Comment Carole Delga compte "gouverner autrement"

Leitmotiv de sa campagne, la socialiste Carole Delga affirme qu'elle compte changer de gouvernance à la tête de la nouvelle région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées. Un impératif pour "réconcilier les citoyens à la politique". Comment s'y prendra-t-elle ? Éléments de réponse.
Carole Delga, dimanche 13 décembre, à Montpellier pour l'annonce des résultats.
Carole Delga, dimanche 13 décembre, à Montpellier pour l'annonce des résultats. (Crédits : Rémi Benoit)

Impulser une nouvelle politique, une nouvelle gouvernance, convaincre les citoyens que les promesses de campagne n'engagent pas que ceux qui les croient, mais également ceux qui les formulent : au lendemain de la victoire de la gauche en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, le chantier est immense. Malgré les bons résultats, la gauche ne recueille pas la majorité des suffrages. Le Front National s'ancre dans le paysage et devient la première force politique dans de nombreuses communes, notamment dans l'Hérault. L'abstention, en baisse, n'en demeure pas moins à 37,98 %.

Hier soir, très entourée dès son arrivée au bistrot où socialistes et radicaux étaient rassemblés pour suivre le résultat des élections, la "très heureuse" Carole Delga a d'emblée repris le leitmotiv qu'elle martèle depuis le début de sa campagne : réconcilier les citoyens avec la politique.

Mesurant l'étendue du travail qui l'attend, Carole Delga a assuré qu'il faudrait "dès lundi, travailler ensemble".

"Nous respecterons les droits de l'opposition et nous saurons convaincre les électeurs", a promis celle qui sera élue présidente de la nouvelle région le 4 janvier prochain.

Concrètement, que compte-t-elle faire pour "gouverner autrement" ?

"Gouverner autrement, c'est avoir une relation plus directe avec les citoyens, en les consultant, en étant très proche sur le terrain. En démontrant que nous avons une intégrité, nous les élus, et que nous avons le souci de toujours nous concerter et de savoir travailler collectif. Pas de querelle d'égo. Pas de petite phrase assassine. De la responsabilité, de la dignité et surtout de l'action.

La "méthode Delga" pourrait concerner dans un premier temps deux dossiers sensibles :

"Sur le choix du nom de la nouvelle région, nous allons mettre en place une consultation des citoyens. Idem sur le rail, nous aurons des états généraux pour pouvoir discuter avec les usagers, les citoyens, les personnels et bien sûr les financeurs pour définir nos priorités sur les six prochaines années."

Ne pas décevoir les électeurs

Consciente que ses promesses ne sont pas aisées à mettre en œuvre et que l'attente des électeurs est grande, Carole Delga ne s'est autorisée aucun geste de victoire expansif, après son discours de Montpellier. Malgré les applaudissements et les accolades des militants, tout juste a-t-elle tenu en main le bouquet de roses qu'on lui a tendu. Tant pis pour l'image d'Épinal - et mitterrandienne - de la gauche triomphante.

Comme l'ex-secrétaire d'État, les colistiers n'ont pas versé dans le triomphalisme. "Très satisfaite du résultat", Nadia Pellefigue, l'ex-vice-présidente de la Région Midi-Pyrénées qui a été réélue, mesure "la responsabilité" qui incombe à la liste de gauche :

"Il ne faut jamais décevoir. On voit les résultats hauts du Front National, dont je me réjouis qu'il n'ait pris aucune région. Cela oblige à inventer de nouvelles pratiques et de mettre en action ce que nous avons proposé et qui a récolté la majorité des suffrages."

"Soulagé" mais pas "heureux" au vue des résultats du FN du côté de Lunel dont il vice-préside la communauté de communes, Jean-Luc Bergeon prévient qu' "on ne pourra pas éternellement repousser ce genre de phénomène sans véritablement lancer un travail sur le fond". Pour le nouvel élu régional - et par ailleurs maire et député suppléant - "il va falloir trouver des réponses maintenant sur l'emploi et le logement".

Également élue, Marie-Thérèse Mercier, présidente du Medef Montpellier-Sète-Centre Hérault, constate qu'il y a "tout de même un gros travail à faire pour se rapprocher de la nouvelle génération".

Changer la façon de gouverner

À la gauche de la gauche, on ne pavoise pas non plus. "C'est une victoire qui nous soulage, mais il faut la prendre avec lucidité car nous n'avons pas la majorité des suffrages", prévient Gérard Onesta (EELV). Pour l'ex-vice-président de la Région Midi-Pyrénées et ex-tête de liste Un Nouveau Monde en Commun, "il faut changer de fond en comble notre politique et revoir le fonctionnement de l'assemblée. Les pratiques doivent être co-élaborées avec les élus, et pas seulement entre le président, son équipe et les services".

Fort de ses 27 élus dans la nouvelle assemblée régionale, l'ancien vice-président du parlement européen propose "un rééquilibrage des pouvoirs en faveur de l'assemblée régionale" afin de contrôler le travail de l'exécutif. Face à la présidente et ses 15 vice-présidents, l'élu EELV prône la mise en lace d'une assemblée régionale aux pouvoir augmentés. "Homme de consensus", Gérard Onesta se verrait bien à direction de celle-ci :

"Je pense qu'il faut mettre les bonnes personnes aux bons endroits. Je suis peut-être la bonne personne à cet endroit là, reconnaît l'écologiste. Nous allons en discuter - entre autres - mercredi avec Carole Delga."

Comme il s'y était engagé dans sa charte éthique publiée pendant la campagne, Gérard Onesta voudrait également renforcer les pouvoirs de l'opposition. "Elle doit être dans les commissions, même si c'est le FN, assure-t-il. Ainsi, ils ne pourront pas dire ainsi qu'ils sont exclus. D'ailleurs, c'est quand on leur donne des choses à faire qu'ils montrent leur ineptie."

Convaincre dans son propre parti

Si le sénateur socialiste de l'Hérault Henri Cabanel appelle de ses vœux "une réflexion sur nos partis traditionnels pour éviter les peurs qui se sont exprimées lors de cette campagne", les anciennes habitudes que Carole Delga semble vouloir changer pourraient avoir la peau dure.

Le cumul des mandats notamment. Parmi les militants socialistes, certains ne se sont pas privés dimanche soir d'interpeller des élus peu exemplaires sur la question. Il en va ainsi de Christian Assaf, député de l'Hérault et nouvel élu régional : à la question d'un militant lui demandant "s'il allait laisser un mandat à quelqu'un d'autre", il a  rétorqué  "Oh laisse moi avec ça ! Et Le Drian alors ?"
Invoquer la situation du ministre de la Défense (élu dimanche soir en Bretagne, mais qui n'y siègera pas), l'argument ne semble pas Delga-compatible.

Pour gouverner autrement, Carole Delga devra donc convertir ses propres troupes. À commencer d'ailleurs par le président actuel de Languedoc-Roussillon Damien Alary, qui, juste avant de s'engouffrer dans une voiture l'emportant à Toulouse, livrait dimanche soir une singulière lecture des résultats :

"Le peuple a entendu et est venu fortement derrière nous dans ce deuxième tour. Ils ont entendu notre message. Je suis fier de ces valeurs que porte notre peuple".

Fraichement réélu, Damien Alary ne semble pas prêt à se lancer dans un aggiornamento.

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