COP 21 : Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse, s'exprime pour la première fois

Par Propos recueillis par Sophie Arutunian  |   |  1221  mots
Pour Jean-Luc Moudenc, le nom de "COP21" est une erreur de communication (Crédits : Rémi Benoit)
À quelques semaines de la COP21, l'association des maires des grandes villes de France, présidée par Jean-Luc Moudenc, organise le 23 septembre une journée de conférences sur le thème de la transition énergétique. Pour le maire de Toulouse et président de Toulouse Métropole, la prise de conscience est réelle, mais la mise en place des politiques de lutte contre le réchauffement climatique se heurte à des impératifs économiques. Interview.

L'AMGVF que vous présidez organise la 15e édition de la Conférence des Villes, sur le thème de la transition énergétique. Quelles annonces prévoyez-vous ?

Il n'y aura pas d'annonce. Cette journée est une journée de réflexion et d'échanges avec des experts, des élus, des représentants du gouvernement et des entrepreneurs.

Quels sont les risques du réchauffement climatique pour les habitants des villes ?

Ce sont principalement des risques pour la santé, avec la multiplication des maladies cardiovasculaires, de l'asthme, des allergies. Ce sont les plus fragiles, les enfants notamment, qui sont les plus exposés à cela, même si nous n'avons pas de chiffres précis.

La loi sur la transition énergétique prévoit qu'en 2020 les constructions devront toutes être à énergie positive. Est-ce un défi réaliste ?

Il y a trois défis à relever pour les maires et présidents de métropoles. Le premier est de travailler sur le patrimoine ancien (1,5 million de m2 carré à Toulouse) pour le réorienter, énergétiquement parlant, vers quelque chose de plus économe et écologique. C'est, me semble-t-il, le défi le plus difficile à relever. Il va falloir mettre en place des plans volontaristes de long terme. Ensuite, il y a le bâti neuf : construire des bâtiments à énergie positive ne me semble pas être le plus difficile. Enfin, il y a un effort à faire en direction des ménages, pour qu'ils rénovent leurs logements, installent des compteurs électriques.

Comment les maires vont-ils financer ces actions ?

Tout cela est évidemment soumis à des aléas financiers. Les budgets sont difficiles à trouver et devront faire l'objet d'arbitrages.

À Toulouse par exemple, quels arbitrages allez-vous faire ?

Je souhaite pour l'essentiel imprimer une volonté. On ne pourra pas tout faire en un coup de baguette magique. Je pense néanmoins que le plus facile à mettre en place sera la construction de bâtiments à énergie positive. En ce qui concerne l'ancien, la ligne "entretien" du budget annuel pourrait servir à transformer le modèle énergétique de notre patrimoine.

Quel est le budget de Toulouse consacré à la lutte contre le réchauffement climatique ?

Nous avons à la métropole un budget total de 1,5 milliard d'euros d'investissements jusqu'en 2020. 250 millions sont fléchés développement durable (transports et habitat principalement). La future 3e ligne de métro pourra rentrer dans ce budget, car les 200 000 potentiels utilisateurs laisseront leur voiture pour l'utiliser. Le métro est le transport en commun le plus performant.

Les transports en commun sont-ils toujours prioritaires ?

Depuis 15 ans, les transports en commun dans les agglomérations ont clairement bénéficié d'une priorisation des crédits. Trois quarts des investissements en matière de mobilité vont aux transports en commun et aux modes doux. Mais la démographie continue d'augmenter et les besoins en déplacements croissent. Il y a encore une nécessité de développer les infrastructures, et les moyens dont nous avons disposés depuis 30 ans s'épuisent.

Vous-même, comment vous déplacez-vous ?

Quand je suis en voiture, je propose à mes collègues de faire du covoiturage pour ne pas être seul dans le véhicule. Je suis un grand adepte du métro et parfois du bus. Tout dépend du temps dont je dispose.

Avec la loi Notre, les Régions seront en charge de la planification des actions climat, et les intercommunalités seront en charge de les mettre en œuvre. Comment cela va-t-il s'articuler concrètement ?

La loi Notre, en date du 7 août, indique que les intercommunalités seront en effet les seules responsables pour mettre en place le "plan énergie territorial". Il va falloir préciser l'articulation des deux démarches et voir comment les objectifs régionaux seront traduits par les intercommunalités. Nous devrons dialoguer et je suis assez optimiste car la prise de conscience est générale. La COP21 va nous obliger à progresser et à améliorer nos façons de faire.

La COP21 peut-elle être un échec ?

À chaque fois qu'il y a un grand événement avec autant d'attente, il y a la crainte d'un échec, ce qui est normal au regard de l'échec du sommet de Copenhague en 2009. Néanmoins, je pense que la prise de conscience sur la préservation de l'environnement progresse dans tous les pays, même ceux qui étaient hermétiques à ce genre de préoccupations auparavant. Il y a de l'espoir.

Êtes-vous favorable à la gratuité des transports pendant la COP 21 (comme l'a demandé Anne Hidalgo), financée par le gouvernement ?

Oui, si le gouvernement a des crédits à débloquer pour cela...

Selon un sondage Odoxa pour iTélé, à la question de savoir s'ils "se sentent concernés par la COP21", 52% des sondés disent ignorer de quoi il s'agit. Qu'est-ce que cela vous inspire ?

Cela ne m'étonne pas. Le nom de COP 21 est un mauvais nom, que seuls les experts et les spécialisent comprennent. C'est une erreur de communication et ce n'est pas pédagogique. C'est tout le problème avec les questions d'environnement : il ne faut pas en faire des problématiques technocratiques.

Vous avez à Toulouse un plan de réduction des gaz à effet de serre qui courre de 2005 à 2020. Quel est bilan en 2015 ?

Je n'ai pas de bilan chiffré. Mais je relève que ce plan est consensuel et propose une vision de long terme. Aucune alternance politique n'a enrayé la machine et c'est bien d'avoir pu se mettre d'accord, au delà des divergences politiques, sur les objectifs : -20% de gaz à effet de serre, + 20 % d'efficacité énergétique, et porter à 20 % la part des énergies renouvelables dans la consommation d'énergie finale.

Paris, Strasbourg, Bordeaux et Lyon ainsi que des villes européennes (Rome, Bruxelles, Athènes, Madrid, Lisbonne) vont lancer des appels d'offres en commun pour l'achat de fournitures à faible teneur en carbone. Toulouse pourrait y participer ?

J'y serai très favorable. Nous le faisons déjà avec Tisséo (Syndicat Mixte des Transports en Commun de Toulouse, NDLR) lors d'appels d'offres pour des bus ou rames de métro. Nous nous associons avec des villes qui ont le même système de type 'val' que nous (totalement automatique NDLR) : Lille ou Rennes. Cela nous permet de faire des économies et il serait intéressant de le mettre en place dans d'autres domaines.

Pour acheter de l'électricité verte par exemple ?

Il faut voir si cela est possible techniquement.

Qu'est ce qui est le plus efficace pour lutter contre le réchauffement climatique : les pouvoirs publics ou les initiatives citoyennes et alternatives (covoiturage, circuits courts...) ?

Les deux sont indispensables. Les pouvoirs publics doivent donner l'exemple et provoquer un effet d'entrainement. Il est très sain qu'un mouvement citoyen s'approprie ces enjeux-là.

 
Le Forum Climat COP21 à Toulouse

À quelques semaines de la COP21, La Tribune-Objectif News va rassembler 800 acteurs de la vie économique, scientifique et politique régionale le 15 octobre prochain, de 9 heures à 13 heures, aux Espaces Vanel de la médiathèque José Cabanis, à Toulouse. Le Forum Climat COP21 aura pour but de mobiliser l'ensemble des acteurs locaux sur les questions de transition énergétique et de lutte contre le réchauffement climatique. Cette matinée de réflexion fera la part belle aux expertises et aux témoignages d'acteurs régionaux, mais aussi nationaux. Pour s'inscrire : http://objectifnews.latribune.fr/evenements/inscription/forum-climat-cop-21