Départementales : comment une gauche divisée tente de faire bloc contre le FN

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(Crédits : ON / Rémi Benoit)
Au lendemain du premier tour des élections départementales, la gauche, arrivée en tête en Midi-Pyrénées, doit largement rassembler pour confirmer son résultat. Tractations, négociations, coups de téléphone et appels du pied marquent l'entre-deux-tours.

Fin du 1er tour. Début d'une nouvelle élection. Dimanche soir, des candidats ont été éliminés. D'autres sont qualifiés. Mais, dans ce jeu de "chausse-trappe", les perdants ne perdent pas tout. Au contraire. Pour eux, la compétition électorale est terminée. Néanmoins, leur capital de voix peut servir à repêcher des candidats en difficulté. Inversement, de mauvais reports ou une absence de "consigne de vote" se révèlent parfois fatals. Les éliminés du premier tour pèsent sur le second.

Le FN sauve le PS

Midi-Pyrénées connaît un microclimat politique. Au niveau national, la droite vire en tête au premier tour des départementales. Du Nord au Sud de l'Hexagone, le PS subit une défaite électorale et s'attend à perdre entre 15 et 30 départements. Le long de la Garonne, aux pieds des Pyrénées et dans la vallée du Lot, la gauche résiste. Elle résiste grâce au Front National.

Celui-ci connaît en effet une poussée et s'implante dans de nouveaux territoires : le Gers ou l'Ariège. Des terres traditionnelles de la gauche. Le parti de Marine Le Pen accroît son emprise dans des départements qui votaient déjà FN. Notamment le Tarn et le Tarn-et-Garonne. Ces scores historiques, inédits en Midi-Pyrénées, sauvent le PS. L'UMP est parfois éliminé. C'est notamment le cas dans les cantons ruraux de la Haute-Garonne. Mais, surtout, la qualification du FN dans 58 cantons midi-pyrénéens permet une mobilisation des gauches.

La "gauche de la gauche" au secours du PS

Ambiance réjouie au Conseil régional. Dimanche soir, les élus PS avaient le sourire. Le bon score du FN est perçu comme une bonne nouvelle. Au premier tour, la gauche est partie en ordre dispersé. Ou plutôt dans un désordre assumé. Le Front de Gauche mène campagne contre l'austérité et tape sur la politique du gouvernement. À Tarbes, ses candidats ont organisé (symboliquement) un apéro "anti-Macron".

La division est une vraie et franche opposition. Les résultats du FN comblent, le temps d'un second tour, le fossé qui sépare les socialistes et la "vraie" gauche. Entre la peste Marine et le choléra Macron, le Front de Gauche choisit, sans hésitation, de barrer la route au FN. En Haute-Garonne et dans le Tarn, les responsables du PC habillent ce choix. Ils mettent en avant des accords programmatiques. Roland Foissac (PC-Canton Albi 4) met dans la balance un aménagement du quartier de Cantepeau et l'ouverture de deux classes supplémentaires dans un collège. En Haute-Garonne, Pierre Lacaze (secrétaire départemental du PC 31) demande un référendum sur la privatisation de l'aéroport de Blagnac. En réalité, ces revendications ne sont pas de véritables revendications et il n'y a pas de véritables négociations.

Front de Gauche : des "vraies-fausses" négociations

D'après nos informations, des échanges entre le PS et le Front de Gauche ont eu lieu avant le premier tour. En Haute-Garonne, un accord de gouvernance aurait été mis sur la table. Mais, après le premier tour, le temps n'est pas aux négociations.

Pierre Lacaze a discuté, au téléphone, avec le premier fédéral socialiste, Sébastien Vincini. Une rencontre est prévue. Néanmoins, en dehors de quelques paroles symboliques, il ne s'agit pas de construire un "programme commun". Le Front de Gauche refuse d'employer l'expression "Front Républicain". Mais le leitmotiv est néanmoins "Tout sauf le FN".

Pour les militants et les médias, il faut bien justifier ce ralliement. Le Front de Gauche attend des gestes ou du moins des paroles. Après avoir (durement) critiqué les socialistes, le Front de Gauche se range (temporairement) sous la bannière PS. Ce grand écart se justifie par une seule raison : battre et combattre le FN. C'est la même ligne du côté d'Europe Écologie-Les Verts.

Europe-Écologie : un front anti-Front National

Gérard Onesta est sans illusion. Le vice-président EE-LV de la Région rejette toute idée de négociation.

"Cela ne sert à rien de négocier avec le PS. De toute manière, chaque fois que nous l'avons fait les promesses n'ont pas été tenues."

Sivens a manifestement laissé des traces.

Même son de cloche du côté du Tarnais Guillaume Cros. Le président du groupe EE-LV au Conseil régional ne prévoit pas de rencontrer des responsables socialistes. Il écarte toute idée de négociation. Le responsable des Verts entend "tout faire pour qu'il n'y ait pas d'élus FN". Mais "il n'y aura pas d'appel à voter". Pas question de servir de caution politique. Encore moins d'agent électoral. Cette position vire à l'équilibrisme. Il s'agit de soutenir le PS sans le soutenir.

Heureusement, les écologistes peuvent compter sur le sens de la survie électorale des socialistes. Sur le terrain, les candidats socialistes vont donner des gages. Ainsi, Jean-Jacques Mirassou (conseiller général sortant et candidat sur le canton 7) va "verdir" sa campagne. Ce coup de peinture (couleur "développement durable"), il ne va pas être le seul à le donner.

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