Intelligence artificielle : le gouvernement salue "l'excellent projet toulousain"

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Frédérique Vidal est à Toulouse ce mercredi 28 novembre pour présenter la stratégie nationale du gouvernement en matière de recherche en intelligence artificielle.
Frédérique Vidal est à Toulouse ce mercredi 28 novembre pour présenter la stratégie nationale du gouvernement en matière de recherche en intelligence artificielle. (Crédits : CHARLES PLATIAU)
La ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Frédéric Vidal, a présenté mercredi 28 novembre à Toulouse la stratégie nationale en faveur de la recherche en intelligence artificielle. Le gouvernement prône une IA "au service de l'humain". Et à ce titre, elle a souligné le savoir-faire toulousain avec des chercheurs tournés vers la compréhension et la certification des algorithmes. Cela suffira-t-il pour que la Ville rose décroche son institut d'intelligence artificielle ?

"Nous voulons faire de la France un leader européen de l'intelligence artificielle", a lancé la ministre de l'Enseignement supérieur, de l'Innovation et de la Recherche, Frédérique Vidal, à l'occasion de la présentation de la stratégie nationale en matière de recherche en IA mercredi 28 novembre depuis les locaux de l'Irit (Institut de recherche en informatique de Toulouse). La plan prévoit 665 millions d'euros d'investissements de l'État qui seront complétés par des financements d'industriels et d'universités pour atteindre au total une enveloppe d'un milliard d'euros.

"Le projet de Toulouse pose une des questions fondamentales de l'intelligence artificielle"

Parmi les projets phares, figure la création d'instituts interdisciplinaires d'intelligence artificielle (3IA) pour lesquels l'État apportera 100 millions d'euros d'investissements. La contribution des établissements publics et des industriels partenaires portera le budget à 300 millions d'euros. Et pour leurs implantations, Toulouse fait partie aux côtés de Grenoble, Nice et Paris des quatre sites présélectionnés par le ministère.

"Le projet de Toulouse est un excellent projet puisqu'il pose une des questions fondamentales de l'intelligence artificielle qui est la certification et la compréhension des modes d'apprentissage des algorithmes. C'est au cœur de ce qui fera l'intelligence artificielle de demain", vante la ministre.

Avant de poursuivre :

"Face la compétition mondiale de la Chine et des États-Unis, le gouvernement veut prôner une intelligence artificielle différente, au service de l'humain. L'essentiel est de définir les standards et pour y parvenir, il faut une acceptation des usages par la société. Dans cette perspective, il faut que les algorithmes soient explicables et certifiables".

IA symbolique contre deep learning

Toulouse recense déjà 500 chercheurs concentrés sur l'IA. La Ville rose s'est spécialisée depuis des décennies sur une approche originale de ce domaine.

"Depuis 40 ans, nous sommes l'un des seuls pôles universitaires à travailler sur l'intelligence artificielle symbolique. Cette dernière est née dans les années 50, elle comporte l'avantage de fournir des résultats toujours fiables. En revanche, elle n'est pas capable d'apprendre toute seule. Contrairement au deep learning, l'autre forme d'intelligence artificielle qui a connu un grand succès depuis les années 90 et qui est privilégiée par les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple), détaillait à la Tribune il y a quelques semaine Nicholas Asher, le porteur de projet scientifique et par ailleurs directeur de recherche CNRS au sein de l'Irit .

Mais le deep learning ne fournit pas des résultats toujours fiables et explicables. Or, à l'heure où les avionneurs comme Airbus nous demandent de réfléchir à des avions sans pilote, on ne peut pas se permettre de voir un appareil géré par du deep learning plonger à pic et s'écraser pour une raison inconnue.

Les chercheurs toulousains planchent donc sur une intelligence artificielle hybride, qui insère la logique de l'IA symbolique dans du deep learning", précise Nicholas Asher.

Le chercheur relève qu'"à Paris, où se sont installés récemment les géants américains Facebook et Google, les universitaires travaillent surtout sur le deep learning pur".

Une meilleure coopération que pour l'Idex ?

Au-delà du fond du projet, Frédérique Vidal a salué qu'à Toulouse "tout le monde ait travaillé ensemble. Cela montre que lorsque le projet est mis avant les structures et qu'il y a un travail collectif, il y a une capacité à réussir." Une allusion directe au dossier Idex. En avril 2016, Toulouse a perdu ce label qui lui permettait depuis 2013 de décrocher un budget supplémentaire de 25 millions d'euros par an. En mars dernier, l'université n'était pas parvenue à reconquérir la labellisation, faute selon le jury "d'une réelle adhésion de tous les acteurs à une véritable démarche de transformation".

Mercredi soir, la ministre a incité tous les projets en lice pour les 3IA à "continuer à travailler ensemble et à ne pas se reposer sur leurs lauriers". Les quatre sites présélectionnés devront déposer un dossier plus étoffé d'ici janvier et la sélection finale sera connue au printemps prochain. "Quatre instituts pourront être retenus comme zéro", a fait savoir Frédérique Vidal. De même, la répartition des 100 millions d'euros de l'État se fera suivant l'appréciation du projet, autrement dit certains projets retenus pourraient toucher beaucoup plus que d'autres.

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Commentaires
a écrit le 30/11/2018 à 10:20 :
Mais pourquoi PERSONNE a Montpellier ne se positionne sur ce genre d'Appel A Projets ???
Montpellier loupe l'IDEX à cause d'une guerre d'égo
Montpellier ne se positionne même pas sur les I3IA

Montpellier loupe complètement le virage de la réorganisation de la recherche. Montpellier passe en 2ème division. Dans 20 ans, nous serons complètement dépassés par les autres métropoles.
C'est lamentable
a écrit le 30/11/2018 à 9:20 :
"Le deep learning ne fournit pas des résultats toujours fiables et explicables", logique, puisque si j’ai bien compris, cela consiste à analyser des datas représentatives de comportements humains soit, massifs, soit extrapolés, soit échantillonnés ?
On peut supposer que c’est idem et même encore plus caractérisé avec des datas et avec des algorithmes intégralement "encadrés" par des humains.
On peut aussi supposer qu’aucun modèle ne sera parfait, sauf si on arrive à une collaboration entre l’humain et la machine.
Il semble logique que "les algorithmes soient explicables et certifiables". Sauf que dans la vie réelle, par facilité on empile parfois les données dans un sens et pas dans l’autre.
Dans tous les cas, les capacités de recueil de données, de stockage et surtout d’analyse et de leur interprétation sont cruciales.
En informatique il est question « d’intégrité référentielle » pour maintenir la cohérence. Cela parait être la moindre des choses, mais l’être humain est il toujours cohérent ?
Dans tous les cas, il est primordial que la France et l’Europe se positionnent sur ces technologies et les maitrisent.
a écrit le 29/11/2018 à 16:27 :
"le gouvernement salue "l'excellent projet toulousain""

Mince désolé pour vous, alors que cela semblait partir si bien... -_-
a écrit le 29/11/2018 à 12:40 :
les deux AI peuvent cohabiter, faut relire vasella ' invitation aux sciences cognitives'...... le neuromimetisme est interessant et utile, mais pas partout ( et on ne parle pas du parametrage des modeles...)

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