Régionales : après les attentats, la campagne change de ton

Les attentats du 13 novembre à Paris et l'entrée de la France dans l'État d'urgence ont marqué en profondeur la campagne pour les élections régionales. Ce lundi 23 novembre, la campagne officielle a débuté, et à 9 jours du premier tour, le thème de la sécurité est désormais omniprésent dans les débats. En Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées, les candidats évoluent entre recueillement et critique du gouvernement.

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(Crédits : Rémi Benoit)

J-9 avant le premier tour des élections régionales, un scrutin inédit : le premier qui concernera les nouvelles grandes régions. Du côté des candidats, la campagne menée sur 13 départements depuis plusieurs mois est éreintante. Les attentats de Paris le 13 novembre, qui ont déstabilisé le pays, ont aussi changé le climat de la campagne, lui apportant une gravité inédite.

Les attentats, élément perturbateur

Ces attaques terroristes sont devenus un sujet de débat, notamment dans le cadre de la campagne. L'enjeu : ne pas être soupçonné de "récupération politique" des événements, un exercice équilibriste.
Ainsi, la candidate PS Carole Delga a publié une lettre dans laquelle elle estime que "notre pays vient de connaitre des événements dramatiques qui nous appellent à faire, plus que jamais, preuve de sang froid, de fermeté et de responsabilité". Une démarche très critiquée par ses opposants sur les réseaux sociaux.

 La candidate a posté un autre tweet sujet à polémique lundi 23  novembre, dans une série de tweet sur le thème #VoterCestResister :

Louis Aliot, dont le parti est régulièrement soupçonné de profiter des attentats, a réagi : "Profitons-nous des événements ? Il y a tellement d'accusations contre le Front National que je n'y fais plus attention. Nous n'avons pas exploité les attentats, à la différence de Carole Delga qui envoie une lettre à 1 million de personnes pour se refaire une virginité politique", affirme le candidat FN.

Face à l'attaque, Carole Delga répond : "La lettre que j'ai envoyée a été bien reçue. Je ne pouvais rester silencieuse. Le FN peut dire ce qu'il veut. Je n'ai pas de leçon de dignité à recevoir d'un parti qui joue sur les peurs. Qui a tweeté vendredi 13 au soir pour accuser le Premier ministre d'irresponsable ? Louis Aliot !"

Le candidat FN a également été pointé du doigt par Dominique Reynié (LR) :

Dominique Reynié, qui quant à lui maintenu une réunion publique le samedi suivant les attentats, n'a pas non plus échappé aux critiques. Il s'en défend : "J'ai suspendu ma campagne pendant 10 jours jusqu'au 23 novembre. Au lendemain des attentats, j'ai maintenu une réunion publique à Mende, mais il s'agissait surtout d'un moment de recueillement. Nous nous sommes mis en cercle pour faire circuler la parole".

Pour Gérard Onesta, candidat EELV, "les attentats changent à la fois tout et rien" :

"Cela change tout car la société se cristallise autour des questions du chaos : à la fois le déséquilibre mondial provoqué par le terrorisme et  l'urgence climatique. Et à la fois cela ce change rien car nos professions de foi ont été imprimées avant les attentats".

Gérard Onesta a rédigé une lettre au lendemain des attentats à l'attention de Carole Delga, Philippe Saurel, et Dominique Reynié dans laquelle il demande "un échange apaisé pour définir en commun les bases d'une fin de campagne qui devra être exemplaire de dignité et de détermination démocratique."

Pour Philippe Saurel, la non-agression est aussi de mise. Selon lui "les thèmes de campagne ne changent pas, mais la méthode évolue":

"Le pays est traumatisé, j'ai demandé aux militants et aux candidats d'être délicats et non agressifs lors des distributions de tracts notamment dans les marchés. Il faut aussi répondre aux questions et engager le débat. Je souhaite également n'émettre aucune critique à l'encontre d'un candidat d'ici la fin de la campagne".

Ce dernier a toutefois fait un retour en campagne remarqué en publiant un sondage contesté réalisé avant et après les attentats.

La sécurité, compétence régionale ?

Pour autant, pas question pour Philippe Saurel de faire de la sécurité une compétence régionale :

"À l'heure actuelle, la sécurité est présente à deux échelons : au niveau de l'État puisqu'il s'agit d'une compétence régalienne, et au niveau des mairies avec la police municipale. On ne peut pas la gérer au niveau régional sur un territoire aussi étendu, il faut garder cette notion de proximité".

Idem pour Carole Delga, selon laquelle "il ne faut pas faire de promesses farfelues" : "une police régionale, cela n'est pas possible. Par l'éducation et la formation, on peut lutter contre l'extrémisme et la manipulation sur internet. Il faut faire en sorte que tous les jeunes aient une formation. Il faut aussi soutenir les associations dont l'importance est primordiale".

Ce n'est pas l'avis de Dominique Reynié, qui fait campagne depuis plusieurs mois sur le thème de la sécurité : "Dès le 1er septembre j'ai proposé que la sécurité devienne une compétence régionale. Je propose d'installer de la vidéoprotection et des détecteurs de métaux dans les lycées et les collèges. Il faut également renforcer la sécurité dans les communes rurales qui sont moins bien protégées. La présence des gendarmes est moindre du fait des coupes budgétaires or on sait que des éléments djihadistes ont émergé par exemple dans l'Ariège." Et d'ajouter :

"Quand j'ai fait ces propositions, Madame Delga a dénoncé 'les milices du professeur Reynié', et Louis Aliot a parlé de médiateurs. Après les attentats, je remarque que mes propositions sont vues différemment".

De son côté le candidat Front National prône la mise en place "de référents régionaux de sécurité dans les TER et les lycées". Une mesure qu'il ne chiffre pas car "personne ne peut dire quel sera le budget de la future région".

Pour rappel, à l'heure actuelle, la sécurité n'est pas une compétence régionale.

 L'État d'urgence, ce qu'ils en pensent

Alors que l'état d'urgence décrété par le gouvernement soulève des questionnements parmi élus et citoyens, plusieurs candidats de la future région le critique ouvertement.

"L'État d'urgence est à géométrie variable entre les différentes préfectures, estime Philippe Saurel. Dans l'Hérault, le préfet a décidé de maintenir l'ensemble des manifestations publiques (culturelles, sportives) à condition que la sécurité soit renforcée."

Un avis partagé par Gérard Onesta, qui dénonce même une manœuvre politique : "J'irai manifester ce dimanche quoi qu'il arrive (pour la marche du climat, qui a été interdite par le préfet, notamment parce-que la COP21 à Paris "limite le redéploiement des forces de maintien de l'ordre" NDLR). Le préfet de Haute-Garonne applique une sécurité à géométrie politiquement variable. Samedi dernier, il était dans la manifestation pour faire bloc avec le gouvernement. Par contre, on interdit une manifestation pour le climat car on sait qu'elle va égratigner la politique environnementale du gouvernement. De la même manière, il n'y a pas de problèmes de sécurité pour les métros, les cinémas ou le marché de Noël (qui ouvre ce soir à Toulouse, NDLR). L'État souhaite rester dans l'émotion, le rassemblement autour de la Marseillaise."

Pour Dominique Reynié comme pour Louis Aliot, l'état d'urgence est arrivé trop tard. "Je suis en colère car l'état d'urgence aurait dû être décrété dès le 10 janvier (après les attentats contre Charlie Hebdo, NDLR)", affirme le candidat LR.

Pour Louis Aliot, c'est dès 2012 que l'état d'urgence aurait dû être instauré : "Il aurait fallu le faire lors de l'affaire Merah. Marc Trévidic (ancien juge antiterroriste, NDLR) a dit qu'il n'avait pas les moyens nécessaires. Il y a eu des ratés. Les effectifs de police et de l'armée ont été diminués par Nicolas Sarkozy".

Seule Carole Delga, députée PS et ancienne secrétaire d'État, approuve la décision du gouvernement : "Je rappelle que je soutiens le gouvernement en tant que députée et que j'ai voté l'extension de l'état d'urgence ( pendant 3 mois, NDLR)."

 Montée du FN dans les sondages

Dans les sondages, Louis Aliot a le vent en poupe (32 % au 1er tour selon un sondage Ipsos-Sopra Steria, publié le 24 novembre, contre 29 % dans un précédent sondage). "Les électeurs nous disent que nous avions raison. D'ailleurs, François Hollande a repris certaines de nos idées (la déchéance de nationalité pour les bi-nationaux, NDLR)", commente-t-il.

Pour Philippe Saurel (crédité de 5% au premier tour dans le dernier sondage), Louis Aliot bénéficie des événements dramatiques du 13 novembre :

"Les attentats de Paris sont un facteur de déstabilisation dans cette campagne, en faveur du Front National. D'ailleurs les derniers sondages montrent une montée de ce parti, particulièrement forte en Paca ou dans le Nord. De mon côté, je continue ma route. Ma liste permet de favoriser l'union nationale."

La hausse du FN est à relativiser pour Gérard Onesta (crédité de 11% des voix au 1er tour), qui s'attendait à pire :

"Je pensais tomber à 4-5 % dans les sondages mais ce n'est pas le cas. Au contraire, je m'attends à un sursaut républicain dans les urnes. Nous avons trois fois plus de personnes dans les meetings. Faire des minutes de silence et chanter la Marseillaise dix fois par jour, cela ne permet pas de répondre aux questions de fond. Je suis plutôt optimiste car nous sommes la seule liste qui veut réaliser un monde nouveau."

La confiance règne également dans le camp du candidat LR auquel le sondage attribue 21% des voix au 1er tour, en troisième position derrière Carole Delga :

"Je n'ai pas de doute sur le fait que je vais finir en première ou en deuxième position à l'issue du premier tour, analyse Dominique Reynié. Les sondages réalisés aujourd'hui n'ont aucune valeur."

"Face aux sondages, il faut être prudent", rappelle Carole Delga, donnée vainqueure au second tour, mais arrivant derrière le FN au 1er tour :

"Je regrette que le FN apparaisse comme une solution. Ils ne savent pas fédérer. Ils veulent exclure pour privilégier d'autres. J'espère que ces sondages ne sont que le résultat de l'émotion après les attentats".

Pour rappel, le premier tour des élections régionales se tiendra le 6 décembre prochain. Le second tour se déroulera le 13 décembre. C'est lors de la première assemblée plénière du 4 janvier 2016 que sera officiellement élu(e) le nouveau ou la nouvelle président(e) de la région Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées.

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