Depuis le Lot, Whylot va industrialiser un moteur électrique novateur avec Renault

Créée en 2011 dans le Lot, la société Whylot, spécialisée dans la conception de moteurs électriques innovants voit entrer au sein de son capital Renault Group. À travers ce partenariat, les deux parties ont pour objectif de développer et d’industrialiser un nouveau moteur électrique innovant, à flux axial, différent des solutions actuelles du marché. Par ailleurs, la startup travaille également avec un industriel français autour de l'avion électrique.

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Romain Ravaud a fondé la société Whylot en 2011.
Romain Ravaud a fondé la société Whylot en 2011. (Crédits : Remi Benoit)

L'avenir de la mobilité se fera en tout électrique et certaines entreprises se positionnent dès à présent. Renault Group annonce une prise de participation minoritaire, de 21 %, au sein de la société Whylot. Fondée en 2011 à Cambes (Lot), cette dernière est spécialisée dans le développement de moteurs électriques innovants. À travers cet accord, l'automobiliste français souhaite développer et industrialiser un e-moteur innovant pour l'automobile, et plus particulièrement pour les applications électrifiées, basé sur la technologie de rupture de la société lotoise. Ce projet industriel permettra aux deux parties prenantes de se positionner, dans les années à venir, comme leaders sur le marché des moteurs électriques innovants et abordables et d'accompagner la très forte croissance du marché des véhicules électrifiés en France et en Europe.

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"Les gens comprennent enfin pourquoi nous avons été discrets depuis 2017. Il y a tellement d'enjeux économiques, on parle de plusieurs milliards d'euros, qu'il faut l'être. L'ambition commune avec Renault est de créer une filière de production de moteurs électriques haute technologie en France. Pour nous, il s'agit d'une fierté et d'un jalon pour une technologie qui a nécessité près de dix années de recherche. Ce contrat va générer une certaine réussite industrielle, de la création d'emplois en France, de la valeur ajoutée aux produits, etc", explique Romain Ravaud, fondateur de Whylot.

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Un moteur électrique à flux axial performant

Avec cette entrée au capital, d'un montant tenu secret, la marque au losange souhaite consolider sa place de pionnier et renforcer ses compétences dans le domaine de l'électrique. En effet, cette dernière a trouvé en Whylot un partenaire doté d'une brique technologique pointue avec une efficacité démontrée : le moteur électrique à flux axial.

Aujourd'hui, les voitures électrifiées sont équipées de moteur à flux radia dont l'architecture assure un meilleur rendement. Différent géométriquement, le moteur à flux radial chauffe vite et nécessite un système de refroidissement complexe. Whylot, qui travaille sur le sujet depuis plus de dix ans et qui a déposé près de 45 brevets, aurait trouvé une solution à cette problématique. Plus compact et facilement intégrable aux véhicules, son moteur à flux axial est réalisé en matériau composite ce qui réduit le phénomène d'échauffement et dissipe mieux la chaleur.

Cette technologie sera appliquée aux groupes motopropulseurs électrifiés et électriques du constructeur Renault. Sur les modèles hybrides, l'industriel annonce "une réduction des coûts et des émissions de CO2 de 2,5 g/km". Le groupe français sera ainsi le premier constructeur généraliste à produire un moteur électrique à flux axial à grande échelle à partir de 2025.

"Renault a également été séduit par les ressources et la flexibilité de Whylot. Nous avons démarré cette collaboration il y a plus de trois ans et nos démonstrateurs ont été testés et comparés à d'autres machines/références du marché. Les gains apportés par notre technologie ont complètement convaincu Renault. Nous avons gagné sur beaucoup de tableaux dont le rendement, le coût, les performances de puissance continue, la baisse des émissions de CO2, etc", explique le CEO de l'entreprise lotoise.

Un nouvel outil de production

Désormais, la marque au losange se tient aux côtés de Whylot dans son développement accéléré. La prise de participation "ne provoque pas un grand chamboulement" au sein de l'organisation de la petite entreprise et "ne change rien à sa trajectoire". Whylot souhaite continuer à renforcer ses projets R&D ainsi que ses équipes. Dans les 12 à 18 mois à venir, son effectif qui compte aujourd'hui 25 collaborateurs, sera doublé. Ingénieur, chercheur, manageur ou encore contrôle qualité, tous les postes devraient être renforcés.

Afin de relever le défi industriel qui l'attend après cette prise de participation, la petite société a investi une dizaine de millions d'euros en partie pour une nouvelle usine. La première pierre de ce nouvel outil devrait être posée durant la fin du premier trimestre 2022, près de l'usine actuelle, sur la zone d'activité de Grand Figeac, à Cambes. La surface d'activité devrait ains passer de 1 500 m2 actuellement à 4 000 m2. Dorénavant, tout l'enjeu pour Whylot est d'industrialiser sa technologique à très haute cadence.

"Nous allons dans la direction de l'industrialisation avec des lignes de prototypage spécifiques, plus de bancs d'essais et de moyens de tests et de production. Notre défi est d'atteindre des volumes de production importants. Nous pouvons avoir le meilleur moteur au monde, si on ne sait pas le produire en quantités importantes, il ne sert pas à grand chose. Là, on parle de centaines de milliers voire de millions de moteurs par an", précise le président de la société.

L'avion électrique du futur

Ce contrat commercial a donné des idées à la société lotoise qui collabore déjà avec d'autres secteurs d'activité, hors automobile, pour l'instant tenus secrets. Discret et prudent, Romain Ravaud révèle tout de même l'existence d'un projet de motorisation pour l'aéronautique. Whylot aurait contractualisé avec un leader du marché aéronautique afin de travailler sur le futur avion électrique attendu pour 2035.

"Nous sommes arrivés dans la cour des grands. La réussite appelle la réussite. Nous avons signé d'autres partenariats. Notre objectif est de matérialiser, de concrétiser les années de recherche de l'entreprise et de créer de l'emploi en France sur différents marchés. Nous voulons promouvoir notre technologie en France au service de grands groupes industriels français qui exportent à l'étranger", dévoile-t-il.

Née il y a près de 10 ans, avec un statut de laboratoire, Whylot voit aujourd'hui les choses en grand. Elle a pour objectif, dans 10 ans, de compter "des millions de véhicules" dans le monde équipés de sa technologie. "Nous faisons partie des startups du monde qui ont l'ambition de bouger les lignes et qui y arrivent par l'innovation", assure le dirigeant. En effet, sur un marché mondial du moteur électrique en plein essor et estimé à plusieurs dizaines de milliards d'euros, l'entreprise française se place en haut de tableau parmi les meilleures entreprises en termes de performance technologique.

Discrète sur le montant des transactions effectuées et des contrats commerciaux longue durée signés et à venir, par son entreprise, Whylot devrait logiquement prendre une nouvelle dimension économique. Dès le lancement de la production du partenariat avec Renault Group, des royalties qui "feront largement vivre l'entreprise" durant de nombreuse années, devraient être générées. En attendant, Romain Ravaud vise une croissance de 50 % à 60 % du chiffre d'affaire de sa structure en 2022. Pour rappel, elle affichait deux millions d'euros de chiffre d'affaires pour son exercice 2020.

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