Viticulture : comment l'Occitanie et IVSO innovent face aux aléas climatiques

Confrontés à une baisse des récoltes en raison du changement climatique, les vignobles français doivent s'adapter. Dans le Sud-Ouest, l'interprofession s'est lancé dans un vaste travail de cartographie et la recherche de cépages anciens dans l'espoir de trouver des espèces résistantes. Dans le même temps, le secteur privé tente d'apporter son aide au secteur.

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L'interprofession des vignobles du Sud-Ouest (IVSO) a deux projets phares face au changement climatique.
L'interprofession des vignobles du Sud-Ouest (IVSO) a deux projets phares face au changement climatique. (Crédits : Rémi Benoit)

C'est ce qu'on appelle être pris en étau. Alors que les vignobles du Sud-Ouest luttent actuellement avec une nouvelle marque pour reconquérir leur marché intérieur face aux vins de Bordeaux et du Languedoc-Roussillon, ils doivent également lutter plus que jamais contre les aléas climatiques. Et la situation est alarmante.

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Selon l'Agreste, l'entité en charge de la statistique et de la prospective pour le ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et de la Forêt, la récolte viticole a reculé sur le territoire de 44% en 2021 par rapport à 2020. D'après des estimations arrêtées au 1er octobre par l'organisme, 2.008.000 d'hectolitres sont sortis des vignobles du Sud-Ouest cette année, contre 3.570.000 d'hectolitres l'année passée. "Ce sera une année bien complexe", déplorait Paul Fabre en septembre, le directeur de l'interprofession des Vins du Sud-Ouest (IVSO), à l'occasion d'une conférence de presse.

"Le gel printanier, la coulure, le millerandage et les maladies ont réduit le potentiel de production (sur ce territoire). Le Gers, le Lot et la Haute-Garonne sont les départements dont la production serait la plus impactée, avec environ une demi-récolte attendue", redoute l'Agreste.

Mais ce phénomène est bel et bien national. "Selon les estimations établies au 1er octobre 2021, la production viticole s'établirait, en 2021, à près de 34 millions d'hectolitres, soit un niveau inférieur de 27 % à celui de 2020 et de 22 % à celui de la moyenne des cinq dernières années. Le gel printanier a amputé une bonne partie de la production, qui sera historiquement faible, inférieure à celles de 1991 et 2017", note également l'institution publique.

Identifier les zones les plus sensibles

Dans ce contexte, certains professionnels du secteur se mobilisent pour préserver les productions face aux aléas climatiques et environnementaux, à l'image de l'interprofession des Vins du Sud-Ouest (IVSO) qui consacre chaque année 100.000 euros à de la R&D autour de ces questions. De quoi lui permettre d'engager quelques projets dans le Sud-Ouest pour penser la viticulture de demain, notamment à travers la donnée spatiale.

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"En partenariat avec des météorologues et le CNRS, nous avons lancé un travail collaboratif pour cartographier tous les terrains du Sud-Ouest, de manière très fine parcelle par parcelle, et superposer sur cette carte les zones sujettes à des aléas climatiques comme les excès de précipitation, les fortes chaleurs, ou la grêle", explique Paul Fabre.

La création de cette base de données géographiques et climatiques est couplée à des relevés sur le terrain de la part de viticulteurs permettant d'estimer le temps de travail à presque deux années. Par la suite, l'idée est de prendre des mesures zone par zone pour adapter les cultures au changement climatique, de la pose d'un filet anti-grêle à l'arrêt pur et simple d'une culture. "Nous ne nous interdisons rien", prévient le directeur de l'IVSO.

Un retour aux vieilles recettes ?

Néanmoins, à la croisée des chemins possibles, l'IVSO a engagé depuis plusieurs années un vaste travail sur les cépages. Par exemple, dans le Gers, une dizaine de cépages - espagnols, portugais, géorgiens, allemands, suisses - a été testée par l'IVSO en partenariat avec le Syndicat des côtes de Gascogne, où le stress hydrique est la principale contrainte. "Aujourd'hui, nous essayons de trouver des cépages plus résistants à la chaleur par le croisement de cépages", tient à préciser Paul Fabre.

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Par ailleurs, le syndicat professionnel mène actuellement un travail important avec le soutien de l'Institut Français de la vigne et du vin (IFV) dans l'espoir d'identifier des cépages anciens - aujourd'hui plus cultivés - et mieux résistants à la chaleur notamment.

"Grâce à un appel à la mobilisation des gens du Sud-Ouest, notamment à travers l'envoi de photos, une petite dizaine de cépages inconnus ou mal connus ont été identifiés et sont actuellement expérimentés pour connaître leurs caractéristiques. Par exemple, à Martres-Tolosane, nous avons trouvé un cépage que nous ne connaissons pas du tout dans le massif pyrénéen", expose le représentant de IVSO.

En attendant l'aboutissement de ces travaux de moyen et long terme, le secteur se mobilise pour apporter des solutions à la viticulture face au changement climatique, dans un objectif d'impact à court terme. C'est notamment le cas de la startup castraise Sinafis, fondée en 2016. La startup développe des capteurs connectés d'humectation pour surveiller l'humidité des feuilles, des sols, de l'air, ainsi que la température et autres informations dont les données sont envoyées par le réseau bas-débit Sigfox, et prochainement LoRa. L'idée est d'adapter cette technologie à la viticulture où le besoin de surveillance des cultures s'accroît désormais...

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