Le CHU de Toulouse lance l'Innov'Pôle Santé

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Une annonce réalisée lors du FSI 2019.
Une annonce réalisée lors du FSI 2019. (Crédits : Rémi Benoit)
L’édition 2019 du Forum Santé Innovation, qui a attiré 400 participants à Toulouse le 8 avril, a permis d’explorer de nouvelles pistes d’innovation, que concrétise notamment le CHU de Toulouse avec ses projets pour accélérer la mise en marché et autour de la robotique chirurgicale. Lors d’une master class finale, le généticien Axel Kahn a souligné la nécessité d’un nouveau questionnement éthique face à ces évolutions.

Lors de son mot d'introduction du Forum Santé Innovation organisé par La Tribune à l'Hôtel Dieu de Toulouse, Marc Penaud, a souligné la nécessité d'une "approche holistique de l'innovation en santé, qui ne soit pas seulement technologique, et qui associe professionnels et patients". Une position que le directeur du CHU de Toulouse a pu détailler sur la première table-ronde de la soirée, en dévoilant le projet Innov'Pôle Santé, que porte l'établissement.

Un pôle pour la rencontre des acteurs de l'innovation en santé

Selon le dirigeant, Innov'Pôle Santé sera une plate-forme de collaboration destinée à coordonner les acteurs du secteur : en amont de l'innovation, le dispositif permettra de réaliser des prototypes, en aval, il facilitera les tests d'ergonomie, et entre les deux, il apportera une aide aux porteurs de projets, en levant notamment les freins juridiques (exemple : marquages CE) qui apparaissent dans le montage des dossiers.

FSI 2019

Marc Penaud est le directeur général du CHU depuis bientôt un an./ (Crédits : Rémi Benoit)

Innov'Pôle Santé sera ainsi basé sur les deux sites de Purpan et Rangueil, ce dernier étant dévolu à la rencontre des acteurs, et à l'organisation régulière de workshops qui feront un état du marché, sur des sujets identifiés par le pôle tels que les biomarqueurs par exemple. Officiellement créé cet automne, le dispositif sera coordonné par Anne-Laure Navarre, directrice adjointe de l'innovation au sein du CHU de Toulouse.

"Innov'Pôle Santé est une idée née du constat que si l'écosystème toulousain est riche d'innovateurs en santé, l'accès au marché reste difficile. Pour l'accélérer, notre conviction est que le CHU doit se positionner au cœur de la rencontre entre professionnels et patients d'un côté, et industriels de l'autre. En effet, à côté des outils destinés à accompagner les démarches industrielles, il est indispensable que la voix des professionnels et des patients soit entendue dans la définition de ces produits", explique Marc Penaud.

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Structurer la filière e-santé

Dans le reste de cette table-ronde, Dominique Pon (directeur de la Clinique Pasteur), qui coordonne le volet santé numérique dans la préparation du projet de loi "Ma Santé 2022", a plaidé pour une approche plus opérationnelle du sujet e-santé, structurée autour d'une feuille de route restant à écrire, selon lui. Il propose notamment de "renforcer l'offre des contenants", avec par exemple la création de "stores" portés par l'État, qui proposeraient des applications santé référencées et conçues pour les professionnels et les usagers.

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Le Forum Innovation Santé de La Tribune avait lieu à l'Hôtel Dieu./ (Crédits : Rémi Benoit)

Cet appel en faveur d'une plus grande structuration de la filière a été appuyé par Fabienne de Toni-Costes, chargée de mission Biotechnologies au sein du pôle de compétitivité nouvellement unifié Eurobiomed (393 adhérents en Occitanie). Un pôle qui a déjà accompagné 281 projets labellisés, associant entreprises et acteurs de la recherche, pour plus d'un milliard d'euros d'investissement.

"L'écosystème a envie d'être structuré, et Toulouse dispose de toutes les briques, des sciences de la vie aux sciences de l'ingénieur".

De son côté, le professeur et conseiller métropolitain Daniel Rougé a rappelé que Toulouse Métropole soutient les nouvelles orientations de l'Oncopole vers le sport et la santé, visant à lui donner "une nouvelle dynamique d'attractivité et de visibilité à l'international, que réclament les industriels installés sur le campus".

"Dans la mise en marché, on est passé du market pull à l'open innovation, avec des rapports de coopération transdisciplinaire, car les acteurs ont de plus en plus accès aux informations et données technologiques. Par exemple, on voit émerger des living labs santé intégrant divers lieux comme l'hôpital, la pharmacie, la chambre du patient, etc. pour innover sur les usages", précise Cyril Klein, directeur général adjoint du Mipih.

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Opération par assistance robotique, une 1ère mondiale à Toulouse

De son côté, le CHU de Toulouse multiplie les premières mondiales pour développer son attractivité et rester à la pointe de la technologie. De ce fait, le docteur Nicolas Doumerc, chirurgien urologue spécialisé en chirurgie robotique au sein de l'établissement toulousain, a raconté une opération de 2h30 qu'il a mené en 2015 : une transplantation rénale avec assistance robotique. Du jamais vu à l'époque.

"Nous avons récupéré le rein de la donneuse par le vagin et nous l'avons implanté à la receveuse de nouveau par voie vaginale grâce au robot Da Vinci créé par l'entreprise américaine Intuitive Surgical. C'est ce qu'on appelle de la chirurgie mini-invasive où le patient n'a aucune cicatrice apparente, le rêve de tout chirurgien", commente le docteur.

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Le robot Da Vinci est conçu par une entreprise basée en Californie./ (Crédits : Rémi Benoit)

Au-delà de l'aspect technologique, cette avancée majeure a des atouts économiques indéniables.

"Grâce aux quatre bras du robot que je peux diriger par le biais de deux manettes et de deux pédales, accompagnées d'un écran qui diffuse en 3D la zone où l'on opère, cela nous permet d'avoir des sutures d'une extrême qualité sans ouvrir le patient. Par conséquent, cela permet au patient d'avoir moins de douleurs, de réduire la durée de l'hospitalisation et donc les coûts pour notre système de santé, mais le patient peut donc également reprendre son activité professionnelle plus rapidement", poursuit le spécialiste.

Seule limite de cette innovation, la société américaine qui a déjà distribué 5 000 assistants robotiques de ce genre dans le monde bénéficie par conséquent d'un quasiment monopole sur le marché. "Les autres acteurs ne parviennent pas à s'y insérer et donc les coûts de cette technologie restent très élevés".

Responsable de missions d'innovation au sein du Groupe NEHS, en charge de projets complexes visant à fournir de nouveaux services aux professionnels de santé, Anne-Charlotte Cornut rajoute : "Ce projet, afin de susciter l'adhésion des professionnels, est un réseau tout en-en-un préservant leur marge de manoeuvre, mais aussi permettant de ménager l'adhésion du patient lui-même".

"Roche s'est allié à la startup Foundation Medicine. Quelque 1 200 patients ont bénéficié de dispositifs de diagnostic précoce. De plus, le groupe a aussi créé une database génomique et clinique, qui va nous permettre d'adapter le traitement du patient pour rallonger son espérence de vie", souligne Hélène Reinold-Guerrini, Responsable Régionale Médecine Personnalisée (Nouvelle Aquitaine-Occitanie) au sein du Laboratoire Roche.

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"Rester premier dans le process de soins"

Lors d'une master class donnée en clôture de l'événement, dans un dialogue avec Denis Lafay, le généticien et essayiste Axel Kahn a souligné la nécessité d'un nouveau questionnement éthique alors que la filière santé voit s'installer des révolutions technologiques telles que l'intelligence artificielle et la robotique chirurgicale.

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Axel Khan est l'auteur de "L'éthique dans tous ses états"./ (Crédits : Rémi Benoit)

"À l'avenir, les soignants auront à exercer leur métier dans une double contrainte. D'un côté, un contexte de réduction des fonds publics, ce qui nécessitera de leur part des efforts considérables. De l'autre côté, ils devront travailler dans un monde bouleversé par la généralisation de l'IA. Or l'humain devra, quoi qu'il en coûte, rester premier dans le process de soins, sous peine de céder totalement aux vents mauvais qui délitent notre société".

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