée à souscrire à une augmentation de capital d'un montant de 35 millions d'euros et à acquérir des actions Figeac Aéro auprès de Jean-Claude Maillard", précise le groupe dans un communiqué.

Jusqu'à présent, le fondateur de Figeac Aéro en 1989, Jean-Claude Maillard détenait avec sa famille une large part du capital de sa société (plus de 75% des parts et 86% des droits de vote). Avec ce changement dans l'actionnariat, il est prévu que Jean-Claude Maillard et ses proches détiennent 53,15% du capital. De son côté, le fonds Ace Capital Partners obtiendra 26,25% des parts.

Cette opération intervient alors que Figeac Aéro a été lourdement impacté par la crise. Son chiffre d'affaires a chuté de 441 à 205 millions d'euros entre mars 2020 et mars 2021. Avec cette augmentation de capital, Figeac Aéro aura les reins financiers plus solides pour participer à la consolidation.

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Satys

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Le groupe Satys dispose de cinq salles de peinture à Toulouse, exploitées aujourd'hui à 50%. (Crédits : Florine Galéron)

Leader mondial de la peinture d'avions neufs, le Toulousain Satys vient de boucler une augmentation de capital de 40 millions d'euros notamment auprès d'Ace Capital Partners.

"Nous avons réussi à nous imposer comme le leader de la peinture d'avions neufs parce que nous sommes partenaire stratégique des deux grands avionneurs Airbus et Boeing. Mais par contre, côté repeinture, autrement dit la peinture d'avions déjà en exploitation, nous ne sommes que le leader européen. Simplement, parce que nous n'avons pas d'activité aux Etats-Unis dans ce domaine de la repeinture. Enfin, nous sommes un nouveau venu dans le domaine du traitement de surface où nous sommes le numéro deux en France. C'est une filière qui est vraiment appelée à se consolider parce qu'il existe plus d'une trentaine d'acteurs en France pour un marché relativement restreint", décrypte Grégory Mayeur, directeur général de Satys Aerospace.

Avant d'ajouter : "Satys veut devenir le leader de la protection de surface au sens large, soit le traitement de surface, l'étanchéité et la peinture de la pièce élémentaire à l'avion complet, en passant par les sous ensembles dans le domaine des produits neufs et dans le domaine des produits en exploitation. Il nous reste encore des positionnements à consolider pour y parvenir." Déjà adopté par Airbus et Boeing, le groupe cherche également à renforcer sa présence chez les autres grands donneurs d'ordre comme  Bombardier, Dassault et Safran.

Face à la consolidation du secteur aéronautique demandée par les grands donneurs d'ordre, le groupe compte réaliser plusieurs rachats dans les mois à venir et va recruter 200 salariés en 2022. Après avoir vu son chiffre d'affaires chuter de 155 millions d'euros en 2019 à 110 attendu en 2021, le groupe projette de remonter à 250 millions d'euros à l'horizon 2025.

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