Hastim imagine un biomédicament personnalisé contre le cancer depuis Toulouse

La biotech Hastim vient de se doter d'un centre de recherche de 350 m2 à Toulouse en vue d'accélérer la mise au point d'un biomédicament qui stimule le système immunitaire pour lutter contre le cancer. Déjà testé et commercialisé pour les animaux, son traitement a permis de grandement améliorer la survie des bêtes sans effet secondaire. Avec ses nouveaux locaux, Hastim va produire des lots pour ses futurs essais cliniques sur l'homme en espérant bénéficier d'une procédure accélérée pour la mise sur le marché de son médicament.
La biotech toulousain Hastim se dote d'un centre de recherche pour préparer les essais cliniques de son biomédicament contre le cancer.
La biotech toulousain Hastim se dote d'un centre de recherche pour préparer les essais cliniques de son biomédicament contre le cancer. (Crédits : Hastim)

Un nouvel espoir dans la prise en charge du cancer est insufflé par la biotech toulousaine Hastim. Fondée en 2003 sous le nom Urodélia, la société imagine un biomédicament qui stimule le système immunitaire des patients atteints d'un cancer.

« Nous allons extraire les protéines anormales qui constituent la tumeur pour prendre l'empreinte digitale de cette tumeur, la fixer sur un vecteur composé d'un phosphate de calcium (l'hydroxyapatite) avant de le réinjecter sous la peau des patients. Au lieu de lutter contre les cellules tumorales, nous rééduquons le système immunitaire pour qu'il se mette lui-même en ordre de marche. Comme il s'agit d'un mécanisme naturel, cela n'entraîne pas d'effet secondaire », explique Nicole Rouquet, PDG d'Hastim.

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 Nicole Rouquet, PDG d'Hastim. (Crédits : Hastim)

Une survie renforcée chez les animaux

Le traitement a déjà fait ses preuves sur les animaux, ce qui a permis sa commercialisation dès 2013 sous le nom d'Apavac. « Nous avons fabriqué des kits pour permettre aux vétérinaires de produire eux-mêmes huit monodoses de vaccins. Depuis sa mise sur le marché, 800 animaux (chiens, chats, chevaux) ont pu être traités pour leur cancer. C'est un nombre très significatif étant donné que la prise en charge du cancer chez les animaux de compagnie est relativement récente par rapport à d'autres pathologies », commente Nicole Rouquet.

Une étude publiée en 2019 et menée sur 300 chiens atteints de lymphomes a mis en exergue l'efficacité d'Apavac associé à une chimiothérapie conventionnelle. Ce dernier a permis de prolonger le délai médian de progression de la maladie (304 jours vs 41 jours) et la survie médiane (505 jours vs 159 jours) chez les chiens en association avec une chimiothérapie.

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Un nouveau centre de recherche pour préparer les essais cliniques

Fort de ce succès, la biotech veut désormais adapter son traitement pour l'homme. Pour y parvenir, Hastim vient de se doter d'un centre de recherche de 350 m2 à Toulouse. Ces nouveaux locaux sont équipés de salles blanches et d'un laboratoire pharmaceutique pour fabriquer des lots de production pour les essais cliniques, mettre au point des contrôles des biomédicaments produits dans le cadre de l'essai clinique et développer de nouvelles générations de traitement.

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Laboratoire d'Hastim (Crédits : Hastim).

Hastim vient de nouer un partenariat avec l'Inserm de Dijon et plus particulièrement l'équipe de Carmen Garrido, mondialement reconnue pour ses travaux en cancérologie, pour débuter l'étude pré-clinique. Il restera encore un long chemin à parcourir ensuite. « La phase 1 de l'essai clinique doit démontrer que le traitement n'est pas toxique, la phase 2 vise à montrer une efficacité sur quelques dizaines de patients et la phase 3 sur plusieurs centaines de patients. Et c'est à l'issue de cette phase 3 que nous pourrons obtenir une autorisation de mise sur le marché en vue d'une commercialisation », détaille Nicole Rouquet.

Mais depuis la Covid, les autorisations de mise sur le marché se sont quelque peu assouplies. Et Hastim espère obtenir une commercialisation dès la fin de la deuxième phase de l'essai clinique, une procédure accélérée qui permettrait sa mise en vente « dans cinq ans en étant optimiste ». Dans un premier temps, le traitement pourrait être associé avec une chimiothérapie allégée. Il serait alors utilisé comme un boosteur, pour renforcer l'efficacité de la chimiothérapie. À terme, le traitement pourrait même être utilisé seul. Il pourrait être administré à nouveau en cas de rechute.

Tous les cancers visés

Par ailleurs, ajoute Nicole Rouquet, « cette technologie s'adresse à un mécanisme général, donc en théorie à l'ensemble des cancers ». « Nous testons actuellement ce traitement chez le rongeur, dans le lymphome, mais aussi, dans le cancer du côlon et celui du sein triple négatif », précise la chercheuse Carmen Garrido.

Avant d'ajouter :

« L'immunothérapie pour le cancer est en pleine essor et est en train  petit à petit de révolutionner la prise en charge des patients. C'est le bon moment pour créer une nouvelle approche immunothérapie personnalisée. Chaque ensemble d'antigène sera très différent pour chaque patient. On va faire un vaccin pour chaque patient.»

Sur ce nouveau segment très en vogue de l'immunothérapie, Hastim met en avant un avantage concurrentiel en termes de tarifs. « Nous allons nous positionner sur des prix quatre à cinq fois inférieurs à ce qu'on va trouver aujourd'hui sur le marché en matière de traitement d'immunothérapie tels que les CAR-T cells », souligne Nicole Rouquet.

Dernier atout pour Hastim : sa production made in France.

« La Covid a fait prendre conscience qu'il n'y a plus de fabrication de biomédicaments en France. Notre stratégie s'inscrit dans la politique gouvernementale qui est de relocaliser le développement et la production de certains secteurs de l'industrie. L'État a fixé pour objectif de produire 20 nouveaux biomédicaments en France en 2030, nous espérons faire partie de l'un d'eux », note la chercheuse.

La biotech fait partie de 35 lauréats du plan France Relance en matière de santé et a touché dans ce cadre une aide de 768.000 euros, ce qui a permis en partie de financer l'aménagement de son centre de recherche. L'équipe d'Hastim est pour le moment composée de huit personnes et compte maintenir cet effectif pour les prochains mois.

Lire aussiComment la France peut-elle retrouver sa souveraineté en matière de santé ?

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Commentaire 1
à écrit le 26/11/2022 à 11:47
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QUand on sait, parce qu'on le sait grâce à internet c'est même facile à prouver, que c'est la même industrie qui a fait du cancer la première cause de mortalité en FRance du moins qui aussi nous vend des médicaments contre ce même cancer cela reste q...

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