Fusion ou nouvelle gouvernance ? Les universités de Toulouse face à leur destin (collectif)

Après l'échec de la labellisation IDEX, les universités de Toulouse doivent repenser leur modèle pour ne faire plus qu'une et ainsi figurer parmi la carte des sites académiques et scientifiques français d'excellence, comme le préconise une commission d'experts indépendante chargée de réfléchir à l'avenir économique de Toulouse. Ainsi, Patrick Lévy a été chargé de la conception de cette nouvelle gouvernance. Il dévoile dans La Tribune les premiers fruits de son travail et sa méthode.

5 mn

Quel visage aura l'université de Toulouse dans les années à venir ? Tel est ce que doit déterminer Patrick Lévy.
Quel visage aura l'université de Toulouse dans les années à venir ? Tel est ce que doit déterminer Patrick Lévy. (Crédits : Rémi Benoit)

C'était l'une des conclusions marquantes de la commission indépendante "Toulouse, territoire d'avenir". À l'issue d'un travail de consultations important de divers acteurs, une poignée d'experts ont défini une multitude d'actions et de politiques à mener pour que Toulouse, bastion de l'aéronautique, se relève de cette crise sanitaire et économique avec des perspectives. Un travail rendu public en septembre dernier.

Lire aussi : L'après Covid-19 : "Toulouse peut se relever de cette crise" (Marion Guillou et Jean Tirole)

Lors d'un entretien accordé à La Tribune, la présidente de cette commission, Marion Guillou, et son parrain, le prix Nobel d'Économie toulousain Jean Tirole, ont été unanimes sur un point : faire de Toulouse un site d'excellence scientifique, de manière officielle et reconnue. "Une proposition audacieuse", avait alors réagit à l'époque le maire de Toulouse et président de la Métropole, Jean-Luc Moudenc, étant donné que le tissu universitaire local se remet tout juste de deux échecs cuisants et marquants dans sa (recon)quête du label d'excellence IDEX.

Lire aussi : Idex : la commission indépendante sur l'avenir de Toulouse relance le dossier

Néanmoins, cette plaie, à moitié refermée par l'obtention de l'institut interdisciplinaire d'intelligence artificielle Aniti, ne facilite pas la potentielle réalisation de ce projet. Alors, pour tenter de le concrétiser, Jean-Luc Moudenc et Carole Delga, la présidente du conseil régional d'Occitanie, ont proposé "la nomination d'une personnalité extérieure pour la construction d'un projet collectif", sur suggestion de la commission indépendante.

"Aujourd'hui, une mission d'accompagnement de l'évolution de la structuration des établissements d'enseignement supérieur et de recherche de l'académie de Toulouse est lancée. Elle est animée par Patrick Lévy, ancien président de l'université de Grenoble-Alpes", ont annoncé les deux collectivités dans un communiqué commun le 3 février.

"Je crois beaucoup en la médiation"

Et ce choix est tout sauf un hasard. Au-delà d'avoir présidé cet établissement, il était encore le coordinateur de l'initiative d'excellence de cette université et c'est donc lui qui a permis, ou orchestré, la labellisation Idex du site en 2016, avant la fusion des universités de Grenoble pour devenir Grenoble-Alpes.

"L'objectif de ma mission est d'inscrire Toulouse sur la carte des grandes universités françaises et cela doit se faire collectivement ! Au regard du potentiel scientifique, de formation et la qualité de vie formidable à Toulouse, c'est une anomalie que Toulouse ne soit pas considérée comme une grande ville de recherche et d'innovation. Il y a urgence à ne pas laisser durer cette image. Si nous ne le faisons pas, nous risquons de passer à côté d'importantes opportunités de financement", déclare Patrick Lévy, interrogé par La Tribune.

Déjà, rien que la perte de l'Idex, qui permet d'accéder à certains appels à projets, a causé la perte d'au moins 25 millions d'euros selon des estimations de l'Université fédérale de Toulouse. Alors, pour résoudre cette problématique d'image, à laquelle est associée le blocage de certains financements, Patrick Lévy consulte la direction des divers établissements universitaires toulousains, le tissu économique, des élus, des représentants d'étudiants et autres acteurs qui pourraient être concernés par ce projet collectif.

"Avec mon parcours, je peux répondre à des questions légitimes de mes collègues toulousains. Mais tous ceux que je consulte sont plutôt favorable à ce projet collectif. Ils ont des interrogations sur la méthode, ce qui est normal, mais ils prennent conscience qu'il y a une opportunité. En résumé, il faut rassurer les gens et éviter d'être dans l'idéologie. Mon travail consiste en partie à démystifier un certain nombre de difficultés et je crois beaucoup en la médiation pour arriver à un compromis où chaque communauté s'y retrouve. Celui-ci doit permettre de créer les bases solides d'un projet collectif", ajoute Patrick Lévy.

Lire aussi : Le nouveau président de l'université Toulouse 1 veut "rapidement" reconquérir l'Idex

Faire de Toulouse un établissement public expérimental ?

Alors comment compte-t-il créer cette "université de Toulouse" ? Par la fusion ? "Nous ne demandons pas aux universités de fusionner", rétorque-t-il. Par la réouverture du dossier IDEX ? "Il n'y aura pas de nouvel appel d'offres sur l'IDEX, cela sera donc forcément autre chose", poursuit-t-il. Et Patrick Lévy a déjà une idée de ce autre chose.

"Il faut une signature unique de publication, une stratégie de recherche partagée, tout comme sur les sujets de la finance et des ressources humaines. En tout cas, nous pouvons avoir des compétences centralisées, ou déléguées à un seul acteur pour tout le collectif. Et tout cela peut se faire sur la base d'un projet scientifique partagé par tous (...) Nous pouvons aussi faire de Toulouse un établissement public expérimental, avec pourquoi pas une démocratie universitaire, en respectant la parole de tous", dessine le chargé de mission.

Quel que soit le modèle déterminé par le collectif, Patrick Lévy veut y mettre au coeur les notions d'établissement inclusif, d'égalité des chances et de respect des différences. Autant de notions clés qu'il devra intégrer dans sa première copie attendue par les acteurs du dossier juste "après l'été". "Un calendrier très serré", admet le principal concerné.

5 mn

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaire 0

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

Il n'y a actuellement aucun commentaire concernant cet article.
Soyez le premier à donner votre avis !

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.