Régionales : la socialiste Monique Iborra est sommée de "clarifier" son soutien à Carole Delga, interview

Par Sophie Arutunian  |   |  737  mots
Monique Iborra, députée PS de Haute-Garonne, ne soutient pas la candidature de Carole Delga aux régionales (Crédits : Rémi Benoit)
La députée PS de Haute-Garonne Monique Iborra est sommée par le PS31 de lever le doute sur son soutien à Carole Delga, candidate PS/PRG pour les régionales de décembre prochain. Dans un courrier, le premier secrétaire fédéral, Sébastien Vincini, lui demande de "clarifier sa situation vis-à-vis de sa famille politique". Monique Iborra, qui ne cache pas ses critiques envers Carole Delga, se dit "déçue par son niveau politique" et n'"exclut pas" de démissionner du PS. Interview.

Sébastien Vincini, dans un courrier, vous demande de clarifier votre soutien à Carole Delga, estimant que vous publiez sur les réseaux sociaux des messages "peu ambigus" sur la candidature de Philippe Saurel. Allez-vous quittez le PS ?
Je n'exclus rien. Mais je ferai connaître ma position d'abord aux militants, puis à l'appareil socialiste. Je ne veux pas que les militants apprennent ma position par voie de presse. C'est moi et moi seule qui déciderai. Néanmoins, si le PS trouve que les positions que je défends ne peuvent pas être discutées en interne, ils n'ont qu'à m'exclure. Mais ils en prendront la responsabilité. Je pense pour ma part que beaucoup de militants partagent mes points de vue.

Soutenez-vous donc Philippe Saurel ?
Pour le moment, je ne sais pas. J'observe et je prendrai ma décision quand ils auront chacun présenté des propositions. Mais le mépris de Carole Delga pour Philippe Saurel est, là encore, une erreur stratégique.

Pourtant, Carole Delga appelle Philippe Saurel au rassemblement...
Oui, a posteriori ! D'abord, on convoque Saurel chez le Premier ministre pour lui demander de ne pas se présenter, et après on appelle au rassemblement !

L'interview de Carole Delga dans nos colonnes ce vendredi vous a fait réagir, notamment quand elle évoque une éventuelle "jalousie" de votre part. Que souhaitez-vous répondre ?
Carole Delga donne l'impression d'une "tambouille" entre femmes. Je le déplore car cela donne raison à tous ceux qui méprisent la présence de femmes en politique. Mais je ne suis pas étonnée. Je pense qu'elle méprise ceux qui ne sont pas d'accord avec elle. Comme dans une cour d'école, elle distribue les bons ou les mauvais points. C'est une faute politique grave et je suis déçue par son niveau politique. Par ailleurs, je ne suis pas jalouse de Carole Delga, je n'ai aucune raison de l'être. J'ai moi-même mené des combats difficiles en interne et en externe. Je pense qu'elle aurait beaucoup à apprendre de mes conseils.

Vous n'avez jamais soutenu la candidature de Carole Delga pour ces régionales. Qui auriez-vous aimé voir à sa place ?
En effet, j'ai toujours considéré que sa candidature n'était pas adaptée. J'aurais pu changer d'avis pendant la campagne mais, dans ce que je vois, je ne reconnais pas le Parti Socialiste. Pour ma part, dans le contexte inédit et difficile des nouvelles régions, j'aurais souhaité que Martin Malvy se représente, même si son âge pouvait poser un souci. Il aurait dû préparer sa succession, il ne l'a pas fait.

Sur le fond, que rapprochez-vous à Carole Delga ?
Tout d'abord sa gestion du dossier "loi Alary". La décision de créer cette loi est inefficace, tout simplement parce qu'elle est perçue par les électeurs comme une magouille organisée. Carole Delga dit que la création d'un poste de vice-président délégué a été évoqué pendant les débats de la loi Notre. Je ne sais pas de quoi elle parle, mais les députés, eux, n'en n'ont jamais parlé. Elle arrange les choses à sa façon, ce n'est pas éthique.

Vous l'attaquez également sur le cumul des mandats...
Carole Delga dit qu'elle ne démissionnera pas de son mandat de députée car le calendrier législatif ne lui permet pas. C'est faux. On peut organiser une élection partielle si on le décide.

Pourquoi n'êtes-vous pas allée à l'université d'été du PS à La Rochelle ?
C'est la première fois que je n'y vais pas. Le parti est dans une situation difficile de laquelle il n'arrive pas à se sortir. Le congrès n'a servi à rien et ces affaires d'appareil me fatiguent réellement, d'autant plus que je ne vois pas d'issue immédiate. J'ai préféré discuter avec les agriculteurs lors de la fête de l'ail de Cadours.

Une polémique sur les 35 heures a secoué le congrès du PS. Quelle est votre position sur le temps de travail ?
Une chose est claire : la droite n'est pas revenue sur les 35 heures. Je ne vois pas pourquoi nous devrions le faire. Néanmoins, rien ne nous empêche de débattre. À l'époque de Jospin, les 35 heures, c'était novateur. Il faut revoir cela à la lumière du contexte actuel en Europe et en France. Il n'y a pas de tabous.