Après le foie gras sans gavage, Aviwell veut améliorer la croissance du poulet, porc et poisson d’élevage

Installée à Toulouse, la startup à l’origine d’une technologie scientifique de rupture et ses solutions biotechnologiques permettant de produire du "foie naturellement gras", sans gavage, s’apprête à étendre son champ d’action à d’autres animaux d’élevage tels que le poulet et le porc. Son objectif : nourrir sainement, durablement et naturellement l’ensemble de la planète. Afin d’accélérer son développement, Aviwell souhaite lever près de deux millions d'euros d’ici cet été.

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La biotech toulousaine souhaite renforcer son équipe pour être 12 à 15 collaborateurs d'ici fin 2022.
La biotech toulousaine souhaite renforcer son équipe pour être 12 à 15 collaborateurs d'ici fin 2022. (Crédits : DR)

Fondée en 2015 à Pailhès dans l'Ariège, Aviwell a pris une nouvelle dimension. La startup a mis au point un procédé scientifique, 100 % naturel, qui permet de produire du foie gras d'oie sans gaver l'animal. Ce "foie d'oie naturellement gras" est obtenu grâce à la compréhension de la flore intestinale des oies. Dès leur premier jour de vie, les animaux sont biberonés avec des ferments lactiques intestinaux naturels, obtenus grâce à l'isolation de bactéries chez les oies ayant des foies plus gros, qui vont coloniser leur intestin et leur permettre d'avoir une flore intestinale capable de stocker le gras au niveau du foie.

Dorénavant, Aviwell a finalisé une approche scientifique de rupture et une plateforme de découverte à multiples facettes du microbiome, pilotée par de l'intelligence artificielle. Celle-ci permet de découvrir et développer des solutions naturelles et saines favorisant et améliorant la croissance animale. Pour ce faire, l'entreprise s'appuie sur des outils exclusifs de traitement des données et des algorithmes permettant d'identifier et d'adapter naturellement le microbiote intestinal des animaux d'élevage pour contrôler leur croissance et répondre aux exigences du marché.

Après avoir fait ses preuves sur les oies, la biotech souhaite passer à la vitesse supérieure et appliquer les enseignements tirés à d'autres espèces telles que les poulets et les cochons. Son objectif : répondre aux défis de l'alimentation mondiale.

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"Nous avons fait un pivot très intéressant. Après 2019, nous avons discuté avec des investisseurs industriels, individuels et des venture capital et le marché des oies et du foie gras sans gavage était intéressant pour eux, mais pas assez pour y investir, pour eux le marché était "tendu". Nous avons alors décidé d'appliquer le procédé mis au point par Aviwell à d'autres animaux et plus seulement les oies. Ce pivot nous a permis d'attirer des investisseurs qui étaient plus séduits par cet élargissement de l'offre", explique Mouli Ramani, PDG d'Aviwell.

Des expériences en cours sur le poulet

Par exemple, grâce à ses procédés brevetés, Aviwell est capable d'identifier et reproduire des communautés bactériennes naturelles ayant un impact positif sur le développement du métabolisme énergétique et sur l'assimilation de l'alimentation animale, permettant ainsi de contrôler la croissance et la performance des animaux d'élevage. Ces groupements de bactéries naturelles sont développés puis administrés aux animaux afin de stimuler le phénotype souhaité.

La société a débuté, depuis fin 2021, des expériences sur des poulets aux État-Unis et en France afin de contrôler la croissance et la performance de l'animal. Son plan de développement prévoit de démarrer des tests sur une nouvelle espèce - soit le poisson, de la truite de préférence ou le porc - durant le dernier trimestre 2022 et un troisième animal courant 2023. À terme, Aviwell a pour objectif de révolutionner le secteur agroalimentaire d'une manière naturelle, durable et respectueuse de l'animal. Pour les industriels de l'alimentaire, la solution Aviwell peut représenter une baisse considérable des coûts de l'élevage entre autres.

"Sur le poulet, nous en sommes aux prémices, je dirais entre 30 % à 40 % de la phase de test de changement de phénotype de cet animal. Notre objectif est d'atteindre le même niveau de réussite que pour les oies. Nous souhaitons améliorer le taux de conversion alimentaire (le rapport entre le poids des aliments distribués et le gain de production obtenu, ndlr), la croissance de l'animal de façon à donner moins de nourriture sans qu'il ne perde de poids et fasse un poids convenable. Pour les professionnels du marché, la nourriture représente 65 % à 70 % des coûts de l'élevage du poulet. Sur le poisson on penche notamment sur l'amélioration de la teneur d'oméga-3 mais rien n'a été décidé pour le moment", précise le CEO.

Un premier produit pour fin 2023

Ainsi, la solution a été pensée pour l'ensemble de la chaîne de valeur. La problématique des ressources alimentaires qui s'amenuisent et qui coûtent de plus en plus cher, étant mondial, Aviwell souhaite géographiquement adresser tout autant le marché français, européen et les États-Unis et proposer ses solutions aux quatre coins du monde. La startup espère commercialiser "un premier produit" pour le marché du poulet à partir de fin 2023, après démonstration "au sein des laboratoires des clients". En attendant les résultats scientifiques, la biotech a repéré et est déjà en discussion avec de potentiels futurs clients.

Notre solution n'a pas pour but de changer le microbiome de tel ou tel animal mais de répondre aux besoins de nos clients. Nous ne modifions pas génétiquement les animaux, mais nous changeons le phénotype de l'animal et améliorons la croissance d'une espèce avec des éléments présents dans la nature", assure Mouli Ramani.

"En Ariège, nous n'avions pas les infrastructures nécessaires"

Afin d'accélérer le développement de sa technologie, à grande échelle plus vite, Aviwell a décidé de rejoindre, durant le dernier trimestre 2021, le consortium de Toulouse White Biotechnology et d'y installer son activité. Ce déménagement au sein des locaux de TWB lui permet l'accès à un équipement clé, des installations et des ressources nouvelles.

"En Ariège, nous n'avions pas les outils et les infrastructures nécessaires à notre développement R&D et stratégique. Ce partenariat avec TWB nous permet de progresser correctement. Grâce à ce déménagement, nous avons fédérer une équipe plus grande et solide autour du projet, et l'entreprise a connu un remaniement", affirme le dirigeant de la biotech toulousaine.

Grâce à ce partenariat, la startup bénéficie d'un accès privilégié à l'ensemble des expertises et compétences des 53 membres de cet écosystème composé d'industriels, de fournisseurs de technologies et services, de chercheurs, mais aussi d'investisseurs dans le secteur des biotechnologies.

"La mission de TWB est vraiment d'offrir des solutions basées sur les biotechnologies industrielles à un problème industriel, l'objectif étant de réduire les coûts et les temps de développement. Nous donnons aux startups tous les atouts clés sur toutes les étapes qui permettent de développer un procédé. Nous leur offrons soit en leur permettant d'accéder à notre plateforme technologique, soit en leur donnant accès à des partenariats que TWB a pu tisser avec d'autres acteurs. Cela permet à une startup de ne pas avoir à investir de manière très lourde dans des équipements, des plateformes technologiques, des expertises et d'avoir accès à tout un réseau", ajoute Laurie Rey, directrice Business & Partenariats de TWB.

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Lever près de 2 millions d'euros de fonds

Parallèlement à ce déménagement,  Aviwell a également ouvert une filiale à Boston, aux États-Unis. Afin de financer son développement R&D et commercial, elle souhaite lever des fonds à l'été 2022. La somme visée doit avoisiner ou dépasser les deux millions d'euros. Pour rappel, la startup a déjà réalisé un premier tour de table de près de 1,6 million d'euros en 2021.

Cet ajout de capital devrait également lui permettre de renforcer son effectif actuellement composé de huit personnes (six à Toulouse et deux à Boston). La société souhaite recruter des profils scientifiques et commerciaux pour être 12 à 15 collaborateurs à la fin de l'année 2022 entre son siège social à Toulouse et sa filiale à Boston.

Très discrète sur l'aspect financier et business Aviwell révèle qu'elle arrive à générer "un petit" chiffre d'affaires. Le PDG d'Aviwell affirme que sa société peut prétendre à un chiffre d'affaires de plusieurs "centaines de millions d'euros" une fois la commercialisation de ses solutions amorcée.

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