Coupe du Monde de Rugby 2023 : Toulouse veut transformer l'essai économique et touristique

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Le stadium de Toulouse va faire l'objet de nouveaux aménagements d'ici à 2023.
Le stadium de Toulouse va faire l'objet de nouveaux aménagements d'ici à 2023. (Crédits : Rémi Benoit)
Le Stadium de Toulouse, qui sera rénové, accueillera cinq matchs lors de la Coupe du Monde de Rugby 2023. La compétition sportive, qui devrait générer 63 millions d’euros de retombées économiques en Occitanie, permettra notamment d'accueillir les All Blacks et le Japon dans la Ville rose. Un point qui suscite l'intérêt de la mairie de Toulouse, qui entend attirer un maximum de touristes japonais. Les détails.

Le coup d'envoi de la Coupe du Monde de Rugby 2023 aura lieu le 8 septembre au Stade de France, à Paris, avec le match opposant la France à la Nouvelle-Zélande. Et si à Toulouse il faudra attendre le quinze du même mois pour vivre pleinement l'événement avec une affiche proposant aussi la Nouvelle-Zélande et ses fameux All Blacks au Stadium, les collectivités locales trépignent déjà d'impatience. Il faut dire que les enjeux économiques sont importants. Pas moins de 63 millions d'euros de retombées économiques sont attendues sur l'Occitanie.

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D'abord, sur l'emploi. La crise sanitaire a, notamment, affecté les domaines du tourisme et de la restauration. Une compétition sportive aussi importante laisse présager des perspectives d'emploi directs et indirects importantes dans ces secteurs. Pas moins de 340 postes en alternance seront d'ailleurs ouverts à Toulouse dans le cadre de "l'opération Campus 2023" et, au total, 17.000 emplois devraient être créés en France. Mais encore faut-il que ces emplois soient pérennes.

Cible première ? Les Japonais

Ensuite, cet événement sera l'occasion de relancer le tourisme, au ralenti depuis le début de la pandémie. 450.000 touristes étrangers sont attendus en France pendant toute la durée de la compétition. Principale cible d'attaque de Toulouse Métropole : le Japon et ses touristes au pouvoir d'achat supérieur à celui des Français. En insistant auprès de Claude Atcher, Jean-Luc Moudenc, le maire de Toulouse et président de la Métropole, est parvenu à négocier deux matchs des Japonais dans la ville rose : "Ce que je souhaite, c'est qu'à cette occasion, les liens que nous pouvons avoir avec le Japon soient renforcés, qu'on ait cette capacité à accueillir ses supporters du rugby. [...] Je souhaite que ces supporters deviennent des touristes, et que l'on puisse effectivement avoir des retombées économiques intéressantes grâce à eux" explique l'élu. "Nous avons déjà vendu 35.000 billets à l'agence de voyage officielle du pays [...] et quand ils viennent, ils restent minimum deux semaines", complète le directeur général de l'événement sportif. Alors, si le pays du soleil levant se décide à installer un camp de base dans l'agglomération, ce sera encore mieux.

Dès septembre 2019, Carole Delga, présidente de la région Occitanie, s'est rendue au Japon pour aller à la rencontre des membres du groupement d'intérêts publics (GIP) "France2023" et pour convaincre les autorités japonaises de choisir l'Occitanie comme région hôte de son camp de base. La ville de Toulouse ne serait pas la seule concernée, Perpignan et Montpellier pourraient elles aussi accueillir des équipes. Un pari gagnant puisque cela a permis à l'Occitanie d'être la première région signataire de la convention (et de débloquer des négociations "psychédéliques" entre le maire de Toulouse et le GIP France 2023). La collectivité régionale a ainsi débloqué 600.000 euros de subventions destinées à l'organisation de la compétition. Si la présidente de région a été si prévenante, c'est parce qu'elle souhaite développer les relations économiques entre les deux pays. "Le potentiel touristique et économique que représente l'accueil de l'équipe japonaise entre en pleine cohérence avec les ambitions de la région en matière d'attractivité et d'emploi" peut-on lire dans un communiqué.

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Encore des investissements sur le Stadium de Toulouse

Par ailleurs, avec des répercussions à moyen-long terme, c'est la visibilité médiatique de l'événement qui intéresse le maire de Toulouse, après un championnat d'Europe de football de 2016 bénéfique sur ce plan. La précédente édition de la Coupe du Monde au ballon ovale, en 2015, a été diffusée dans 209 pays et visionnée par plus d'un milliard de téléspectateurs. Les organisateurs en espèrent 2,6 milliards en 2023. Aussi, la Ville rose, terre de rugby, devrait bénéficier d'une augmentation de son nombre de licenciés dans les clubs occitans. Le phénomène avait déjà été observé au niveau national (+30,3% en une année) suite à la Coupe du Monde de Rugby de 2007, dont la France était déjà le pays organisateur. Un impact économique positif indéniable pour les clubs amateurs de ce sport.

Côté infrastructures, avec ses 33.150 places, le Stadium est le plus petit des neuf stades français engagés dans la compétition. Le maire a donc dû avoir des discussions "un peu sportives" avec le comité d'organisation de la Coupe du Monde de Rugby (CDM) pour faire jouer les All Blacks à Toulouse. D'ailleurs, dans une interview au journal Le Figaro, le directeur de la CDM s'est exprimé à ce sujet : "Je leur avais promis, même si c'est un sacrifice financier vu la capacité du Stadium". En conséquence, l'enceinte sportive va subir plusieurs aménagements. "J'espère bien qu'on va commencer les travaux d'ici la fin de l'année. Ce que l'on va faire, c'est très clair, parce qu'on est engagés par convention : l'amélioration du système de luminothérapie, le remplacement des banners - le système des écrans - et la digitalisation avec l'équipement wifi. Ça représente quand même quelques millions", reconnaît Jean-Luc Moudenc. Pas moins de 3,35 millions d'euros précisément. Ajoutez à cela la construction d'un village rugby et diverses dépenses liées à l'organisation, et le budget de Toulouse Métropole consacré à l'événement atteint les 6,3 millions d'euros.

Mais ce n'est pas tout, d'autres collectivités publiques injectent de l'argent dans la préparation de la compétition. Alors combien coûte-t-elle, au total, cette coupe ? "La notion de budget n'est pas encore finalisée aujourd'hui et n'est pas calculée de façon précise", nous répond Claude Atcher. Le sujet est sensible, la Cour des comptes avait déjà épinglé Toulouse Métropole en 2017 suite à des travaux de mise en conformité du stadium pour l'Euro 2016. Pour autant, le bilan coûts/avantages de la Coupe du Monde de 2007 a prouvé que la compétition permettait de dégager un bénéfice (14 millions d'euros par région en moyenne, soit 113 millions d'euros au total en France) même si ce n'est pas une règle absolue.

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Autre projet d'aménagement : la Cité des Rugbys. Elle devrait être construite à quelques mètres du stade Ernest Wallon. Le projet a vu le jour il y a deux ans à la suite de l'opération "Dessine-moi Toulouse". "L'idée est d'avoir un équipement avec deux fonctions : une fonction muséale qui manque à Toulouse d'un point de vue du rugby, et puis une fonction qui va conforter le Stade Toulousain dans sa capacité d'accueil vis-à-vis de ses partenaires et participer à l'équilibre économique", détaille Jean-Luc Moudenc. Mais le projet est toujours au point mort. "Si toutefois toutes les constructions ne sont pas prêtes pour l'accueil de cette Coupe du Monde, on prévoit un projet préliminaire sur le même lieu pour accueillir des touristes", a promis le directeur général de la Coupe du Monde.

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