GPSO : Jean Castex lance de manière "irréversible" la LGV Toulouse-Bordeaux et met en suspens la gare d'Agen

En déplacement à Toulouse lundi 14 mars, le Premier ministre a signé le protocole de financement de la future LGV entre Toulouse et Bordeaux avec les 25 collectivités locales associées au deal. Bien que celles-ci se réjouissent et évoquent un "moment historique", certains obstacles restent encore à lever. Par ailleurs, la gare d'Agen est toujours dans la balance face au refus du conseil départemental du Lot-et-Garonne de s'associer au financement.

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Carole Delga aux côtés de Jean Castex à Toulouse, lundi 14 mars, pour la signature du protocole de financement de GPSO à Toulouse.
Carole Delga aux côtés de Jean Castex à Toulouse, lundi 14 mars, pour la signature du protocole de financement de GPSO à Toulouse. (Crédits : Pierrick Merlet)

Dans la préfecture de Toulouse, ce matin du lundi 14 mars, les dizaines d'élus locaux présents n'avaient pas de mots assez forts pour qualifier se qui se déroulait sous leurs yeux : "nous y arrivons aujourd'hui, enfin", se réjouit l'un, "c'est un acte fort" pour son voisin, "un moment historique" pour d'autres. La scène ? Le Premier ministre, Jean Castex vient de signer devant eux le protocole de financement du Grand Projet du Sud-Ouest (GPSO). "Pour Eurosud Team, cette signature marque l'aboutissement de six ans de travail pour remporter un à un, tous les arbitrages avec les collectivités d'Occitanie et de Nouvelle Aquitaine", réagit l'association de lobbying qui a accompagné les élus locaux dans ce projet.

Ces dizaines de dernières années, cet acronyme a fait chavirer des têtes, parfois fait perdre des nerfs voire à mené des accrochages politiques. Et pour cause, GPSO cache derrière lui les tant attendus (ou décriés) projets de LGV entre Toulouse et Bordeaux (pour 10,3 milliards d'euros courants) ainsi que la ligne entre Bordeaux et Dax (3,7 milliards d'euros courants), soit 327 kilomètres de lignes nouvelles et 15 kilomètres de raccordements au réseau existant.

"Aujourd'hui, le projet est sur les rails de manière irréversible", s'est exclamé Jean Castex après la signature aux côtés des collectivités locales, aussi associées au financement (voir plus loin).

Repris sur ses propos et notamment l'aspect "irréversible" de l'engagement financier de l'État à hauteur de 40% dans ce projet, le chef du gouvernement a légèrement rétropédalé, appelant plutôt à "la prudence" à l'approche notamment d'une élection présidentielle (premier tour le 10 avril).

GPSO

La carte des deux futures lignes à grande vitesse dans le Sud-Ouest (Crédits : Préfecture d'Occitanie).

Des décrets d'application qui se font attendre

Tout d'abord, Jean Castex attend l'engagement officiel de la Commission européenne dans le financement de ce projet, à hauteur de 20%. Sans ça, la LGV Toulouse-Bordeaux pourrait être une énième fois reportée alors que le chef du gouvernent a annoncé la circulation des premiers trains sur cette ligne nouvelle pour 2032. Mais surtout, à l'occasion de sa visite express à Toulouse, le dirigeant s'est engagé à signer les décrets d'application de l'établissement public local GPSO "avant la fin de la mandature", ce qui sécuriserait quasiment de fait sa concrétisation.

Pour mémoire, cet établissement public local regroupe les 25 collectivités territoriales de Nouvelle-Aquitaine et d'Occitanie qui se sont engagées financièrement, à des montants divers, pour une somme totale de 5,4 milliards d'euros, soit 40% du projet. Mais toutes vont voir la facture s'alléger grâce à l'instauration d'une taxe spéciale d'équipement (TSE) qui va voir le jour dans le projet de loi de finances (PLF) pour l'année 2023. "Elle représentera quelques euros par foyer fiscal", promet Matignon à propos de cette TSE qui concernera les particuliers vivant dans un rayon d'une heure de route d'une gare, ainsi que les entreprises.

Dans les faits, c'est donc ce futur établissement public local - dont sa création officielle est attendue "autour de mai", selon le préfet coordinateur de GPSO Etienne Guyot - qui va récolter et gérer l'engagement financier des collectivités avant de reverser cette part au maître d'ouvrage, SNCF Réseaux. Les collectivités locales devront dès lors choisir unanimement un président du conseil de surveillance et un directeur général de cet établissement aux larges missions (vote éventuel de nouvelles ressources financières, activités de suivi du chantier, soutien matériel et d'ingénierie au maître d'ouvrage, etc). En attendant, les collectivités locales vont créer une structure provisoire.

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"Nous allons créer une association de préfiguration avec la région Nouvelle-Aquitaine très rapidement pour voter prochainement les crédits nécessaires au démarrage des études à effectuer en amont du début des travaux (annoncés pour 2024 mais espérés pour fin 2023 par le Premier ministre, ndlr)", annonce Carole Delga, la présidente socialiste du conseil régional d'Occitanie, Carole Delga.

Les collectivités locales ont effectivement rendez-vous vendredi 18 mars, pour l'assemblée générale constitutive de l'association de préfiguration de la société du Grand Projet du Sud-Ouest.

La future gare d'Agen toujours dans la balance

Néanmoins, toutes les collectivités concernées par ce projet qui doit rabattre sur le réseau ferroviaire entre cinq et sept millions de voyageurs supplémentaires chaque année ne seront pas au rendez-vous. Une poignée, côté Nouvelle-Aquitaine uniquement, ont fait le choix de ne pas s'associer au financement, obligeant le conseil régional a avancé quelques centaines de millions d'euros afin de boucler le "deal".

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"Nous essayerons de les faire revenir à de meilleurs sentiments car les conditions se prêtent à ce qu'elles changent d'avenir plus tard. Alors oui, de notre côté, nous sommes allés un peu plus loin que prévu dans le financement mais nous devions prendre nos responsabilités", a commenté Renaud Lagrave, le vice-président de la région Nouvelle Aquitaine, chargé des Infrastructures, des Transports et de la Mobilité.

"Ce n'est pas normal (que des collectivités refusent de s'associer au financement) ! Je pense notamment au conseil départemental du Lot-et-Garonne, qui va quand même bénéficier pleinement des bienfaits de cette LGV entre Toulouse et Bordeaux... Mais je pense que tout le monde reviendra à la raison (...) La nouvelle gare d'Agen est prévue dans le projet, mais son calendrier de réalisation sera calé en fonction du retour à la bonne raison de la collectivité départementale", n'a pas caché Jean Castex devant les élus locaux.

LGV

Les collectivités associées au financement de GPSO se sont réunies ce lundi 14 mars, à la préfecture d'Occitanie (Crédits : Pierrick Merlet).

Pour rappel, la LGV entre Toulouse et Bordeaux doit permettre de mettre la Ville rose à seulement une heure de train de la capitale girondine, contre deux actuellement, ainsi qu'à environ trois heures de Paris, contre plus de quatre aujourd'hui. Dans un second temps, Dax aussi ne sera plus qu'à 55 minutes de Bordeaux, soit 20 minutes de moins.

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