Régionales : les dossiers ferroviaires d'Occitanie qui animent (ou animeront) le scrutin

Dans un mois, les électeurs d'Occitanie seront appelés aux urnes pour élire la ou le président(e) de leur conseil régional. À quelques jours du premier débat avec les principaux candidats organisé par La Tribune, les candidats se positionnent progressivement sur quatre dossiers ferroviaires primordiaux pour la deuxième région de France. Décryptage.

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Plusieurs dossiers ferroviaires vont animer les échanges entre les candidats aux élections régionales en Occitanie.
Plusieurs dossiers ferroviaires vont animer les échanges entre les candidats aux élections régionales en Occitanie. (Crédits : Rémi Benoit)
  • La ligne à grande vitesse de Toulouse à Bordeaux

Aura ? Aura pas ? Au moins 30 années sont passées et la région Occitanie n'est toujours pas fixée sur l'arrivée ou non d'une ligne à grande vitesse (LGV) entre Toulouse et Bordeaux. Par conséquent, la quatrième ville de France est aujourd'hui la seule grande métropole de l'Hexagone à ne pas être reliée au réseau ferroviaire à grande vitesse. Un affront selon les divers élus locaux favorables au projet, le maire de Toulouse en tête, Jean-Luc Moudenc. Mais, après (ou grâce) à une avancée majeure sur un projet de LGV entre Nice et Marseille, ce serpent de mer a obtenu de la part du Premier ministre, Jean Castex, une promesse de financement par courrier de l'État et de l'Europe à hauteur de six milliards d'euros. En retour, les élus locaux ont également écrit au chef du gouvernement pour lui demander la rédaction officielle d'un protocole de financement pour inscrire dans le marbre cet engagement gouvernemental, d'autant plus à un an d'une élection présidentielle incertaine. Seulement, il manquera encore trois à quatre milliards d'euros de financement pour boucler ce projet ferroviaire. Si tous les candidats sont favorables à ce projet, hormis l'écologiste Antoine Maurice qui penche plutôt pour un aménagement de l'existant, leur vision diverge sur la manière de combler ce trou. Si la présidente socialiste sortante, Carole Delga, travaille sur de nouvelles recettes fiscales fléchées uniquement vers ce projet, d'autres - comme le candidat LR Aurélien Pradié - proposent par exemple de taxer les plus-values foncières et immobilières le long du futur tracé, qui traversera notamment Montauban et Agen. Par ce contexte, les entreprises craignent de devoir être les principaux contributeurs notamment via une taxe sur les bureaux. Les élections régionales et leur dénouement s'annoncent donc déterminants sur ce sujet.

Lire aussi 3 mnLa LGV Toulouse-Bordeaux mise en service en 2029 ?

  • Le "train des primeurs" entre Perpignan et Rungis

Le "train des primeurs" est l'autre "feuilleton" ferroviaire, côté Languedoc-Roussillon. Cette ligne de fret ferroviaire de 800 km, qui permettait l'acheminement de quelque 400.000 tonnes des fruits et légumes par an entre Perpignan et le marché d'intérêt national de Rungis en région parisienne, est à l'arrêt depuis la mi-juillet 2019. Refroidis par la vétusté du matériel et l'important investissement nécessaire pour en financer la modernisation, les deux clients historiques de la ligne, les sociétés de transport Rey et Roca, n'ont pas renouvelé le contrat. Depuis, le "train des primeurs" a fait l'objet de plusieurs solutions avortées, notamment celle de l'opérateur de transport combiné Novatrans (ancienne filiale de la SNCF, propriété du groupe Charles André depuis 2013) qui avait jeté l'éponge en novembre 2019 : les quais de Rungis n'étant pas adaptés à la solution "combinée", une ligne entre Perpignan et la plate-forme multimodale de Valenton avait été imaginée par Novatrans, mais des transporteurs s'étaient désengagés faute de volumes et de rentabilité économique...

La présidente sortante Carole Delga s'est mobilisée très tôt sur le dossier, dénonçant "un non-sens économique et écologique" qui jetterait quelque 24.000 camions sur les routes chaque année (9.000, dit le gouvernement...). Le 15 décembre 2020, Jean-Baptiste Djebbari, ministre des Transports, rallumait l'espoir en lançant un appel à manifestation d'intérêt pour que les opérateurs de fret ferroviaire puissent présenter des projets de reprise de ces acheminements à l'été 2021, l'État se disant prêt à accompagner financièrement si nécessaire. Depuis, deux opérateurs candidats ont été retenus dans la dernière ligne droite pour remporter le marché : Fret SNCF (opérateur fret historique en France et ayant assuré la traction du train depuis le lancement de ce service) et ETMF (groupe ESIFER, entreprise de travaux ferroviaires). Un choix qui signerait l'abandon du transport combiné au profit de wagons conventionnels. Le candidat EELV Antoine Maurice espère une issue rapide, lui qui considère que l'abandon du train des primeurs "accroît le trafic routier et donc la pollution de l'air". Initialement prévue pour juin 2021, la reprise de cet acheminement entre le pays catalan et le ventre de Paris sera vraisemblablement retardée au moins de septembre dans le meilleur des cas.

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La ligne de fret ferroviaire qui permet l'acheminement de 400.000 tonnes des fruits et légumes par an entre Perpignan et le min de Rungis va-t-elle reprendre du service en septembre ?

  • Un RER sur l'agglomération toulousaine

Il y a un peu plus d'un an, c'est un sujet qui a enflammé les élections municipales à Toulouse, entre trois listes de gauche plus que favorables au projet et une liste du centre et de droite du maire sortant, qui appelait plutôt le conseil régional à s'emparer du sujet pour respecter ses compétences tout en proposant une démarche partenariale.  Si le besoin d'un RER toulousain est arrivé sur la table des divers scrutins locaux, c'est notamment grâce au lobbying de l'association Rallumons L'Étoile. Le collectif propose la construction progressive d'un tel réseau après avoir mené diverses études.

RER

Projection proposée par l'association Rallumons L'Étoile.

L'association propose dès 2020 la création d'une ligne RER A (en bleue sur la carte, ndlr) sans travaux en optimisant l'existant de Castelnau-d'Estrétefonds à Baziège avec un cadencement au moins à l'heure, tout en profitant des terminus existants à Castelnaudary et à Matabiau. Parallèlement, Rallumons L'Étoile milite pour une optimisation de la ligne C (déjà existante et en rose sur la carte, ndlr) entre Arènes et Colomiers avec davantage de trains le soir et aux heures creuses. Dans un second temps, les porteurs de projet veulent le lancement d'études pour renforcer le RER A avec un train toutes les 15 minutes et une fréquence plus importante pour la ligne C, tout en la prolongeant jusqu'à Brax. Il est estimé que tout cela est réalisable d'ici 2025.

  • La ligne à grande vitesse de Montpellier à Perpignan

Le dossier de la LGV Montpellier-Perpignan traverse le temps (trente ans...), passe successivement entre les mains des élus à la Région, fait l'objet d'interminables débats (quel tracé - finalement sanctuarisé en août 2018 -, quel financement, etc.), essuie les voltefaces et les annonces sans suite, et reste encore à ce jour un mirage auquel les habitants de la région finissent par avoir du mal à croire. L'enjeu est de taille : désengorger les lignes quotidiennes saturées entre les deux villes et libérer des sillons pour les TER, assurer la continuité de la grande vitesse ferroviaire entre la France et l'Espagne, et permettre le développement du fret ferroviaire pour limiter la circulation des camions sur l'A9. Le 29 avril dernier, le projet a peut-être connu un coup d'accélérateur, le Premier ministre Jean Castex confirmant dans un courrier à la présidente de la région Occitanie, Carole Delga, qu'une enquête publique sur le tronçon entre Montpellier et Béziers (attendue depuis 2018 et déterminante pour le calendrier du projet) serait lancée avant fin 2021. Ce qui permettrait une déclaration d'utilité publique dès 2022 et un début de travaux en 2024.

Autre avancée majeure : le financement de ce serpent de mer ferroviaire a été évoqué de manière précise. Ainsi, pour ce chantier qui devrait avoisiner les 8 milliards d'euros au total, Jean Castex s'est engagé sur un financement de l'État à hauteur de 3,2 milliards d'euros (40%) - dont un milliard d'euros sur la seule partie Montpellier-Béziers - à parts égales avec les collectivités locales, et 20% de fonds européens. Soit une clé de répartition identique à celles des lignes Marseille-Nice et Bordeaux-Toulouse. Aurélien Pradié, candidat LR aux élections régionales, estime pour sa part qu'un courrier du Premier ministre "ne vaut pas grand-chose" et n'est rien d'autres qu'un engagement "qui n'est pas inscrit dans les budgets de la nation". L'écologiste Antoine Maurice, tête de liste "Occitanie naturellement", qui fait du ferroviaire sa priorité en matière de transports, promet la mixité fret-passagers sur toutes les nouvelles lignes de train, à l'image de celle reliant Montpellier à Perpignan, dont il promet la mise en service d'ici 2030.

Lire aussi 2 mnRégionales : La Tribune organise un débat en Occitanie le 1er juin

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Commentaire 1
à écrit le 21/05/2021 à 17:17
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J'aimerais quand même louer le gouvernement et vous auriez pu en parler plus souvent, pour ces trajets ferroviaires offerts aux étudiants interégionaux, merci à eux pour cette belle idée même si ça ne suffit pas pour se racheter auprès des jeunes apr...

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