À Toulouse, la ministre des Armées dénonce une tentative d'espionnage russe

Par Pierrick Merlet  |   |  623  mots
La France va se doter d'une nouvelle stratégie militaire spatiale. (Crédits : Rémi Benoit)
Florence Parly, la ministre des Armées, s’est rendue à Toulouse vendredi 7 septembre pour dévoiler les grands axes de la future stratégie militaire spatiale française. Lors de ce discours tenu au Cnes, la membre du gouvernement a révélé qu’un satellite russe avait tenté d’espionner un satellite français et d’autres cibles il y a un an.

"La guerre des étoiles n'est pas une fiction". Cette réplique, la ministre des Armées, Florence Parly, l'a lancée à plusieurs reprises durant son discours au Cnes vendredi 7 septembre à Toulouse. Pour illustrer ses propos, la ministre n'a pas hésité à dévoiler avec détails, lors de sa prise de parole, une tentative d'espionnage d'un satellite russe contre un satellite français, Athena-Fidus.

 "C'est un satellite précieux puisqu'il permet des communications militaires sécurisées. (...) Alors qu'Athena-Fidus continuait sa rotation au dessus de la Terre, un satellite s'est approché de lui, de près. D'un peu trop près. De tellement près, qu'on aurait vraiment pu croire qu'il tentait de capter nos communications. Tenter d'espionner ses voisins ce n'est pas seulement inamical, cela s'appelle un acte d'espionnage. (...) Cette petite guerre des étoiles a eu lieu il y a un an, à 36 000 kilomètres au dessus de nos têtes. Et ce satellite aux grandes oreilles s'appelle Louch Olympe. C'est un satellite russe, bien connu, mais un peu indiscret. Nous l'avons vu arriver, nous avons pris les mesures qui s'imposaient. Nous le surveillons attentivement", a raconté Florence Parly.

Cependant, afin de ne trahir aucun secret militaire français, la ministre a refusé de préciser quelles mesures ont été prises afin d'éviter un nouvel incident similaire. Elle s'est appuyée sur cette révélation pour insister sur la nécessité urgente d'une nouvelle stratégie militaire spatiale française ambitieuse.

"Nous sommes en danger... Nos communications, nos manœuvres militaires, notre quotidien, si nous réagissons pas", a-t-elle ajouté.

Une équipe au ministère spécialement dédiée

Le président de la République, Emmanuel Macron, a demandé à sa ministre, en juillet dernier, d'établir cette future stratégie militaire spatiale française d'ici la fin de l'année 2018. Pour y parvenir, Florence Parly, a confié cette mission à une équipe spécialement dédiée au sein de son ministère. « Je leur ai donné une seule consigne : ne vous interdisez rien », a tenu à préciser la ministre. Ce groupe de travail doit rendre ses conclusions au mois de novembre. Mais déjà, Florence Parly a décrit à Toulouse quelques défis que doit relever cette future stratégie.

"Le premier, c'est la gestion des flux et du trafic. Au moment où je vous parle,au dessus de nous 1 500 satellites sont actifs. Mais demain, combien? Les prévisions ne cessent de croître et dans les 10 ans, 3000 satellites de plus de 50 kg auront été lancés.

C'est une augmentation colossale, mais ce n'est rien comparé à celle qui tient compte du nombre de satellites plus petits. Des constellations et des méga-constellations de satellites seront mises en orbite et, au total, on estime que ce sont 7 000 satellites supplémentaires qui graviteront d'ici 10 ans autour de la planète.

Le second défi provoqué par cette augmentation est celui des débris. L'espace en est peuplé. Entre 500 000 et 750 000 objets de plus d'un centimètre gravitent à des orbites basses et des vitesses élevées, jusqu'à 7 km par seconde parfois. Ils sont susceptibles d'entrer en collision avec nos satellites et, à cette vitesse, d'y causer des dommages irréversibles".

Au-delà de ces défis, la ministre a cité d'autres problématiques qui devront être mentionnées dans cette stratégie militaire spatiale française : le New Space, la surveillance de l'espace depuis l'espace, la formation, la recherche, les partenariats publics-privés et les modes de gouvernance actuels de nos capacités spatiales notamment.

Quoi qu'il en soit, Florence Parly a assuré que "la ville de Toulouse est le cœur de la politique spatiale française et elle le restera".

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