Aéronautique : WeAre se prépare à une nouvelle consolidation de la filière

Né en 2016 du regroupement de plusieurs entreprises familiales de la supply chain aéronautique, WeAre Group a connu une ascension spectaculaire avant la crise. Alors qu'une nouvelle vague de consolidation de la filière est attendue, le groupe se dit "serein" et projette d'ici quelques semaines une première acquisition pour renforcer son savoir-faire technologique.

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WeAre a connu une ascension spectaculaire avant la crise.
WeAre a connu une ascension spectaculaire avant la crise. (Crédits : Frédéric Scheiber)

C'est un groupe pionnier en matière de consolidation aéronautique. À la fin des années 2000, sous l'impulsion d'Airbus qui souhaite réduire son nombre de fournisseurs, le groupement d'entreprises familliales Ace Aéronautique est créé. Objectif : proposer au donneur d'ordre un seul interlocuteur au niveau commercial et logistique. En 2016, le rapprochement va plus loin avec l'intégration des sociétés Farella, Chatal et Espace au sein du groupe WeAre. "Le but était d'arriver à répondre à nos clients sur le marché des pièces d'usinage, des sous-ensembles de petite et moyenne dimension et de se positionner sur la fabrication additive. Plusieurs acquisitions ont suivi avec la société Bouy qui nous a permis d'entrer sur le marché de la défense via Thales sur le Rafale. Le rachat de la société Comefor nous a mis un pied dans le marché de la défense terrestre. Des acquisitions ont également été réalisées au Maroc", rappelle Pascal Farella, CEO de WeAre Group.

Un chiffre d'affaires qui explose en trois ans

La nouvelle entité connaît une ascension spectaculaire. Entre 2016 et 2019, son chiffre d'affaires passe de 50 à 143 millions d'euros. Au-delà des acquisitions, le groupe est porté par une croissance organique de 15% par an. L'effectif lui aussi grandit à vitesse grand V, de 300 à 1.400 salariés en l'espace de trois ans. 15 millions d'euros par an sont investis dans les machines et fin 2019, un nouveau bâtiment flambant neuf de 27.000 m2 est livré à Montauban (Tarn-et-Garonne) où sont implantés le siège du groupe et les activités de Farella. Coût de l'opération : 11 millions d'euros.

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WeAre a investi 11 millions d'euros sur le site de production Farella à Montauban (Crédits : Frédéric Scheiber).

La crise a donné un coup d'arrêt net à la dynamique du groupe qui réalisait 80% de son activité dans l'aéronautique civile. Le chiffre d'affaires a plongé à 90 millions d'euros. L'effectif est descendu sous la barre du millier de collaborateurs. "Nous avons dû réduire le nombre d'intérimaires, ne pas renouveler les CDD et les contrats pro. Et ensuite, sur les sites de Chatal (en Loire-Atlantique), une rupture conventionnelle collective a été mise en place et les départs volontaires ont été suffisants pour éviter un PSE. Au Maroc, les effectifs ont diminué de 70%", décrit Pascal Farella. WeAre se sépare également de la société Comefor cédée au groupe ACI.

Une acquisition en vue

Désormais, le groupe doit faire face à une nouvelle vague de consolidation de la filière souhaitée par les grands donneurs d'ordre. Plusieurs acquisitions ont déjà été annoncées : Latécoère a racheté cet été le concepteur de pièces mécaniques Technical Airborne Components (TAC), Mecachrome a mis la main sur Hitim, "une première étape" dans sa stratégie de consolidation confiait son dirigeant en juillet dernier dans une interview à La Tribune.

De son côté, Pascal Farella confie : "Nous aurons besoin dans les prochaines années de sites ultra performants. Nous avions déjà engagé avant la crise une spécialisation des usines : le site de Bouy est entièrement robotisé et spécialisé dans le fraisage, celui de Farella est dédié aux pièces de révolution, celui de Chatal à Saint-Nicolas-de-Redon est chargé du traitement de surface pour la finition des pièces, etc. Nous allons aussi acquérir des technologies complémentaires. Nous sommes en train de finaliser l'acquisition d'une société qui fabrique des pièces de petite ou moyenne dimension dans une technologie complémentaire à la nôtre", annonce Pascal Farella.

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Le site de Montauban est spécialisé dans les pièces de révolution pour les avions (Crédits : Frédéric Scheiber).

Un rachat qui ne sera qu'un rouage de la restructuration à venir de la supply chain.

"il y a quelques années, un appel d'offres portait sur deux millions d'euros. Aujourd'hui, c'est plutôt entre 5 et 10, voire 15 millions d'euros par an de chiffre d'affaires. Et cela va continuer à grossir. Je suis profondément convaincu que les nouveaux avions s'appuieront sur des sociétés plus grandes, plus fortes, capables de créer des usines du jour au lendemain dans n'importe quel pays et encore plus performantes et structurées en termes de gestion. Pour moi, les fournisseurs de demain pèseront entre 300 millions et 1 milliard d'euros. Pour y parvenir, nous devrons passer une étape supplémentaire", poursuit le dirigeant.

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Pascal Farella est à la tête de WeAre Group (Crédits : Frédéric Scheiber).

En septembre 2020, le PDG de Figeac Aéro, premier sous-traitant européen avec un chiffre d'affaires de 441 millions d'euros avant la crise, avait confié dans une interview à la Tribune que cette activité restait "faible par rapport à la taille du marché".

Lire aussi 5 mnFigeac Aéro : "Soit nous rejoignons un groupe plus important, soit nous fusionnons avec d'autres sociétés"

D'où l'idée d'un rapprochement entre plusieurs acteurs des pièces mécaniques en France.

"Nous avons échangé avec pas mal d'acteurs de notre niveau et nous sommes en train de travailler pour voir la suite. Que ce soit une fusion ou un rapprochement, nous sommes très sereins dans l'optique d'une consolidation puisque le groupe est désormais très structuré. Avoir su intégrer des sociétés est une force parce que nous avons déjà des outils, des méthodes qui sont déployés et qui nous aiderons demain si nous faisons encore une étape supplémentaire, même si elle est significative", ajoute-t-il.

Des recrutements face à la remontée des cadences

L'autre grand chantier pour WeAre, sera de recruter pour accompagner la remontée express des cadences avancée par Airbus au mois de mai avec une production mensuelle de 45 A320 au quatrième trimestre 2021 (contre 40 aujourd'hui) qui culminerait à 64 appareils en 2023, un niveau jamais atteint dans l'histoire de l'aéronautique. Pas de quoi inquiéter outre-mesure le sous-traitant.

"En 2018 et 2019, nous embauchions autour de 120 personnes par an. WeAre Group a mis en place plusieurs programmes de recrutement. Le premier, c'est l'alternance avec un partenariat avec l'Université de Toulouse. Nous avons une classe d'une vingtaine d'étudiants chaque année dédiée à WeAre. Des partenariats ont également été noués avec des écoles d'ingénieurs et des masters. Près de 40% de nos besoins sont couverts via ces accords avec les écoles. Avant la crise, nous avions formé en l'espace de douze mois 90 demandeurs d'emplois en alternance", décrit Pascal Farella. WeAre Group prévoit 35 embauches d'ici à fin 2021 et un rythme annuel de 80 à 100 recrutements sur les années suivantes.

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Des dizaines de recrutements sont prévus dans les prochains mois au sein du groupe WeAre (Crédits : Frédéric Scheiber).

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