Sommet spatial : "L'Europe doit participer à cette dynamique d'exploration et de vol habité"

Aller plus vite et pour moins cher dans l'espace pour faire de l'exploration et du vol habité, c'est possible et cela pourrait même entrer dans les budgets européens. C'est en tout cas la conviction que compte défendre la startup franco-allemande The Exploration Company lors du sommet spatial européen organisé ce mercredi 16 février à Toulouse. Cette jeune société veut faire voler dès 2024 une capsule en orbite autour de la Terre pour 10% des coûts de l'ISS et envoyer un engin vers la Lune à l'horizon 2028 qui pourra transporter à terme des humains.

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The Exploration Company veut envoyer en orbite dès 2024 sa première capsule.
The Exploration Company veut envoyer en orbite dès 2024 sa première capsule. (Crédits : The Exploration Company)

"Même l'Inde sera très bientôt capable de faire voler des astronautes en orbite basse autour de la Terre. Les Etats-Unis, la Russie et la Chine ont tous un vaisseau pour découvrir la nouvelle frontière, c'est-à-dire la prochaine zone économique, qui est la Lune et au-delà, et l'Europe n'en a pas", faisait remarquer il y a quelques semaines  le directeur de l'agence spatiale européenne Josef Aschbacher. Avant d'ajouter que le budget 2021 de l'ESA consacré à l'exploration humaine de l'espace s'élève à 735 millions d'euros, soit environ 7 % de celui qu'y consacre la Nasa. À l'unisson, l'astronaute français Thomas Pesquet appelait à "vraiment réfléchir à une ambition un peu plus forte au niveau européen" en matière de vols habités.

Le sommet spatial européen organisé à Toulouse ce mercredi 16 février pourra-t-il changer la donne ? En tout cas, l'événement sera l'occasion de prendre la température parmi les 27 Etats membres de l'UE. Et pour faire mûrir leur réflexion, Emmanuel Macron et les ministres européens assisteront au cours du déjeuner à plusieurs keynotes de startups. C'est dans ce cadre que la société franco-allemande The Exploration Company est invitée à s'exprimer.

"La raison pour laquelle nous avons créé cette entreprise c'est que nous sommes convaincus que l'Europe doit participer à cette dynamique d'exploration spatiale en particulier habitée. Les Etats-Unis, l'Inde, le Japon ou la Chine ne veulent pas envoyer des robots sur la Lune mais envoyer des humains et y rester. Si on fait le parallèle avec la Renaissance, les pays et les sociétés qui ont eu l'audace d'explorer le Nouveau monde ont été ceux qui ont dominé la Terre, technologiquement, économiquement et stratégiquement pendant 200 ans. C'est ce qui se joue aujourd'hui et notre mission est de contribuer à partir de l'Europe à démocratiser ce mouvement d'exploration spatiale en le rendant encore plus accessible aux hommes", plaide Hélène Huby, cofondatrice de The Exploration Company.

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En orbite autour de la Terre pour "10% des coûts de l'ISS"

Fondée avant l'été par des anciens d'ArianeGroup et du programme Orion piloté par Airbus, la société est en train de développer des véhicules spatiaux réutilisables et accessibles à très bas coût.

"Notre capsule Nyx permettra de rester en orbite autour de la Terre trois à six mois pour 10% des coûts de l'ISS. Envoyer une expérience à bord de la station spatiale internationale coûte aujourd'hui entre 100.000 et 150.000 euros le kilo, nous visons plutôt entre 10.000 et 15.000 euros", ajoute la dirigeante.

La startup a même lancé un prix d'appel à 1.500 euros le kilo envoyé dans l'espace pour son premier vol de démonstration prévu en 2024. Cette capsule fera 2,5 mètres de diamètre et pèsera 1,6 tonnes. Mais dès septembre 2022, The Exploration Company enverra en orbite un prototype miniature, une capsule de 30 kg, sélectionnée pour voler à bord du vol inaugural d'Ariane 6. "Lorsque l'étage supérieur reviendra, notre module sera détaché et rentrera dans l'atmosphère. Cette mission nous permettra d'avoir un point de mesure pour notre modèle thermique. Il est important que nous sachions ramener à bon port nos clients, d'autant que nous prévoyons à plus long terme d'emmener des clients qui sont des humains", précise Hélène Huby.

Si les premières missions seront destinées à transporter du cargo, The Exploration Company compte bien envoyer des hommes en orbite autour de la Terre. La startup veut aussi envoyer une capsule vers la Lune à l'horizon 2028. La jeune société mise sur des engins réutilisables et capables d'être ravitaillés avec un carburant produit depuis l'espace. Pour réaliser des économies d'échelle, le véhicule sera standardisé et d'envergure plus modeste que ceux développés actuellement par les startups américaines. "Nous prévoyons de poser sur la Lune un charge utile de 500 kg et non pas de 100 tonnes comme la fusée Starship de Space X", souligne la dirigeante.

"Au niveau du développement, nous arrivons à des prix bas parce que nous allons très vite et que nous misons sur la digitalisation. Par exemple, 80% du contenu de notre production technique est faite de façon automatique. Concernant les coûts récurrents, nous allons réaliser en interne le moteur cryogénique et le logiciel de vol. Nous comptons utiliser des composants électroniques sur étagère", ajoute-t-elle.

Miser sur un équilibre financier public-privé

La startup, qui compte actuellement une vingtaine de collaborateurs répartis entre Munich et Bordeaux, a levé près de 7 millions d'euros récemment et mise sur un équilibre privé-public pour accélérer son développement. Elle a également intégré à l'automne la première promotion de TechTheMoon, le premier incubateur au monde dédié à l'économie lunaire porté par le Cnes et Nubbo.

"Nous sommes dans un schéma où l'investisseur privé porte la majorité du financement et la puissance publique intervient sur les technologies particulièrement risquées pour les accélérer. Par exemple sur le ravitaillement de carburant en orbite, nous pensons y arriver à la fin de la décennie. Des partenaires publics pourraient financer le développement de cette technologie et tout le monde y gagnerait. Cette dynamique publique privée permettrait de rendre l'exploration spatiale accessible, y compris à des budgets européens", conclut-elle.

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