Journée chargée jeudi à Toulouse pour le Premier ministre

 |   |  1266  mots
Une retraitée n'a pas hésité à l'interpeler sur la hausse de la CSG.
Une retraitée n'a pas hésité à l'interpeler sur la hausse de la CSG. (Crédits : Rémi Benoit)
Le Premier ministre, Édouard Philippe, a décidé de délocaliser Matignon pendant trois jours à Toulouse. Accueilli chaleureusement au Capitole mercredi soir, le comité d'accueil était tout autre ce jeudi. Après avoir passé la matinée dans le quartier du Mirail, victime récemment de violences urbaines, le chef du gouvernement a été accueilli par des cheminots grévistes au Conseil Départemental de la Haute-Garonne, où il a rencontré son président Georges Méric. Édouard Philippe s'est ensuite rendu dans un EHPAD. Des établissements qui ont connu des mouvements sociaux en début d'année pour dénoncer un manque de moyens.

Une salle comble et des applaudissements en masse. Pour accueillir le Premier ministre, Édouard Philippe, l'hôtel de ville de Toulouse a très largement fait le plein mercredi soir. Cet invité d'honneur a en effet décidé de délocaliser Matignon et ses équipes pendant trois jours - du 6 au 8 juin - dans la Ville rose. Mais le chef de la majorité n'a pas pu profiter bien longtemps de cet accueil chaleureux.

Lire aussi : Que vient faire Édouard Philippe à Toulouse pendant trois jours ?

Le soir-même, il a suivi la BAC (Brigade Anti-Criminalité) lors d'une tournée dans les quartiers sensibles de Toulouse comme le Mirail, la Reynerie, Bagatelle ou encore Bellefontaine. Des quartiers qui, il y a quelques semaines, ont fait l'objet de violences urbaines de grande ampleur suite à un suicide d'un prisonnier au centre de détention de Seysses, située dans la périphérie toulousaine.

"Je suis venu rencontrer ces policiers pour évoquer leur quotidien, leurs missions et leurs besoins en terme d'équipements, de personnel et même de simplification de procédures juridiques", a indiqué le Premier ministre le lendemain matin à l'issue d'une visite dans le quartier du Mirail.

Visite dans le quartier du Mirail

Lors de cette promenade, à la rencontre de commerçants et habitants locaux, une retraitée n'a pas hésité à l'interpeller sur la hausse de la CSG de 1,7 point. Un impôt prélevé sur les revenus d'activité et les revenus de remplacement pour financer la protection sociale.

"Il faut penser aux retraités car nous avons pris un sacré coup sur la tête avec l'augmentation de la CSG en début d'année. Personnellement, j'ai moins de 1 000 euros de pension retraite chaque mois et j'ai bien senti cette hausse. Ce n'est pas facile", lui lance la retraité.

Edouard Philippe lui a alors répondu : "Vous êtes certaine de cela ? Normalement vu votre situation cela ne devrait pas vous concerner. Je vous invite à venir me rencontrer avec vos justificatifs et votre feuille d'impôts pour regarder cela ensemble".

Édouard Philippe

Édouard Philippe a été interpellé par plusieurs personnes au cours de sa visite dans le quartier du Mirail. (Crédits : Rémi Benoit)

Une démarche que la retraitée s'est engagée à faire. Mais avant cela, le Premier ministre a visité avec ses équipes le Forum de développement économique et emploi des quartiers dans une médiathèque. Un événement où il a pu rencontrer entrepreneurs locaux, associations et divers acteurs culturels. Pour clore sa visite dans le quartier, il s'est rendu sur le chantier d'un Ehpad qui doit sortir de terre en septembre 2019. D'une capacité de 70 places, le bâtiment s'étendra sur 5 000 m2.

"Avec ce chantier, on voit qu'il y a un effort considérable qui est fait au travers de l'investissement public. Cela va dans le sens de ce que nous voulons faire avec le Président de la République, à savoir multiplier par deux le budget de l'Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine afin que les projets sortent plus vite et qu'on puisse accompagner dans de biens meilleures conditions la stratégie des élus locaux pour la rénovation urbaine", s'est réjouit le chef du gouvernement.

Actuellement de 5 milliards d'euros, le gouvernement veut porter le budget de cette agence à 10 milliards.

Édouard Philippe

Lors de sa visite dans le quartier du Mirail, le Premier ministre était accompagné de Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse et président de Toulouse Métropole (Crédit : Rémi Benoit).

Fronde des élus sur la maîtrise des dépenses locales

Après cette séquence sur le thème de la politique de la ville, Édouard Philippe et ses équipes étaient attendus au Conseil Départemental de la Haute-Garonne à Toulouse, pour un entretien avec son président, Georges Méric. Le Premier ministre a été reçu par près de 300 cheminots grévistes qui ont répondu présents à l'appel de la CGT. Pour ne pas modifier le planning de la journée, une délégation a été reçue par des conseillers de Matignon.

Le Premier ministre s'est ensuite rendu dans le village de Mondouzil afin de signer le contrat de maîtrise de la dépense locale qui engage Toulouse Métropole à ne pas augmenter en moyenne de plus de 1,35 % par an ses dépenses de fonctionnement, sur trois ans. Un contrat que refuse de signer le président du Département de la Haute-Garonne, Georges Méric et la présidente de la Région Occitanie, Carole Delga, qu'il rencontrera vendredi 8 juin.

"Nous ne signerons pas le contrat financier avec l'Etat. En effet, nous avons des compétences à assumer et des réalisations à mener et les exigences de Bercy ne doivent pas nous empêcher de mener une vraie politique de proximité pour les Haut-Garonnais. Notre budget est vertueux, sérieux et sincère et nous refusons une tutelle préfectorale. Nous n'avons pas à porter l'endettement de l'Etat", a expliqué le président du Département lors de leur entretien.

Lire aussi : Contractualisation budgétaire : plusieurs collectivités disent non !

Quelques heures plus tard, lors de la signature du contrat entre le président de Toulouse Métropole et le Premier ministre, Jean Luc Moudenc précisait  : "Toulouse Métropole restera maîtresse de ces projets et de ses investissements malgré cette signature". Du côté du chef du gouvernement, l'heure était à l'avertissement.

"Si ce contrat n'est pas respecté individuellement, il faudra en tirer les conséquences. Si l'ensemble des dépenses des collectivités locales progressait plus vite que ce taux de 1,2 % en moyenne, nous devrons en tirer collectivement les conséquences, tout en faisant le distinguo entre ceux qui s'engagent et qui respectent leurs engagements et ceux qui ne se sont pas engagés et qui dans ce cas-là contribueraient plus à l'effort d'équilibrage", a lancé le Premier ministre quelques minutes avant la signature.

Édouard Philippe à Toulouse

Plus de la moitié des 322 collectivités concernées par cette démarche, ont signé leur pacte de maîtrise de la dépense locale pour le moment./ Crédits Rémi Benoit.

Les Ehpad, un enjeu de société

Pour finir sa journée, Edouard Philippe et la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, se sont rendus dans l'Ehpad La Bastide à Beauchalot (31) pour aller à la rencontre du personnel de cet établissement.

Édouard Philippe à Toulouse

Une table-ronde a été organisée afin de laisser le temps de s'exprimer aux membres du personnel. / Crédits Pierrick Merlet

Un déplacement attendu puisqu'il y a quelques mois un important mouvement social  avait touché ces établissements qui hébergent des personnes âgées dépendantes. Il s'agissait alors de dénoncer le manque de moyens. Face à cela, la ministre de la Santé avait débloqué en urgence 360 millions d'euros pour améliorer la situation à court terme. Mais le gouvernement a décidé de se lancer dans une réforme profonde afin de trouver un modèle viable sur le long terme.

"Dans les 20 ans qui viennent, le nombre de personnes de plus de 85 ans en France va tripler. On passera à plus de 4 millions de Français. Cela veut dire qu'il va falloir repenser complètement cet aspect de notre vie individuelle et collective qu'est le très grand vieillissement et évidemment la dépendance. Nous avons une réflexion qui s'engage. D'ici 12 à 18 mois, il faudra que l'on soit parvenu à définir le modèle dans lequel on veut vieillir dans les années à venir", a annoncé à sa sortie de l'établissement le Premier ministre.

Sa journée du vendredi 8 juin à Toulouse sera quant à elle axée sur l'emploi.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 08/06/2018 à 9:26 :
parlons bilan en avant première ! 7 sur 10 n y croit plus du tout..vont ils etre sanctionnés
aux européennes ?
a écrit le 08/06/2018 à 9:26 :
parlons bilan en avant première ! 7 sur 10 n y croit plus du tout..vont ils etre sanctionnés
aux européennes ?
a écrit le 08/06/2018 à 8:48 :
Le gouvernement et son chef ont décidé de changer radicalement la communication du pouvoir en place, on ne donne rien du tout aux journalistes et on fait de la propagande politique sur le terrain, ce n'est pas une mauvaise idée mais pour un gouvernement qui veut soit disant nous faire économiser de l'argent faire sa propagande politique avec les finances publiques c'est un peu abuser.
a écrit le 08/06/2018 à 7:57 :
Après les "Présidents" de la République voyageurs, voila les "Premiers Ministres" voyageurs; pendant ce temps, notre "Parlement" croupion siège et est près de se mettre en grève pour cause de surmenage. Vu les résultats pour notre quotidien, je mets en doute la réflexion de Madame de Sévigné sur ce bon sens qui serait le mieux partagé.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :