Fusion des régions : une identité commune à réinventer

Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon étaient bonnes voisines, cousines même. L’addition des deux régions (la fusion sera effective le 1er janvier 2016) tiendra-t-elle les promesses d’une puissance méridionale retrouvée ?

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La statue du matador Nimeño II, sur le parvis des arènes de Nîmes
La statue du matador Nimeño II, sur le parvis des arènes de Nîmes (Crédits : DR)

L'industrie aéronautique, le cassoulet et Claude Nougaro en Midi-Pyrénées. Le tourisme, le vin et Georges Brassens en Languedoc-Roussillon. Les Toulousains vont à la montagne, les Montpelliérains à la mer. Des cultures différentes pour des territoires que l'histoire a pourtant déjà fait cohabiter dans la même province du Languedoc, et qu'il faut aujourd'hui marier...

"Il sera difficile de créer un sentiment d'appartenance territoriale, observe Jean-Louis Chauzy, président du Ceser Midi-Pyrénées. Notre histoire commune a du sens, certes, mais elle est un peu ancienne."

Alex Mucchielli, professeur à l'Université de Montpellier 3 prédit quelque vingt ou trente années nécessaires à construire cette identité commune et affirme que "l'histoire ne pèsera pas tant que ça". Les occitanistes, eux, sont enthousiastes à l'idée de ce mariage qui donnera naissance à un territoire de dimension européenne par sa superficie et ses
5,6 millions d'habitants, mais aussi par la force de son économie (aéronautique, viticole, agricole) et le dynamisme de son tourisme (pyrénéen et méditerranéen). Autant de diversités peuvent-elles rassembler ?

Le géographe languedocien Jean-Paul Volle dit d'emblée son scepticisme et sa crainte de ce qu'il appelle "l'égoïsme des territoires locaux" :

"Ce n'est pas la carte qu'il faut changer, mais la règle ! Or, on reste sur le même modèle fonctionnel. En éloignant une instance de décision qui avait eu du mal à percer, on écartèle l'espace. Il faut décentraliser, construire une armature fédérale à partir du système des villes."

Le 'Monsieur Toulouse' de la Métropole de Montpellier, Max Levita, souligne la différence des modèles géographiques : "Toulouse n'a pas d'autres grandes villes à proximité, contrairement à Montpellier, qui compte un chapelet autour d'elle... Le pôle métropolitain est basé sur l'idée de valoriser ce chapelet."C'est aussi ce que souligne Jean-Paul Volle : "Nous serons dans une région où l'hyper-ruralité domine. Une dynamique de relations interurbaines pourrait structurer."

Élargir le label Sud de France

"Ce sont les hommes politiques qui vont construire le sentiment d'appartenance, à eux de trouver comment ne pas exacerber les rivalités", déclare Alex Mucchielli. Les deux Ceser, en réflexion sur l'aménagement et l'équilibre du futur territoire, misent sur les complémentarités régionales.

"Se forger une identité commune passera par de nouvelles politiques publiques, assure Jean-Louis Chauzy. Je vois au moins trois leviers communs importants : l'agriculture et l'agroalimentaire, le tourisme, et l'histoire et le patrimoine. Tout cela contribuera à fonder l'image de marque de la nouvelle région à l'international. Ainsi, le label Sud de France créé par Georges Frêche a du sens, et il faudra l'élargir."

Les hommes politiques vont devoir se parler, s'écouter, rassembler. "Un projet partagé permet toujours plus de cohésion, ajoute Jean-Louis Chauzy. Les deux métropoles se parlent, c'est déjà bien. Les Ceser aussi."

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