Régionales 2010 : avis de très haute tension

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Un milliard 250 millions d'euros. Le montant du budget régional et le pouvoir que confère sa gestion vont continuer à alimenter les ambitions des candidats aux élections régionales pendant encore quelques semaines. Les 14 et 21 mars, les 2 069 784 électeurs de Midi-Pyrénées vont élire les 91 conseillers régionaux qui détermineront la politique régionale.

Ce sont ces 91 élus qui, jusqu'en 2014, voteront les décisions stratégiques dans des domaines aussi importants que les transports régionaux, l'enseignement secondaire, la formation, l'aménagement du territoire et le développement économique et l'emploi. D'ici là, la campagne va monter en puissance, opposant les 8 candidats qui ont officiellement déposé leur liste en préfecture avant le 15 février. Un large éventail politique au sein duquel se dégagent quatre personnalités représentatives d'enjeux politiques forts. Brigitte Barèges, Arnaud Lafon, Martin Malvy et Gérard Onesta sont tous les quatre engagés dans un combat à la fois collectif et personnel.
Scrutin intermédiaire, à deux ans de la présidentielle et des législatives, les élections régionales 2010 constituent un enjeu politique important. En plus de soulever des problématiques strictement locales, le scrutin est l'occasion de compter ses troupes. Chaque formation espère trouver dans les urnes des 14 et 21 mars de quoi alimenter ses futurs espoirs électoraux.

Président 7 jours par semaine

Président du Conseil Régional depuis 1998, le socialiste Martin Malvy brigue un 3e mandat. A 73 ans, l'ancien ministre du Budget de François Mitterrand incarne la région Midi-Pyrénées depuis 12 ans. Jamais lassé de parcourir, comme il se plaît à le répéter, ses « 100 000 km par an », il a définitivement fait le choix de la région quand en 2007, il a renoncé à briguer la mairie de Toulouse. Midi-Pyrénées, c'est sa vie, Martin Malvy le confirme d'ailleurs quand il affirme qu'il est « président de Région sept jours par semaine ». Inutile donc de préciser qu'il a bien l'intention de poursuivre l'action engagée et est prêt à défendre bec et ongles son bilan. « Il ne peut pas se permettre de rater sa sortie, estime son concurrent du premier tour Gérard Onesta, tête de liste Europe Écologie. Pour moi, ce scrutin n'a rien d'existentiel, pour lui, oui ! »


Le 14 mars, Martin Malvy sait qu'il ne pourra pas renouveler le score record du premier tour de 2004. Il avait alors rassemblé sur son nom 41 % des voix mais il comptait alors sur sa liste les communistes qui parlent seuls cette année sous la bannière du Front de Gauche. Il n'en est pas moins très déterminé à faire le plein des voix avec une liste bouclée dès le mois de décembre même si certains, au sein du PS, regrettent qu'elle ait été constituée à la proportionnelle des courants socialistes. Conscient qu'il ne peut pas bâtir sa campagne sur son seul bilan, Martin Malvy a présenté le 12 février un programme détaillé contenant 45 nouvelles mesures (dont 150 nouveaux contrats aux entreprises par an) avec un chiffrage précis (110 millions d'euros sur quatre ans).

Le cauchemar Vert

Il n'empêche qu'à quelques semaines du scrutin, les socialistes et leurs alliés du Parti Radical de Gauche (le PRG présidé par Jean-Michel Baylet) et du Mouvement Républicain et Citoyen (le MRC présidé par Jean-Pierre Chevènement) essaient de ne pas pêcher par optimisme. Car cette


année, le danger pointe son nez du côté d'Europe Écologie. Le succès du rassemblement porté par Daniel Cohn-Bendit aux Européennes de 2009 donne des ailes aux Verts... et des boutons aux socialistes.


« L'arrivée des Verts dans l'hémicycle régional peut sérieusement bouleverser les équilibres », confie un ancien conseiller régional, qui préfère garder l'anonymat plutôt que de reconnaître ouvertement que les Verts leur font du souci. Si le mouvement de Gérard Onesta faisait une belle performance le 14 mars, la liste PS - PRG - MRC menée par Martin Malvy ne pourrait sans doute pas faire autrement que lui céder de belles vice-présidences. Si un accord est trouvé car une triangulaire au deuxième tour n'est pas non plus exclue, avec le risque de devoir gérer la Région avec une majorité relative. Un cauchemar pour l'équipe Malvy, très habituée à avoir les coudées franches.


Pour éviter les mauvaises surprises du premier tour, Martin Malvy a bien tenté une alliance dont il n'avait pas besoin en 2004. En novembre dernier, il a déjeuné avec Gérard Onesta et lui a proposé de faire liste commune dès le 14 mars. Sans succès. Dopé par le scrutin de juin 2009 et ses 16 % aux Européennes en Midi-Pyrénées (PS 18 %), Europe Écologie veut compter ses troupes et ne cache pas que les régionales peuvent servir de rampe d'accès aux législatives de 2012. Au niveau national, Daniel Cohn-Bendit espère même entre 50 et 100 députés au Palais Bourbon en cas d'alliance avec le PS...

Urgence sociale

Tout n'est pas tout vert pour autant du côté d'Europe Écologie. Très hautes dans les sondages nationaux en janvier, les intentions de vote s'effritent doucement au fil des semaines. Un point noir ajouté à la crise qui a profondément ébranlé les Verts depuis l'automne : celle qui a éclaté dans


la Ville rose entre leurs élus toulousains et les socialistes et qui a conduit à l'éviction de l'élu Vert Stéphane Coppey au profit du maire socialiste Pierre Cohen. Résultat : méfiant, Gérard Onesta demande à Martin Malvy des garanties sur « la sincérité et la durabilité d'un accord avec les socialistes ». Martin Malvy aurait bien voulu éviter qu'Europe Écologie passe pour le martyr des socialistes. Pierre Cohen, lui, se défend d'avoir voulu jeter une bombe dans le jardin de l'Hôtel de Région. « Ce n'était pas une attaque contre les Verts mais la seule manière de résoudre une crise qui durait depuis beaucoup trop longtemps et je ferai tout pour que Martin Malvy ait le score le plus important possible au premier tour. Pour l'instant nos amis Verts sont assez absents. Certes, ils ont connu un pic au moment des Européennes mais aujourd'hui il n'y a presque que Martin Malvy dans la campagne. »


Faux, selon Gérard Onesta qui n'a pas du tout la même vision des rapports de force en jeu. « Les socialistes sont tendus. Les écolos à 3 ou 5 % étaient pour eux comme une variable d'ajustement. Mais entre 15 et 20 %, voilà qui ne faisait pas partie du logiciel ! », s'amuse l'ancien vice-président du Parlement Européen. Très déterminé et combatif, il estime trouver, sur le terrain, des raisons de croire à un succès en mars. « Nous sommes de plus en plus sollicités par les associations, les syndicats et même les chefs d'entreprise. En décembre, notre newsletter était adressée à 500 personnes. Aujourd'hui nous en sommes à 25 000 abonnés. Clairement, il se passe quelque chose. » Même optimisme du côté du directeur de campagne de Gérard Onesta, Guillaume Cros, tête de liste dans le Tarn : « Peu à peu, dans l'esprit des gens, le lien se fait entre l'urgence environnementale et l'urgence sociale. On est en train de comprendre que les questions environnementales sont étroitement liées aux questions sociales et économiques. L'Histoire nous donne raison et nous voulons, avec les citoyens, " co-produire " une éco-région. » C'est sur cette base qu' Europe Écologie commence à mener campagne à la fois pour peser sur les socialistes et en « rupture avec la logique libérale de l'UMP ». Car dans ce scrutin, Gérard Onesta a deux objectifs : exister face au PS et faire mieux que l'UMP. « Pour l'instant, on a deux cas de figure, ajoute-t-il avec un sens éprouvé de la formule. Le PS qui voudrait que les élections aient déjà eu lieu et l'UMP qui voudrait que ces élections n'aient pas lieu du tout ! »


Luttes internes

Les débuts de campagne ont en effet été très difficiles pour l'UMP. On sait ce scrutin de mi-parcours traditionnellement peu favorable au gouvernement en place. Confrontée à ce phénomène, la tête de liste UMP - Majorité présidentielle, Brigitte Barèges, doit de surcroît faire face à une situation interne explosive. Élue par les militants UMP en mars 2009 au détriment de son concurrent Gérard Trémège, maire de Tarbes et ex-UDF (une candidature qui aurait davantage inquiétée le PS), Brigitte Barèges a pourtant eu du mal à s'imposer dans son propre camp. La composition des listes s'est faite dans la douleur, notamment en Haute-Garonne où Brigitte Barèges n'a pas le soutien de la fédération départementale et s'est opposée frontalement à Christine de Veyrac, présidente de l'UMP 31. Tout au long des premières semaines de l'année, la maire et députée de Montauban a fait face, en interne, aux pires reproches et aux railleries les plus acerbes : pourquoi avoir choisi comme tête de liste en Tarn-et-Garonne Thierry Deville, ex-président du Cercle montalbanais des Radicaux de gauche, le parti de son meilleur ennemi Jean-Michel Baylet qu'elle accuse de connivence avec Martin Marty ? Pourquoi donner un signal négatif aux électeurs en répétant qu'elle ne siègera pas au Conseil Régional si elle n'est pas élu présidente ? Beaucoup, au sein de l'UMP, lui reprochent également de développer un esprit de cour, en s'entourant uniquement de son premier cercle de proches montalbanais. Gérard Trémège, conseiller régional sortant reconnu pour son assiduité et son implication au Conseil Régional, admet qu'il aurait bien aimé être davantage sollicité, avant de se reprendre : « Cessons maintenant de parler de divisions. C'est déjà bien assez difficile comme ça face à Martin Malvy et à son bilan! » Handicapée par ces rancœurs et par les divisions déjà anciennes de l'UMP locale, Brigitte Barèges n'a pas non plus été aidée, au niveau national, par l'UMP qui a choisi de ne valider les listes qu'au tout dernier moment, au cours d'un conseil national le 30 janvier. La candidate UMP reconnaît elle-même qu'elle aurait préféré boucler les listes en décembre : « Nous aurions eu un mois de plus pour faire campagne. »

Campagne frontale

Les débuts de campagne ont en effet été très difficiles pour l'UMP. On sait ce scrutin de mi-parcours traditionnellement peu favorable au gouvernement en place. Confrontée à ce phénomène, la tête de liste UMP - Majorité présidentielle, Brigitte Barèges, doit de surcroît faire face à une situation interne explosive. Élue par les militants UMP en mars 2009 au détriment de son concurrent Gérard Trémège, maire de Tarbes et ex-UDF (une candidature qui aurait davantage inquiétée le PS de l'avis des socialistes), Brigitte Barèges a pourtant eu du mal à s'imposer dans son propre camp. La composition des listes s'est faite dans la douleur, notamment en Haute-Garonne où Brigitte Barèges n'a pas le soutien de la fédération départementale et s'est opposée frontalement à Christine de Veyrac, présidente de l'UMP 31. Tout au long des premières semaines de l'année, la maire et députée de Montauban a fait face, en interne, aux pires reproches et aux railleries les plus acerbes : pourquoi avoir choisi comme tête de liste en Tarn-et-Garonne Thierry Deville, ex-président du Cercle montalbanais des Radicaux de gauche, le parti de son meilleur ennemi Jean-Michel Baylet qu'elle accuse de connivence avec Martin Marty ? Pourquoi donner un signal négatif aux électeurs en répétant qu'elle ne siègera pas au Conseil Régional si elle n'est pas élu présidente ?


Beaucoup, au sein de l'UMP, lui reprochent également de développer un esprit de cour, en s'entourant uniquement de son premier cercle de proches montalbanais. Gérard Trémège, conseiller régional sortant reconnu pour son assiduité et son implication au Conseil régional, admet qu'il aurait bien aimé être davantage sollicité, avant de se reprendre : « Cessons maintenant de parler de divisions. C'est déjà bien assez difficile comme ça face à


Martin Malvy et à son bilan ! » Handicapée par ces rancœurs et par les divisions déjà anciennes de l'UMP locale, Brigitte Barèges n'a pas non plus été aidée, au niveau national, par l'UMP qui a choisi de ne valider les listes qu'au tout dernier moment, au cours d'un conseil national le 30 janvier. La candidate UMP reconnaît elle-même qu'elle aurait préféré boucler les listes en décembre : « Nous aurions eu un mois de plus pour faire campagne. »

Mais Brigitte Barèges n'est pas femme à se décourager. Elle estime toujours que « la Région est gagnable. A la différence de la gauche, nous avons fait l'union dès le premier tour (du Nouveau Centre d'Hervé Morin à la Gauche Moderne de Jean-Marie Bockel, NDLR). Au second tour nos listes seront absolument identiques. » Un avantage en effet qui se double d'une faiblesse : l'UMP risque d'avoir très peu de réserves de voix le 21 mars.
Tout cela n'empêche pas Brigitte Barèges de faire la preuve de sa détermination. Sur son site internet, elle affiche le soutien de poids lourds de l'UMP (Jean-Pierre Raffarin, Valérie Pécresse, Patrick Devedjian, Nadine Morano) et espère recevoir le secrétaire général de l'UMP, Xavier Bertrand, lors du tout dernier meeting de campagne le 11 mars à l'Union. Un soutien national qui, souhaite Brigitte Barèges, viendra contrebalancer l'inexistence de comité de soutien au niveau régional. Dans une région largement acquise à la Gauche depuis 1998, Brigitte Barèges n'a rien à perdre. Dotée d'un caractère bien trempé, elle a opté pour une campagne frontale face à Martin Malvy. Dans la lignée du discours de François Fillon, elle fustige « le conservatisme » des socialistes, estime que le président sortant « développe une politique clientéliste, qu'il manque d'ambition et que la région s'est endormie ». Elle tire à boulets rouges sur les dépenses de communication du Conseil régional et propose la suppression pure et simple de Midi-Pyrénées Expansion, l'agence de développement économique régionale. Enfin, mettant fièrement en avant ses 56 ans, Brigitte Barèges n'oublie jamais de souligner l'âge de Martin Malvy, 73 ans.

Un effet « âge » ?

L'effet âge comptera-t-il dans l'esprit des électeurs au moment du vote ? Pas plus peut-être que l'effet « expérience » que l'équipe PS met en avant. Et quand Brigitte Barèges choisi une directrice de campagne, Elizabeth Pouchelon, de seulement 52 ans, l'entourage du président sortant n'oublie jamais de souligner que la cardiologue toulousaine est une novice en politique. Ambiance. L'argument de l'âge n'est pas utilisé seulement par Brigitte Barèges. Arnaud Lafon, tête de liste Modem, s'en sert lui aussi, de même que Gérard Onesta qui glisse dans la conversation : « Martin Malvy, ce n'est pas faire injure à son âge, n'incarne pas vraiment le changement. »


Quant à Arnaud Lafon, 34 ans, il réclame carrément un « changement de génération ». Le benjamin des candidats, maire réélu de Castanet-Tolosan, se présente pour la première fois aux élections régionales. Un scrutin auquel il pense depuis 2004 et qui comptera dans sa future trajectoire politique. Malgré les sondages défavorables, il espère très fort « faire plus de 10 % au premier tour » (refaire au moins le score de Michel Valdiguié, UDF, en 2004 et plus que celui de Robert Rochefort, 8 % aux Européennes). Et se verrait bien maire de Toulouse, lui qui ne cache pas son aversion pour le socialiste Pierre Cohen. Dans la pure tradition Modem, il n'en est pas moins virulent à l'égard de l'UMP et peut-être plus encore vis-à-vis du Nouveau Centre : « Jusqu'à quand, s'emporte-t-il, les anciens UDF qui sont allés à la soupe pour avoir des postes vont-ils se laisser croquer par les loups prédateurs de l'ancien RPR ? » Un discours de franc-tireur de la politique qui plaît à François Bayrou, en visite de soutien le 12 février à Toulouse. « Arnaud Lafon est un candidat jeune, enraciné, dynamique, intelligent. Je lui crois un grand avenir » s'est enthousiasmé le président du Modem. En attendant, Arnaud Lafon doit passer le test du 14 mars. Pour cela il mise sur son indépendance d'esprit et sur ses propositions : « La campagne est très tendue avec des enjeux pro et anti-gouvernement très nets. Il est urgent de parler de la région. » La région, il reste peu de temps pour en parler. La campagne démarre officiellement le 1er mars. Elle sera très brève, très dense et très tendue.


Dossier réalisé par Emmanuelle Durand-Rodriguez
Photos Rémi Benoit

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