Philippe Martin, Conseil général du Gers : "13 pôles d'excellence ruraux dans le département."

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Philippe Martin, le président du conseil général du Gers, répond aux questions d'Objectif News sur le maïs OGM, les pôles d'excellence rurale et les récentes controverses sur l'exploitation du gaz de schiste.

Philippe Martin, le président du conseil général du Gers, répond aux questions d'Objectif News sur le maïs OGM, les pôles d'excellence rurale et les récentes controverses sur l'exploitation du gaz de schiste.

Vous demandez au gouvernement de refuser les importations et les mises en marché en France des maïs OGM autorisées par la Commission européenne ? Pensez-vous être entendu ?
Même si je me félicite que 13 régions françaises se soient jointes à la procédure que nous avons engagée devant la Cour de Justice de l'Union Européenne pour faire annuler les autorisations d'importation et de mise en marché de six variétés de maïs OGM accordées par la Commission Européenne le 28 juillet 2010, je savais par avance que ce nouveau combat était déséquilibré et incertain. Aussi n'ai-je pas été surpris de voir la CJUE juger irrecevable notre requête, au motif que le Département du Gers ne serait pas « individuellement concerné ». Et pourtant il l'est. Mais force est de constater que les collectivités territoriales sont dans l'impossibilité de se voir reconnaître un droit de recours vis à vis du juge européen, ce qui constitue à mes yeux une faiblesse des institutions européennes.

En réalité, la Cour n'a pas jugé le fond mais la forme, nous suggérant avec insistance de nous retourner vers le Gouvernement français. C'est ce que nous avons fait. Le 9 mai dernier j'ai écrit à Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'Ecologie et du Développement durable, pour lui demander de ne pas autoriser la mise en œuvre des décisions de la Commission européenne relatives à la commercialisation et à l'importation des maïs OGM sur l'ensemble du territoire national. Faute d'une réponse favorable de sa part, ou en l'absence de réponse, j'irai à nouveau devant le Conseil d'Etat - qui nous a déjà donné une fois raison dans ce dossier- pour qu'il saisisse, par la voie d'une « question préjudicielle », la CJUE afin que celle-ci se prononce enfin sur le fond, c'est à dire en fin de compte sur un principe de précaution qui n'est pas respecté et qui peut mettre en péril, dans le Gers, les efforts et les aides publiques que nous apportons, par exemple, à l'agriculture biologique.


Le Gers compte de nombreux Pôle d'Excellence Rurale. Des projets importants pour le département ?

C'est une satisfaction et une reconnaissance bien sûr. Ces nombreux labels viennent démontrer la vitalité du Gers, son désir d'innover et de se développer. Ils témoignent aussi de l'intelligence et la pertinence des hommes et des femmes qui conçoivent et portent ces projets. Eco-construction, aéronautique, sport automobile ou cycliste, filières de productions agricoles en tous genres, démographie médicale, tourisme, tous ces PER que le Conseil Général soutient et encourage constituent autant de ressources potentielles pour son développement économique.

Il y a aujourd'hui treize Pôles d'excellence ruraux (PER) dans le Gers. Un seul département fait mieux que nous ! Ce succès est un espoir pour notre territoire rural, mais il est aussi une responsabilité, celle de réussir la mobilisation des fonds publics importants et de fédérer les initiatives publiques et privées. Dans cette mobilisation, Martin Malvy et la Région Midi-Pyrénées ont toujours été à nos côtés. Je n'en dirai pas autant de l'Etat. Si je prends un exemple emblématique, le Pôle culturel de Marciac avec sa nouvelle et magnifique salle de concert, je constate que si la Région et le conseil Général du Gers en étaient restés à l'engagement financier initial comme l'a fait l'Etat (823 000€), il aurait manqué plus d'1,2 millions d'euros pour achever ce projet. L'Etat « labélise » les PER, c'est bien, mais ensuite, ce sont surtout les collectivités locales qui « mettent la main à la poche »...


Les gaz de schiste pourraient constituer de nouveaux revenus pour les territoires. Pourquoi vous y opposez-vous ?

La question de l'extraction des gaz et des huiles de schiste ne peut se résumer à la question des « revenus pour les territoires », au demeurant dérisoires en l'état actuel de la fiscalité minière. Depuis le 2 mars dernier, avec François-Michel Gonnot, député (UMP) de l'Oise, nous menons à la demande de la Commission du développement durable de l'Assemblée Nationale une mission parlementaire pour comprendre toutes les conséquences, et en particulier pour l'environnement et la santé, de cette activité qui consiste à fracturer, au moyen d'explosifs, d'eau en grande quantité, de sables et d'agents chimiques, une roche-mère située à plusieurs milliers de mètres de profondeur, afin de libérer et d'extraire un pourcentage variable de gaz de schiste qui est une énergie fossile, par essence non renouvelable.

Avec mon collègue de l'Oise, nous avons auditionné des dizaines de spécialistes pendant des centaines d'heures, et nous revenons des Etats-Unis et du Canada où nous avons, là encore, rencontré les différents acteurs de ce dossier où se mêlent des questions d'environnement, de stratégie énergétique et d'enjeux financiers considérables. En Pennsylvanie, nous avons pu assister à la fracturation hydraulique d'un puits.

Notre rapport sera rendu public le 8 juin prochain. D'ici là, vous comprendrez que je ne veuille m'exprimer plus en détail sur les conclusions personnelles que je tire de cette mission. Mais d'ores et déjà, je considère que la question que nous devons nous poser ne peut pas être seulement celle des dégâts pour l'environnement d'une telle exploitation. Elle est aussi, et même d'abord, de savoir si cette exploitation à grande échelle d'une nouvelle énergie fossile ne va pas à l'encontre de la transition environnementale dans laquelle nous devons absolument nous engager. Dans cet esprit, nous devons aussi nous demander si l'exploitation des gaz de schiste ne rend pas illusoire l'objectif de la France de diminuer ses émissions de gaz à effet de serre par quatre, d'ici 2050... Je répondrai pour ma part à ces questions le 8 juin prochain.

Propos recueillis par Emmanuelle Durand-Rodriguez

En photo : Philippe Martin, président du Conseil général du Gers (© DR)

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