Abelio fait voler des drones solaires pour réduire les pesticides sur les cultures

La startup toulousaine Abelio propose aux agriculteurs une surveillance de leurs champs à l'aide d'un drone solaire équipé d'un capteur infrarouge. Les clichés sont analysés par une intelligence artificielle pour limiter l'usage des pesticides au strict nécessaire. La jeune pousse cherche à lever 500 000 euros pour continuer à se développer.

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Grégoire Dupré est le cofondateur de la startup Abelio.
Grégoire Dupré est le cofondateur de la startup Abelio. (Crédits : Abelio)

Grégoire Dupré a grandi dans la campagne toulousaine. Dès l'âge de 10 ans, il a commencé à piloter des drones. Encore étudiant en école d'ingénieurs à Grenoble, le jeune homme décide de mettre à profit sa passion et sa formation pour fonder en 2018 la startup Abelio.

"Nous avons mis au point une solution autonome par drone d'analyse des cultures via l'intelligence artificielle pour une optimisation globale des surfaces agricoles. L'idée étant de surveiller de manière régulière les cultures pour repérer les maladies, les ravageurs, les carences en eau ou en engrais pour que l'agriculteur mette des intrants (eau ou produits phytosanitaires) seulement dans les zones où c'est nécessaire et dans les doses nécessaires", avance Grégoire Dupré.

Des clichés à des fréquences invisibles à l'oeil nu

Avant de préciser :

"Le drone solaire intègre un capteur multispectral qui prend des clichés à des fréquences invisibles à l'oeil nu comme l'infrarouge. Dans ces longueurs d'ondes spécifiques, les plantes émettent un signal en fonction de leur état de santé. Le drone prend aussi des photos sur des fréquences visibles par l'homme pour identifier la texture, la forme, la couleur des plants qui donnent d'autres indications à l'agriculteur. Ces informations sont compilées et croisées à des données météorologiques (volume de précipitations des années précédentes, vent, humectation des feuilles), satellitaires et agronomiques (relevés sur le terrain, précédentes récoltes, profondeur du sol)."

"Moins cher qu'un traitement anti-champignons"

L'objectif est de réduire in fine au strict nécessaire l'usage des herbicides comme le glyphosate, décrié sur le plan écologique. Cette optimisation permet aussi à l'agriculteur de faire des économies. Abelio estime ainsi pouvoir réduire de "50 à 80%" l'usage des herbicides sur une exploitation sachant qu'un épandage d'un traitement anti-champignons coûte 60 euros par an et par hectare et que les agriculteurs en programment trois par an en moyenne.

La startup vend aux exploitants une prestation de surveillance par drone réalisée par une quinzaine des pilotes professionnels partenaires.

"L'idée est d'apporter à l'agriculteur une surveillance régulière avec 15 à 20 vols par an pour un prix qui est très faible, de l'ordre d'une trentaine d'euros par an et par hectare. Ce qui revient moins cher qu'un traitement anti-champignons", fait remarquer Nicolas Déjean, responsable commercial.

500 000 euros à lever

Pour le moment, une vingtaine d'agriculteurs testent la solution et des partenariats ont été initiés avec des centres de recherches comme la ferme expérimentale de Purpan à Toulouse. La jeune pousse vient de lancer une campagne de financement participatif sur la plateforme Sowefund pour lever 500 000 euros.

"Cette levée de fonds va permettre la mise sur le marché de notre première solution d'ici la fin de l'année avec le déploiement d'une trentaine de dispositifs en France mais aussi de poursuivre notre R&d et la prospection à l'international", indique Grégoire Dupré.

 Abelio cible en priorité les grandes surfaces de plus de 150 hectares où son dispositif permet de dégager les économies les plus importantes. La startup bénéficie de la forte concentration des exploitations agricoles à l'oeuvre dans l'Hexagone.

"La surface agricole française n'évolue pratiquement pas depuis 20 ou 30 ans mais le nombre d'agriculteurs décroit fortement. Un agriculteur part à la retraite et son voisin reprend ses 150 hectares ce qui lui fait une surface de 300 hectares à gérer. De plus en plus d'exploitations de 500, voire 1 000 hectares sont apparues. Dans les pays de l'est européen (Roumanie, Bulgarie, Pologne), où il n'existe aucune agriculture de précision, les économies pourraient être très importantes puisque les exploitations font en moyenne 1 000 hectares contre 120 hectares en France pour les céréaliers", développe l'entrepreneur.

Pour l'instant hébergée au Village by CA à Toulouse, la société a bénéficié d'un prêt d'Airbus Développement, mais aussi d'aides de BPIFrance et de la Région Occitanie. Elle compte actuellement un effectif de huit personnes et table sur un million d'euros de chiffre d'affaires en 2021.

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