Régionales : relations tendues entre PS et PRG, l'accord est bloqué

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Carole Delga (PS) et Sylvia Pinel (PRG)
Carole Delga (PS) et Sylvia Pinel (PRG) (Crédits : Rémi Benoit)
Mardi 21 juillet, le PRG doit se prononcer sur sa stratégie pour les régionales de 2015, après des semaines de tension et de négociations avec le PS. Selon nos informations, l'accord avec les socialistes est bloqué pour l'instant. Le parti de Jean-Michel Baylet exigerait notamment le poste de 1er vice-président de la Région, déjà promis au PS Damien Alary et 4 têtes de listes départementales. Une rivalité "Carole Delga / Sylvia Pinel" complique ces tractations houleuses. Ce vendredi, le 1er secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis s'est rendu en urgence à Toulouse pour tenter de débloquer la situation.

Le PS et le PRG sont autour de la table des négociations. Pour rappel, le 27 juin dernier, Jean-Michel Baylet a menacé de quitter la partie avant même qu'elle ne débute : après une déclaration de Carole Delga, il a annoncé l'annulation d'une réunion, prévue le 9 juillet, avec le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis. Le PRG déclarait alors dans un communiqué :

"Contrairement à ce qu'a déclaré aujourd'hui Carole Delga (la candidate avait assuré qu'elle était "optimiste pour une union avec les radicaux de gauche", NDLR), c'est bien Jean-Michel Baylet et le PRG qui ont, dans un esprit de responsabilité, demandé à rencontrer Jean-Christophe Cambadélis. Au vu de l'utilisation politique faite de cette initiative par Madame Delga, Jean-Michel Baylet annule ce rendez-vous."

En réalité, d'après nos informations, Jean-Michel Baylet a bien rencontré Jean-Christophe Cambadélis et la réunion s'est déroulée comme prévue. Depuis, les négociations sont en cours. La patron des élections et député de la Haute-Garonne Christophe Borgel représente le PS. Guillaume Lacroix, secrétaire général du PRG et conseiller de Manuel Valls à Matignon, est en charge des intérêts de Jean-Michel Baylet.

"Des revendications indéfendables"

Les téléphones portables des deux protagonistes restent fermés à la presse. Malgré ce black-out soigneusement entretenu, des éléments filtrent. D'après nos informations, Guillaume Lacroix est dans une position inconfortable. Conseiller de Manuel Valls à Matignon, le responsable national du PRG est entre l'enclume politique de son parti et le marteau professionnel de son patron, Manuel Valls. Un patron socialiste qui, de surcroit, a défendu la candidature aux régionales de son ex-secrétaire d'État, Carole Delga.

Mais, surtout, selon un fin connaisseur des arcanes radicales, Guillaume Lacroix doit défendre des revendications indéfendables. Le négociateur de Jean-Michel Baylet doit obtenir 22 places et plusieurs vice-présidences, mais aussi 4 têtes de listes départementales : le Tarn, le Tarn et Garonne, les Hautes-Pyrénées et l'Aude.

Dimanche 12 juillet, Jean-Michel Baylet, Sylvia Pinel et les présidents des 13 fédérations départementales sur la grande région, se sont réunis au bord du lac Saint-Ferréol, à côté de Revel. Lors de cette rencontre dans les murs de l'hôtellerie du Lac, le patron du PRG n'a pas évoqué les termes de l'accord. Des groupes de travail ont planché sur des éléments de programme, notamment sur le sport. Didier Cordoniou (conseiller régional et maire de Gruissan) et Christophe Delahaye (conseiller régional et président du PRG31) sont en charge des propositions. Mais, en dehors de ce tour d'horizon programmatique, aucun bilan des négociations n'a été fait par Jean-Michel Baylet.

Le poste de 1er vice-président pour Sylvia Pinel, sinon rien

La tâche de Guillaume Lacroix est ardue. Selon nos informations, l'exigence d'une première vice-présidence pour Sylvia Pinel est totalement non-négociable pour Jean-Michel Baylet, qui menace de rejoindre la liste menée par le maire de Montpellier (non aligné) Philippe Saurel. Mais cette exigence se heurte notamment à une violente résistance des socialistes de l'Hérault. En effet, le poste de 1er vice-président (qui sera attribué au lendemain du 2e tour des régionales, lors d'un 3e tour de scrutin) est promis à Damien Alary, l'actuel président de la région Languedoc-Roussillon.

Le président PS du Conseil départemental et député de l'Hérault, Kleber Mesquida, a d'ailleurs écrit une lettre à Jean-Christophe Cambadélis pour dénoncer la manœuvre. Jeudi 16 juillet à l'Assemblée, les députés de l'Hérault ont violemment manifesté leur colère auprès de Christophe Borgel. À la buvette, ils n'ont pas hésité à exprimer publiquement, au milieu des autres parlementaires, leur hostilité.

En effet, pour eux, le débarquement de Damien Alary au profit de Sylvia Pinel déséquilibre totalement la gouvernance de la grande région au profit de Midi-Pyrénées. En cas de victoire, les deux têtes de l'exécutif de la Grande Région seront étrangères à Languedoc-Roussillon. Pour rappel, Carole Delga est élue dans le Comminges, en Haute-Garonne, et Sylvia Pinel est originaire du Tarn-et-Garonne.

Didier Codorniou dans la balance

Christophe Borgel doit gérer la fronde des Héraultais, mais il doit également trouver une solution pour une autre demande du PRG : une tête de liste départementale pour Didier Codorniou. L'ancien du XV de France est une étoile montante du PRG. Après son exclusion du PS, suite à son aventure aux côtés de Georges Frêche lors des régionales 2010, Didier Cordoniou constitue une belle prise pour Jean-Michel Baylet. Il est connu et reconnu. Seul problème : le maire de Gruissan a de très mauvaises relations avec la puissante et très structurée fédération du PS Audois.

Pour y remédier, une "exfiltration" vers l'Hérault a été évoquée. D'après un responsable départemental du PRG, elle n'est pas d'actualité. Christophe Borgel va donc devoir vaincre ou du moins convaincre les socialistes audois, et cela ne va pas être simple. En effet, dans ce grand jeu de marchandage, les cartes électorales et les équilibres territoriaux ne sont pas seuls en cause. Les querelles de personnes et les haines domestiques pèsent lourdement. Y compris au plus haut niveau, entre les deux têtes d'affiches : Carole Delga et Sylvia Pinel.

Sylvia Pinel a envie d'en découdre

Jean-Michel Baylet maîtrise l'art de l'esbroufe et de la négociation. Il sait comment créer, selon ses propres termes, "un rapport de force". Mais, pour les initiés et les familiers du patron du PRG, Jean-Michel Baylet est favorable à un accord avec le PS. En revanche, Sylvia Pinel est franchement prête à rompre les amarres. Un responsable du PRG relativise les choses : "ce n'est pas aussi tranché".

Néanmoins, Sylvia Pinel est très active sur le terrain et ne cache pas son envie d'en découdre. Un spécialiste de la galaxie Baylet affirme qu'elle n'influence pas les décisions et les orientations de Jean-Michel Baylet. C'est lui le patron. Cependant, la ministre de Manuel Valls est particulièrement remontée et Jean-Michel Baylet a encore beaucoup de mal à digérer son propre échec aux sénatoriales et la perte de la présidence du Tarn-et-Garonne. Deux échecs qu'il attribue à la traitrise des socialistes. La hargne de Sylvie Pinel peut s'appuyer sur la rancœur de Jean-Michel Baylet. Une hargne qui, d'ailleurs, est directement dirigée contre Carole Delga.

Duel au sommet Delga / Pinel

En privé, Sylvia Pinel rappelle que Carole Delga a été une "simple" secrétaire d'État et que c'est elle la ministre. Des griefs sur le comportement de la socialiste, lors de son passage au gouvernement, alimentent également des ressentiments.

La lutte autour des places et des postes prend la dimension d'une opposition entre deux femmes. Comme dans tous les conflits, une dimension psychologique existe. Sylvia Pinel, comme Jean-Michel Baylet, utilise une arme à double tranchant. Elle utilise la candidature de Philippe Saurel pour menacer les socialistes.

Manipulations autour de la candidature de Philippe Saurel ?

Un responsable du PRG affirme : "Sylvia Pinel et le PRG négocient avec les socialistes mais nous le faisons aussi avec Saurel." L'entourage du maire de Montpellier nie catégoriquement : "Faux. Aucune négociation avec les partis politiques." Philippe Saurel se veut l'incarnation et le fer de lance d'un mouvement citoyen. L'idée d'un accord avec le PRG est incompatible avec cette marque de fabrique. Il est toujours possible de récupérer des individus isolés qui, le temps du scrutin, laissent tomber logos et dossards partisans, mais le camouflage est grossier et ne tromperait personne. À plus forte raison s'agissant de Sylvia Pinel. Elle est trop estampillée PRG.

La menace d'une jonction entre le PRG et Philippe Saurel est donc une "carte" de plus dans un énorme poker menteur. En tout cas, un sondage qui doit être publié à la fin du mois pourrait bien faire réfléchir le PS et affaiblir le PRG. En effet, un hebdomadaire national a testé un ticket "Saurel-Baylet ". Dans l'étude en question, le tandem obtient 11 % d'intention de votes. Dans un précédent sondage, publié par Midi-Libre, Philippe Saurel obtenait le score de 9 points. 11 points avec Baylet, 9 points sans le PRG, le parti de Jean-Michel Baylet apporte seulement 2 points au maire de Montpellier.

La valeur marchande du PRG mesurée par les deux sondages peut constituer un argument pour des socialistes qui sont fatigués par les prétentions des radicaux de gauche. Des prétentions qu'ils jugent déraisonnables et totalement disproportionnées.

Jean-Christophe Cambadélis à Toulouse

À l'heure actuelle, l'accord est bloqué. Ce vendredi 17 juillet, Jean-Christophe Cambadélis est venu à Toulouse pour un déjeuner de travail. Valérie Rabault (députée PS du Tarn-et-Garonne, tête de liste départementale pour les régionales) et Philippe Martin (député PS, président du conseil départemental du Gers) étaient notamment autour de la table.

Cette visite, organisée à la dernière minute, est analysée comme une opération de sauvetage pour un accord qui prend l'eau. Dans quelques jours, la réunion du comité directeur du PRG permettra de savoir si, malgré tout, une liste PS-PRG a pu être constituée.

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Commentaires
a écrit le 24/07/2015 à 19:22 :
Quand la gauche du sud en aura-telle fini avec ce virus dévastateur qu'est J M B ?
De Paris cela n'est toujours pas visible .Bon comme tout un chacun , il y a l'âge qui fait son effet. A bientôt 70 balais , le virus perd de capacité à nuire .Mais il y a des sursauts ....
a écrit le 18/07/2015 à 10:26 :
Même dans le cas où ils finissent à trouver un accord, les mères Delga et Pinel vont avoir du mal à travailler ensemble... Quand à Saurel, il sortira gagnant de cette guerre dans tous les cas. Cas 1 : le ralliement ne se fait pas et il prend 2 points, bof mais c'est toujours ça. Cas 2 : le ralliement de fait et là c'est le jackpot pour Saurel. En virant Alary, le PS devoile au grand jour la grande inequité de cette réforme et se coupera d'une très grande partie (voire de la majorité des voix du LR).
a écrit le 18/07/2015 à 9:04 :
avec toutes ces histoires je neviens a souhaiter que se soit un autre parti comme la droite qui passe ou autre MERCI Mr SAUREL et les autres je regrette de m'etre investie comme je l'ais fait pour croire a la gauche vous etes lamentables

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