Départementales : attention aux promesses vaseuses et aux contrefaçons

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Pour Laurent Dubois, la campagne des départementales est de bas niveau
Pour Laurent Dubois, la campagne des départementales est de bas niveau (Crédits : DR)
La contrebande frappe toutes les marchandises. Elle n’est pas réservée aux marques de luxe. De la camelote électorale peut parfaitement être au cœur d’un trafic. C’est même actuellement un grand déballage de contrefaçons. À trois semaines du scrutin, les candidats aux départementales proposent aux électeurs de "vrais-faux" programmes. Par Laurent Dubois, journaliste politique.

A priori, une élection, c'est sérieux. On entre dans l'isoloir après avoir entendu des propositions. Le but est simple : trancher une opposition entre candidats concurrents. L'objectif est évident : sélectionner des élus et se prononcer sur des orientations. Sur le papier, une campagne électorale est un "The Voice" démocratique. On écoute les interprètes et on sélectionne les meilleurs.

Dans les faits, une campagne électorale, c'est souvent la "Ferme Célébrités". Les candidats font tout pour se faire remarquer. Ils vivent leur "minute de gloire". Micros et stylos se tendent vers eux, ils ont droit à un espace médiatique. Du coup, comme il faut bien parler, cela dégénère en "grand n'importe quoi".

"Promesses foireuses"

Petit catalogue des promesses foireuses. Sur le canton Albi 1, les candidats d'une liste de gauche promettent de faire reculer le stationnement payant dans la préfecture tarnaise. Cette question est probablement au cœur des préoccupations des albigeois. Seul problème, le sujet est "hors sujet". Le stationnement est une compétence municipale. C'est toujours bien de se soucier du bien-être de ses concitoyens. À condition de ne pas se tromper d'élection. Les candidats albigeois auraient du sortir leur copie l'an dernier, au moment des municipales.

Dans la galerie des "horreurs" électorales, on peut également citer la construction d'un pont dans une ville ou l'aménagement d'une base de loisirs gérée par une Communauté d'agglomération. Toutes ses promesses n'entrent pas dans le champ des compétences départementales. Elles concernent l'action municipale. Le côté "cancre" de certains candidats peut faire sourire. Seul problème, les électeurs sont, en quelque sorte, pris en otage par leur incompétence crasse. Les candidats sont censés éclairer la lanterne démocratique. Non seulement ils ne remplissent pas cette mission élémentaire, mais, de surcroit, ils obscurcissent le débat public.

Dans un style différent, plus subtil, d'autres candidats vendent des promesses vaseuses. Des promesses qui, sans être totalement à côté de la plaque, sont tout de même douteuses. Exemple le plus flagrant et le plus frappant : la sécurité.

La sécurité : une promesse vaseuse

La sécurité s'invite dans les départementales. Les listes de droite et du centre mettent le sujet sur la table. On savait que le maire est compétent en la matière. Il est en charge de l'ordre public local et il exerce différentes polices administratives. Personne n'ignore que l'État (au travers des services de police et de gendarmerie, mais aussi des prérogatives du Préfet) est le maître du jeu. Grâce à l'imagination des candidats, on découvre que le département peut intervenir.

Il faut être juste. En Haute-Garonne, la droite et le centre promettent "simplement" d'aider au financement de la vidéo-protection dans certaines communes. Dans le Tarn, c'est la prévention dans les collèges qui est mise en avant.

Cette relative retenue montre que les candidats ont conscience du côté "limite" de leurs propositions. C'est clair et net. La sécurité n'a jamais été une compétence départementale. Aucun projet de loi, aucun décret (dans aucun tiroir législatif ou ministériel) ne prévoit de conférer une quelconque responsabilité au département dans ce domaine.

Les candidats de la droite et du centre ne peuvent ignorer cette évidence. En fait, ils tirent une grosse ficelle. Il s'agit de donner des gages. Des gages pour contenir la poussée du FN. C'est absurde. La droite et le centre ne cessent de parler d'une meilleure gestion des deniers départementaux, les candidats évoquent un recentrage sur les missions essentielles. Et, de manière incohérente, ils inventent un nouveau domaine d'action. Toutes les acrobaties sont permises, mais on frôle le décrochage en plein vol.

De plus, l'instrumentalisation de la sécurité n'est même pas utile. Le FN ne prospère pas sur les faits divers. C'était valable dans les années 2000. Mais, de nos jours, c'est le rejet de la caste politique et l'insécurité sociale qui constituent le principal terreau du Front National. Le fait de braconner sur le territoire de la sécurité n'est pas un bon levier.

Déplacée sur le fond, la promesse de la sécurité n'est pas percutante dans la forme.

La droite et le centre sortent les gros sabots. Mais c'est un faux pas. En off, des responsables politiques avouent une triste réalité. "Ça ne vole pas haut." "C'est vraiment petit niveau." Loin des micros, au téléphone ou autour d'un café, les langues se délient et elles sont sans appel. La cuvée départementales 2015 est une mauvaise cuvée. Même les concernés l'admettent. Il faut dire qu'il faut être sourd et aveugle pour ignorer cette triste vérité.

Un peu de lumière ?

Le PS joue avec les peurs. Les socialistes promettent la fin de la protection sociale en cas de victoire de la droite et du centre. Peu importe que les allocations versées par les départements soient prévues par la loi. Une nouvelle majorité départementale ne peut pas supprimer le RSA ou l'APA. Elle peut faire des arbitrages et revoir certaines actions. Mais le 29 mars prochain, il n'y aura pas de rupture brutale.

En face, la droite et le centre transforment leurs adversaires en détrousseurs de contribuables. Ils insistent, jusqu'à la caricature, sur la fibre antifiscale de l'électorat.

Triste tableau. Heureusement, il existe un peu de lumière. Des propositions sont intelligentes et pertinentes. À droite comme à gauche, on trouve un peu de clarté. Mais, globalement, impossible de ne pas avoir en tête une phrase de Churchill. La démocratie est vraiment le pire des régimes... à l'exception de tous les autres.

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Commentaires
a écrit le 09/03/2015 à 22:11 :
Albi. Cantepau reste à Cantepau, et etc...

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