FeelObject 3D, la fabrication additive dans le secteur du handicap

La fabrication additive n'est pas exclusivement réservée au secteur de l'industrie. C'est ce que démontre FeelObject 3D en l'utilisant dans le secteur du handicap. Cette startup toulousaine spécialisée en impression 3D a conçu une carte interactive pour guider les déficients visuels et faciliter leur insertion en entreprise.
De gauche à droite : Sylvain Huin, Céline Favy-Huin et Pascal Garrin
De gauche à droite : Sylvain Huin, Céline Favy-Huin et Pascal Garrin (Crédits : FeelObject)

FeelObject 3D est spécialisée dans la fabrication additive. Cette startup toulousaine, basée dans le quartier de Basso Cambo, conçoit et produit des pièces unitaires ou des petites séries de composites pour des entreprises du secteur industriel (outillage léger pour l'aéronautique et pièces fonctionnelles pour des groupes automobiles tels que Renault). D'autres entreprises comme Nanolike, experte en nanotechnologies, ou encore Enedis, font appel à FeelObject3D.

Mais, dernièrement, la société s'est intéressée à un tout autre secteur : le handicap en entreprise. En effet, Céline Favy-Huin, cofondatrice et directrice générale de FeelObject3D, a constaté, à travers sa carrière dans les ressources humaines, que la déficience visuelle ainsi que d'autres formes de handicap peuvent perturber voire empêcher l'inclusion en entreprise. Pour pallier ce problème, FeelObject 3D a ouvert un pôle appelé Handi3D :

"Nous avons réalisé qu'en entreprise, certaines formes de handicap amènent énormément de problématiques non-résolues, et pour lesquelles l'impression 3D peut trouver des réponses. Nous avons donc ouvert le pôle Handi3D, qui nous permet de développer des produits pour faciliter le quotidien professionnel des personnes en situation de handicap."

Le premier projet du pôle est une carte interactive nommée Aisidàs ("trop facile" en Occitan), à destination des déficients visuels. Produite grâce à la technologie 3D, elle permet de guider les mal-voyants et non-voyants dans des locaux d'entreprise qu'ils ne connaissent pas.

En collaboration avec des salariés atteints de déficience visuelle

Pour concevoir cette carte adaptée aux besoins des déficients visuels, FeelObject 3D a travaillé en collaboration avec des salariés mal-voyants et non-voyants d'Enedis (ex-ERDF). La startup est également en étroite collaboration avec le laboratoire de recherche "Cherchons pour voir", projet commun entre l'Institut de recherche en informatique de Toulouse (Irit) et l'institut des jeunes aveugles.

"Au sein d'une entreprise, les déficients visuels effectuent toujours le même trajet et ne connaissent pas le reste des locaux. Avec Aisidàs entre les mains, nos testeurs ont pu découvrir et explorer des lieux qui, jusqu'alors, leur étaient inconnus. Leur satisfaction nous pousse à continuer notre travail et à réfléchir à de nouveaux projets, toujours dans cette dynamique de donner de l'autonomie,  sans parler d'assistance", partage Sylvain Huin, président de FeelObject 3D.

Carte interactive Aisidàs de FeelObject 3D

                          (Crédits : FeelObject 3D)

Après un long travail en recherche et développement, le prototype de Aisidàs au format standard est aujourd'hui en phase de preuve de concept. La carte représente un lieu sur un seul et même étage. Son relief est adapté à toutes les tailles de doigts ainsi qu'aux différentes sensibilités, de façon à ce que tout le monde puisse la lire. La schématisation se veut simplifiée au maximum pour ne pas perturber l'usager. Son aspect visuel est réfléchi, aucune écriture en braille n'apparait dessus puisque cette dernière n'est lue que par une minorité de non-voyants. Enfin, une légère pression sur certains objets de la carte déclenche un message sonore qui donne des indications supplémentaires, comme la présence d'un ascenseur par exemple.

L'interactivité d'Aisidàs repose donc sur la technologie 3D, ainsi que sur un travail lié à l'électronique, très coûteux. De fait, FeelObject 3D cherche désormais des financements et s'apprête à industrialiser la carte interactive. Les premières ventes de Aisidàs devraient avoir lieu en septembre 2017. La startup reste encore dans le flou concernant son prix, puisque chaque modèle de la carte sera partiellement fait sur mesure, en fonction de l'agencement du lieu à cartographier. De plus, le handicap est un marché économique particulier. Tout d'abord, faire du profit à travers le secteur du handicap reste généralement une manœuvre délicate. Au-delà de la dimension morale, ce business se heurte à des interventions externes telles que des subventions et aides financières en provenance notamment de la sécurité sociale. Compte-tenu de la particularité du marché, FeelObject 3D tient à garder une ligne de conduite éthique.

"Nous sommes contre le fait de proposer la carte Aisidàs à un tarif trop élevé, même si elle parait indispensable pour certains déficients visuels. Ce n'est pas parce que l'on a un handicap qu'il faut le payer. Nous concevons et produisons par ailleurs de nombreuses pièces : la carte est certes un produit à fort potentiel, mais nous ne misons pas tout dessus", raconte Céline Favy-Huin.

De nouveaux projets liés à la déficience visuelle

La startup songe à diversifier son offre en proposant une évolution de Aisidàs. En effet, durant l'élaboration et les tests de cette dernière, les trois associés de FeelObject 3D ont eu l'idée de créer une carte plus grande et fixe. Elle trouverait sa place à l'entrée de lieux culturels comme des musées par exemple, mais également dans des lieux institutionnels.

"Certaines mairies semblent intéressées par notre carte grand format. C'est le genre de produit que l'on peut installer partout : à l'entrée des centres commerciaux ou même dans des maisons de retraite", explique Sylvain Huin.

Outre les cartes interactives de différentes tailles, FeelObject 3D prévoit de concevoir de nouveaux produits élaborés grâce à l'impression 3D. Les trois associés veulent poursuivre leur travail avec le laboratoire "Cherchons pour voir", toujours sur la problématique de la déficience visuelle.

Une perspective de 300 000 euros de chiffre d'affaires pour 2018

Lancée en juillet 2015, FeelObject 3D est à l'origine l'idée de Céline Favy-Huin et de son mari Sylvain Huin, ancien "supply chain manager" dans l'aéronautique. Le couple travaille avec Pascal Garrin, qui pilote la partie design et modélisation de FeelObject 3D. La startup a enregistré un chiffre d'affaires de 30 000 euros après 18 mois d'activité. Pour 2018, elle compte atteindre 300 000 euros, soit 10 fois son premier bilan. Le pari est ambitieux, mais les trois collaborateurs ont confiance en la fabrication additive et en ses perspectives d'évolution.

"L'impression 3D n'en est qu'à ses débuts, mais il n'est pas trop tôt pour investir dedans, bien au contraire : attendre, c'est prendre du retard. Avec la fabrication additive, nous sommes toujours dans une démarche de progrès. Le potentiel de l'impression 3D est tellement fort que notre seule limite c'est notre imagination. Cette technologie offre une multitude d'avancées possibles", ajoute Sylvain Huin

Lire aussi : Industrie du futur : pourquoi il est trop tôt pour investir dans la fabrication additive

À ce jour, FeelObject 3D est située dans la pépinière d'entreprises de Toulouse Métropole à Basso Cambo. D'ici à 2018, les trois collaborateurs prévoient de déménager dans de nouveaux locaux et espèrent agrandir l'équipe. En trois ans, FeelObject 3D devrait embaucher 7 salariés, dont 3 sur l'année 2017 : un commercial, un designer spécialisé en conception et impression 3D, ainsi qu'un ingénieur matériel. Pour mener à bien de nouveaux projets et développer son activité, la startup compte également sur une levée de fonds à hauteur de 400 000 euros.

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