Mecachrome : "Le rachat de Hitim est une première étape dans notre stratégie de consolidation"

ENTRETIEN. Le sous-traitant aéronautique Mecachrome, spécialisé dans la fabrication de pièces mécaniques pour les moteurs et structures d’avions, vient d'annoncer le rachat de la société Hitim. Dans une interview à La Tribune, Christian Cornille, président de Mecachrome, détaille les raisons de cette acquisition, la première étape de sa stratégie de consolidation. Le groupe compte également déplacer son siège social de Tours à Toulouse à compter du mois de septembre avec l'arrivée d'une soixantaine de salariés.

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Christian Cornille, président de Mecachrome.
Christian Cornille, président de Mecachrome. (Crédits : Lorette Fabre)

Entamée en pleine montée des cadences, la consolidation de la supply chain aéronautique sera nécessaire pour surmonter la crise actuelle. Alors qu'Airbus a annoncé mi-mai une forte reprise de la production dans les prochains mois, les sous-traitants commencent à se mettre en ordre de bataille. Latécoère a dévoilé il y a quelques jours le possible rachat du concepteur de pièces mécaniques Technical Airborne Components (TAC). Au tour de Mecachrome, groupe de 2.400 salariés spécialisé dans la fabrication de pièces mécaniques pour les structures d'avions et les moteurs aéronautiques et automobiles, de détailler son plan d'acquisitions dans nos colonnes.

LA TRIBUNE - Pourquoi avez-vous décidé de racheter Hitim ?

CHRISTIAN CORNILLE - Ce groupe de 130 salariés réalise une vingtaine de millions d'euros de chiffre d'affaires et est constitué de deux établissements situés à Roanne (Loire) et Annecy (Haute-Savoie). Ces derniers sont plutôt positionnés dans une gamme de pièces mécaniques très spécifiques comme par exemple les axes de trains d'atterrissage ou de transmission moteurs. Il s'agit d'une typologie de produits plutôt haut de gamme avec des process technologiques très particuliers comme le dépôt HVOF, qui met sur la surface des pièces un traitement permettant d'avoir une tenue au frottement beaucoup plus efficace.

Hitim nous apporte deux choses : un contenu technologique et deux clients avec lesquels nous souhaitons développer notre business. Hitim travaille par exemple pour deux divisions du groupe Safran, Safran Transmissions Systems et Safran Landing Systems alors que de notre côté, nous travaillons surtout avec Safran Aircraft Engines, l'un de nos plus grands clients. Inversement, Mechachrome dispose d'un certain nombre de clients chez qui la technologie Hitim pourra être proposée.

Avez-vous d'autres acquisitions en vue ?

Oui, le rachat d'Hitim est une première étape dans notre stratégie de consolidation. Nous sommes sûrs qu'il y aura d'autres acquisitions. Nous cherchons à créer un groupe industriel qui fasse sens pour nos clients et nos actionnaires. La taille de la société rachetée importe peu. Ce qui est important, c'est la valeur que nous sommes capables de créer ensemble. Le cas de Hitim est révélateur à cet égard. Même si la taille de la société peut paraître modeste, cela nous permet à la fois d'offrir à Hitim de meilleures perspectives commerciales et d'aider Mecachrome à se rapprocher plus facilement de certains clients. Ce type de synergies, essentiellement commerciales, est prioritaire.

À l'automne dernier, Jean-Claude Maillard, le PDG de Figeac Aéro, avait estimé que cela ferait sens de créer un champion de la mécanique et du sous-ensemble, avec par exemple Mecachrome, Nexteam, We Are et Lauak. Qu'en pensez-vous ?

Le marché français de la mécanique industrielle et de la tôlerie industrielle compte beaucoup d'acteurs, environ une quarantaine de sociétés pour deux milliards d'euros de chiffre d'affaires. Tout en sachant qu'à eux seuls, les cinq champions que vous citez constituent à peu près déjà 1,2 à 1,3 milliard d'euros. Cet émiettement est un facteur de dispersion d'énergie. C'est la raison pour laquelle les donneurs d'ordres et les pouvoirs publics souhaitent voir émerger un nombre de champions plus limité.

Mecachrome veut construire avec un nombre de sociétés un futur commun, c'est ce que nous avons fait avec Hitim. Cela s'est passé dans des conditions extrêmement fluides avec le management. C'est important parce que ce genre de rapprochement peut se faire dans des conditions difficiles. En ce qui concerne nos concurrents et néanmoins amis, nous essayons de faire des opérations qui ont du sens. Et si d'aventure demain, nous nous apercevons qu'avec tel ou tel grand acteur, cela fait sens, peut-être que l'opération se fera.

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Mecachrome a réalisé 220 millions de chiffre d'affaires en 2020 contre 380 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2019. Avez-vous un objectif au travers de ces acquisitions d'atteindre une certaine taille critique ?

Nous ne nous sommes pas fixés de taille critique mais plutôt un objectif de croissance pour gagner des parts de marché pour retrouver notre niveau de chiffre d'affaires d'avant-crise. C'est la raison pour laquelle dans notre plan de restructuration (Mecachrome a supprimé 140 postes en France, ndlr), nous n'avons pas touché à nos personnels commerciaux. Il y a quelques mois, Mechachrome a intégré grâce à Stelia le programme A220 de manière significative. Nous sommes à l'affût de toutes les opportunités possibles et imaginables pour nous permettre d'atteindre un niveau de croissance interne de plus de 100 millions d'euros à l'horizon 2024. La logique de fusion-acquisitions n'est pas de même nature. Nous ne voulons pas mettre ensemble des sociétés qui, ensuite, n'auraient pas de stratégie commune. Nos critères sont liés aux technologies, à la proximité géographique et à la compatibilité des équipes de management.

Tout en sachant que Mecachrome a une position un peu particulière puisque nous faisons partie d'un faible nombre d'acteurs dans notre secteur de la mécanique et la tôlerie aéronautique à être présent à la fois dans le domaine de l'aérostructure, de l'aéromoteur, de la défense et de l'automobile. Cette compétence dans le domaine automobile nous permet d'offrir à nos clients la capacité de concevoir des systèmes de production tout automatisés, qui nous paraissent être particulièrement adaptés aux défis de l'aéronautique de demain.

Plusieurs sous-traitants, à l'image de Satys, ont alerté sur la pénurie de main d'oeuvre pour la remontée des cadences. Cela vous inquiète aussi ?

Depuis l'évolution des prévisions de cadences d'Airbus et de Safran, nous avons déjà certaines de nos usines qui ne font plus appel à l'activité partielle de longue durée parce que les volumes de production sont montés assez rapidement. Nous sommes amenés dans des volumes très limités, à faire appel à de l'intérim. Nous avons des difficultés à retrouver les personnels que nous avons été amené à laisser partir parce que nous n'avions plus d'activité. Il s'agit d'un sujet de préoccupation pour toute la filière, parce que nous ne nous attendions pas aussi vite à avoir ce genre de difficultés. C'est le cas par exemple sur notre usine de Sablé-sur-Sarthe, confrontée au redémarrage des moteurs Leap de Safran et de la ligne Porsche. Il faut savoir que notre ligne qui fabrique des aubes de moteurs Leap et qui avait été arrêtée pendant plusieurs mois au cours de l'année 2020, est en plein redémarrage. Il nous manque une quinzaine de personnes pour arriver à faire la production.

Pour autant, ce n'est pas un mouvement de fond puisque chez certaines usines sont toujours en activité partielle de longue durée comme par exemple notre usine d'Aubigny-sur-Nère (Cher).

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Vous profitez de ce mouvement de consolidation pour déménager votre siège social, aujourd'hui implanté à Amboise (Indre-et-Loire) vers Blagnac près de Toulouse. Pourquoi ?

Nous considérons que pour les fonctions corporate, c'est-à-dire la direction générale, la finance, le juridique, l'informatique, les achats, il faut être au cœur de l'écosystème aéronautique français qui est positionné à Toulouse. De notre point de vue, c'est le meilleur endroit pour être au plus près des centres de décision. C'est la raison pour laquelle nous avons décidé de ne pas bouger nos usines, mais de déménager nos centres de décision qui vont s'installer à Blagnac, dans la banlieue de Toulouse. Cela représente près de 60 emplois. Ces derniers sont d'abord ouverts au personnel qui était présent à Amboise et qui souhaiterait nous accompagner à Toulouse. Et si d'aventure, les gens ne souhaitent pas nous rejoindre, nous serons amenés à recruter dans la Ville rose.

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