Régionales 2015, les clés du choc Delga / Reynié

Les 6 et 13 décembre prochains, Midi-Pyrénéens et Languedociens vont aller ensemble dans l'isoloir. Pour la première fois, les citoyens éliront une assemblée régionale issue de la fusion. La taille du terrain électoral (13 départements) et la masse de votants (3,8 millions d'électeurs) personnalisent fortement le scrutin. La socialiste Carole Delga et le représentant de l'UMP Dominique Reynié partagent le haut de l'affiche. Quel atout peut les départager ? Test comparatif entre les deux compétiteurs.

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Caroles Delga et Dominique Reynié font office de favoris pour les régionales 2015
Caroles Delga et Dominique Reynié font office de favoris pour les régionales 2015 (Crédits : Rémi Benoit / François Bouchon-Le Figaro)

Dominique Reynié : la nouveauté politique

Dominique Reynié est un "parachuté". L'attaque vient du PS. Mais elle émane aussi des rangs de l'UMP. Le député socialiste de la Haute-Garonne Christophe Borgel et le sénateur UMP du Gard Jean-Pierre Grand sont au moins d'accord sur un point : Dominique Reynié est "hors sol". Pour les deux parlementaires, la tête de liste UMP aux régionales est, en quelque sorte, l'anti-Delga.

Carole Delga a été élue par les fédérations départementales du PS et l'actuelle secrétaire d'État de François Hollande a derrière elle des mandats communal (maire de Martres-Tolosane) et régional (vice-présidente à la ruralité et des technologies de l'information et de la communication) ainsi qu'une expérience de députée (8e circonscription de Haute-Garonne). De son côté, Dominique Reynié débarque dans l'arène électorale sans la moindre expérience.

Pour les socialistes et une partie de l'UMP, c'est un grave défaut. Mais la nouveauté incarnée par Dominique Reynié est surtout une qualité. Jacques Thouroude en est convaincu. "Il n'y a aucune obligation d'être maire avant d'être conseiller régional. Il faut bien commencer un jour, rappelle le conseiller régional UMP et président du groupe d'opposition en Midi-Pyrénées. Dominique Reynié n'a pas exercé de mandat. Mais il n'a pas d'a priori et une grande ouverture d'esprit. C'est quelqu'un qui consulte et écoute et apporte un regard neuf."

Le baromètre des sondages donne raison à Jacques Thouroude. Les relations sont fraîches entre les français et les élus. Le fait de détenir un mandat est loin d'être synonyme de vertu. Par réflexe corporatiste, les élus vantent les mérites de la "profession". Mais les électeurs ne partagent pas (du tout) ce point de vue. L'impopularité des "écharpes tricolores" est une dure réalité, incontournable et incontestable. Nos concitoyens sont parfois "schizophrènes". Ils adorent réélire des maires ou des présidents de région mandats après mandats. Mais, en même temps, ils détestent les notables installés.

Dominique Reynié a incontestablement réussi sa vie professionnelle. Il appartient à l'élite médiatico-universitaire du pays. Mais il échappe au "Tous pourris" qui colle à l'image des professionnels de la politique. Le politologue manque de capital en termes de connaissance et de pratique des réseaux d'élus. En revanche, il est "riche" d'un atout : la curiosité suscitée par le nouveau venu.

Cet atout n'est pas abstrait. C'est un avantage tactique. Face aux "vieux" routiers de la politique que sont Louis Aliot, Gérard Onesta ou Carole Delga, Dominique Reynié dispose d'un avantage concurrentiel. Il peut jouer la carte du renouvellement. Sa biographie est raccord avec l'enjeu central des régionales : un nouveau visage pour une nouvelle région.

Bien évidemment, Dominique Reynié ne va pas remporter les régionales uniquement sur sa nouveauté. La fraîcheur est comme la jeunesse, elle finit par se faner. Il va devoir défendre un programme et faire preuve de sens politique. Rapidement, le candidat Reynié va devoir gagner en expérience. Une maturation d'autant plus nécessaire que sa principale rivale ne manque pas d'expérience.

Carole Delga : l'expérience régionale

À gauche, on redoute un "effet-Reynié". L'aisance médiatique du politologue inquiète. Son profil (capable de séduire le centre gauche et l'électorat urbain) angoisse. Néanmoins, des socialistes affichent leur confiance et vante un atout majeur de Carole Delga : son expérience.

Pour Catherine Lemorton, "Carole Delga connaît très bien la région. Elle a travaillé au Conseil régional en tant que fonctionnaire et elle a été vice-présidente de la Région. Carole sait faire campagne."

Michel Boussaton (conseil régional PS) rajoute la pugnacité : "Carole Delga ne lâche rien. Elle a été élue (députée) au premier tour, après une primaire interne (pour obtenir l'investiture, NDLR) qui n'était pas gagnée d'avance. Une anecdote révèle son caractère de gagnante. Au moment des législatives, Carole avait prévu une réunion publique entre le 1er et le 2nd tour. Elle a été élue dès le 1er. Elle a maintenu la réunion en me disant qu'elle ne voyait pas pourquoi elle ne se déplacerait pas."

Expérience des campagnes électorales et une motivation en acier trempé vont être indispensables à Carole Delga. Les régionales 2015 sont d'un format inédit, par la taille du territoire à couvrir et par l'effort à fournir. Les candidats vont devoir avaler des kilomètres et se démultiplier pour être présent dans les médias locaux et sur les estrades.

En apparence, le challenge est encore plus rude que pour les européennes. José Bové (EELV) ou Robert Rochefort (Modem) ont été élu sur une circonscription allant de Bordeaux à Nîmes. Mais l'exercice était plus facile. Les élections européennes sont des élections politiques ou les dossards partisans font la différence. S'agissant des régionales, il est impossible de se contenter d'un passage sur les principaux médias régionaux et de trois meetings. Le maire de Montpellier, Philippe Saurel, a raison de parler de "mini-présidentielle".

Carole Delga et ses rivaux vont devoir incarner un projet. Cette personnalisation du scrutin exige une implication forte. La socialiste parcourt le Languedoc-Roussillon. La future ex-secrétaire d'État de François Hollande (sa démission interviendra mi-juin) écume les manifestations locales. Ce labourage du terrain est conforme à son tempérament. Mais c'est aussi une condition nécessaire à son éventuelle élection.

Le PS pêche parfois par excès de confiance. Les résultats des départementales (11 conseils départementaux sur 13 entre les mains des socialistes), le maillage des fédérations PS et la force des réseaux militants entretiennent un optimisme excessif. Il est toujours dangereux de sous-estimer les difficultés. La perte de Toulouse par Pierre Cohen devrait inciter le PS à réfléchir. Le moyen le plus sûr pour perdre une bataille est de croire qu'elle est gagnée d'avance.

Du côté de Carole Delga, il existe un antidote : son caractère. La méthode Reynié est faite, selon Jacques Thouroude, "d'écoute et d'une forte capacité d'apprentissage". Mais, dans le camp d'en face, Carole Delga bénéficie d'un "style". Un style fait de détermination et d'opiniâtreté.

Le casting des régionales 2015 ne respecte pas vraiment la parité. Sur les listes départementales, les femmes seront représentées de manière équitable. En revanche, pour la seule tête d'affiche féminine, la détermination est un atout doublement indispensable. Indispensable au regard de l'ampleur d'une campagne qui s'annonce éprouvante mais également en raison d'un casting fortement "testostéroné". Face au cogneur Onesta (tête de liste EELV) ou au catcheur Aliot (FN), Carole Delga aura besoin de toute sa "niaque". Cela tombe bien, elle n'en manque pas.

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