Thierry Carcenac peut-il rester président du Conseil général du Tarn ?

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Thierry Carcenac siège au Conseil général du Tarn depuis 36 ans. Crédits: Rémi Benoit.
Thierry Carcenac siège au Conseil général du Tarn depuis 36 ans. Crédits: Rémi Benoit.
Président du Conseil général du Tarn depuis 1991, le socialiste Thierry Carcenac est candidat à sa réélection les 22 et 29 mars prochains. Attaqué de tous bords pour sa gestion du dossier Sivens, le socialiste pourrait perdre sa place face à une droite qui aimerait faire basculer le département de Jaurès.

Déjà 36 ans que le socialiste Thierry Carcenac siège au Conseil général du Tarn dont 24 années passées comme président. Sans surprise, lors des élections départementales des 22 et 29 mars prochain, le socialiste briguera un nouveau mandat sur le quatrième canton d'Albi. Mais sa réélection s'annonce cette fois plus compliquée. Personne n'a oublié ses propos dans la presse quelques jours après la mort de Rémi Fraisse, le 26 octobre dernier, sur le site du projet de barrage de Sivens. "Mourir pour des idées, c'est une chose mais c'est quand même relativement stupide et bête."

"Des Conflits d'intérêts et un mode de gouvernance pas du tout démocratique"

À droite comme à gauche, ses adversaires dénoncent une mauvaise gestion du dossier. Pour Frédéric Cabrolier, candidat FN sur le même canton albigeois et en faveur du projet de barrage :

"Sivens met en lumière deux choses : d'un côté les conflits d'intérêts et, de l'autre, un mode de gouvernance pas du tout démocratique."

En cause, notamment, la CACG (Compagnie d'aménagement des côteaux de Gascogne), maître d'ouvrage du projet et vice-présidée par André Cabot par ailleurs vice-président du Conseil général. À droite, la candidate pour le UDI et l'UMP Mélanie Roussel pointe de son côté "des conflits d'intérêt sur le dossier E-téra". Cette société albigeoise de télécoms présidée par Thierry Carcenac a reçu une plainte d'un concurrent au mois de novembre dernier dénonçant une situation de "quasi-monopole sur la fibre optique dans le département du Tarn".

À gauche, Roland Foissac, candidat pour le Front de gauche, s'est senti "bafoué". Le communiste avait été nommé vice-président du Conseil général délégué à la citoyenneté et de la démocratie participative :

"En février 2011, nous avions adopté à l'unanimité une "charte de la participation" où nous nous engagions à consulter les Tarnais et à favoriser le dialogue avec nos concitoyens. Cette charte est toujours disponible sur le site internet du département mais elle n'a pas du tout été respectée. Au lieu de cela, Thierry Carcenac a opté pour un passage en force. Sur le dossier Sivens, on n'en serait jamais arrivés là si un dialogue avait été engagé avec les associations opposées au barrage qui frappaient à notre porte pour faire des propositions sur le projet."

Le 6 mars dernier, Roland Foissac était d'ailleurs l'un des trois élus du Conseil général (sur 46 voix) à voter contre le projet de barrage réduit proposé par Thierry Carcenac. "Ce n'était pas un vote mais une communication du président", estime le candidat qui prône "un conseil départemental de proximité".

"Il faut sortir de cette structure très pyramidale et de ces méthodes d'un autre âge", argue de son côté Mélanie Roussel. À tout juste 25 ans, cette jeune diplômée en architecture a été choisie à droite comme tête de liste pour l'union UDI-UMP sur le 4e canton d'Albi.

"Je suis devenu l'homme à abattre"

"Je suis devenu l'homme à abattre", estime aujourd'hui Thierry Carcenac. Il dément tout conflit d'intérêts dans le dossier E-téra. "Cette société ne touche aucune subvention du département puisque c'est tout simplement illégal et, quand il doit y avoir un appel d'offres, cela est fait." Sur le dossier Sivens, le président du Conseil général du Tarn rappelle :

"Tout le monde reconnaît qu'il y a un besoin en eau. Lors de l'enquête publique, 400 personnes ont participé à une réunion organisée à Lisle-sur-Tarn et personne n'a protesté contre ce barrage. Vendredi dernier (à l'issue de l'examen par le Conseil général des projets alternatifs au barrage, NDRL), j'ai reçu en un jour 1 900 mails et sur les 1 000 premiers que j'ai pu consulter, seule une petite dizaine venait d'habitants du Tarn. Des personnes de toute la France se prononcent sur ce dossier. Moi, je n'irai jamais me prononcer sur un territoire que je ne connais pas. Ce que je regrette juste, c'est la mort de ce jeune, c'est dramatique."

Le gouffre financier du pôle de loisirs
Cap découverte

Autre point de débat entre les candidats : Cap Découverte. Ce pôle multi-loisirs aménagé en 2003 sur le site de l'ancienne mine de charbon près de Carmaux n'a jamais atteint les résultats de fréquentation escomptés, au point de devenir un véritable gouffre financier. La gestion du site est régulièrement pointée du doigt par la Chambre régionale des comptes de Midi-Pyrénées. En février 2013, l'institution souligne dans un rapport "un lourd déficit chronique" et appelle à «"une réduction des activités commerciales".

"C'est un vrai boulet depuis 15 ans", glisse Roland Foissac. "Il faut supprimer les 2,5 millions d'euros de subventions accordées par le Conseil général du Tarn à Cap Découverte", propose Frédéric Cabrolier du FN. De son côté, la liste UDI-UMP propose de réduire de 1,5 million d'euros par an les subventions accordées par le Conseil général au site. "On ne ferme pas comme cela une structure. Ces élus qui s'imaginent révolutionner la gestion du département montrent une méconnaissance totale du dossier, rétorque Thierry Carcenac. En 2003, si nous n'aménagions pas le site, nous allions perdre les subventions européennes que nous touchions." Pour défendre son bilan, le président du Conseil général met en avant "le développement du très haut débit dans le département", l'équipement de tablettes numériques dans un collège réputé difficile et il veut, lors de son prochain mandat, "développer l'égalité hommes/femmes sur le territoire".

Du son côté, le candidat du Front de gauche milite "contre l'austérité et la pensée unique du libéralisme" et entend "défendre les services publics" notamment dans le quartier populaire de Cantepau. Le Front National préfère axer sa campagne sur la "chasse à la fraude sociale". Jusqu'à présent, aucun candidat d'extrême-droite n'a réussi à intégrer le Conseil général du Tarn mais selon Frédéric Cabrolier, "le Front National a ses chances sur plusieurs cantons". L'UMP et le centre proposent dans leur programme de mettre l'accent sur l'entretien de la voirie départementale et comptent optimiser les lignes de bus et développer les aires de covoiturage. Le chef de file de l'UDI dans le Tarn Philippe Folliot qui se présente sur le canton de Lacaune sera le principal adversaire à à droite de Thierry Carcenac pour la présidence du département. La droite qui rêve de ravir ce bastion socialiste qui a vu naître Jean Jaurès...

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Commentaires
a écrit le 13/12/2015 à 9:49 :
Le dictateur de la région Midi Pyrénées et plus précisément du Tarn! J'attends toujours ses futurs projets hasardeux qui visent à mettre les agriculteurs dans des difficultés financières et en profitant de ses multiples avantages pour envoyer son fils à Harvard.

De plus, il faudrait vérifier ses comptes bancaires, nous pourrions voir beaucoup de choses surprenantes mais heureusement, les indics seront, prochainement, gracieusement payer par le ministère, donc j'attends.

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