Toulouse attire la fine fleur des chercheurs internationaux

Pour attirer dans ses laboratoires les meilleurs chercheurs dans les domaines du cancer et du vieillissement, Toulouse lance des appels d’offres mondiaux et propose des packages de bienvenue dignes du monde du football.

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(Crédits : Rémi Benoit)

Dotée d'un institut universitaire du cancer qui accueille sur un même site soignants et chercheurs, Toulouse affiche sur le papier des résultats prometteurs et une offre de soins en cancérologie proche des plus grands hôpitaux parisiens concernant notamment les cancers du sein, de la thyroïde, les cancers ORL et les cancers gynécologiques...

Le CHU, classé deuxième hôpital de France après Lille cette année par le classement du Point, mise aussi sur les innovations et les premières médicales. En août dernier, la première greffe du rein était ainsi réalisée par voie vaginale exclusivement par un robot chirurgical, à Rangueil. C'est ici aussi que l'implantation du 5e cœur artificiel (mis au point par la société Carmat), après Nantes et Paris est attendue, peut-être même avant la fin de l'année...

Autant d'arguments qui placent Toulouse en bonne position pour séduire la fine fleur des chercheurs du monde entier.

Dans le domaine de la recherche contre Alzheimer, le professeur Bruno Vellas qui coordonne à Toulouse le seul gérontopôle labellisé par le ministère de la Santé, se félicite d'ailleurs d'avoir réussi à attirer une première pépite.

"Pour nous la difficulté n'est pas tant d'avoir des financements, mais plutôt la capacité ensuite à réaliser nos travaux, car nous sommes sollicités par la plupart des industriels et notamment des laboratoires américains", explique le professeur.

Pour cela, il faut des cerveaux. Il a d'ailleurs fait venir il y a cinq ans le Professeur Matéo Cesari, un italien qui était installé en Floride depuis dix ans. "C'est grâce à lui que nous avons obtenu le projet Sprint-t, un vaste essai clinique en cours, destiné à évaluer l'intérêt de l'exercice physique dans la lutte contre la fragilité physique et la sarcopénie chez les personnes âgées", se félicite le professeur Vellas. Les résultats de cette étude pourraient bien amener à la recherche contre la maladie d'Alzheimer à faire un pas de géant.

À Toulouse, l'autre tête de pont pour attirer des chercheurs de renommée internationale reste l'Oncopole et la machine de guerre pour les recruter, la fondation Toulouse Cancer Santé.

Des packages dignes de footballeurs

Comme dans le monde du foot, Toulouse fait même son mercato pour attirer dans ses laboratoires des cerveaux du monde entier.

"Nous faisons des appels à candidatures dans des journaux internationaux et, pour choisir ses talents, l'Oncopole s'est doté d'un conseil scientifique extérieur, dont la moitié des membres sont étrangers et aucun d'entre eux n'est toulousain", explique Jean-Jacques Fournié, qui travaille sur ces questions dans la continuité de Christophe Cazaux qui avait initié ce mouvement depuis un an.

Les Toulousains en sont persuadés, ce qu'ils proposent ici a peu d'équivalent ailleurs dans le monde en terme de "facilities", ces fameuses plateformes de recherche qui mettent en lien médecins, soignants, patients et chercheurs.

Reste que pour faire venir des chercheurs, il faut être en mesure de leur proposer des packages attractifs, de l'ordre de 2 millions d'euros pour le salaire, les équipements et le fonctionnement du laboratoire, estime la fondation Toulouse Cancer Santé.

Des arguments qui ont fait mouche auprès du chercheur français Jean-Emmanuel Sarry, alors qu'il était installé à l'université de Pennsylvanie à Philadelphie. Mais ce ne sont pas les seuls. "En fait, c'est ma rencontre avec le professeur Christian Recher, lors d'un congrès international, qui a provoqué le déclic", raconte ce spécialiste de la chimio résistance des cellules souches leucémiques. À l'époque, lui qui développe un nouveau modèle in-vivo pour évaluer la chimio résistance, est interpellé par le discours du professeur Recher.

"Il m'a dit : "Il me reste 30 ans de carrière en tant que médecin et je souhaite avoir un impact sur la survie de mes patients, mais il faut pour cela que je trouve de nouvelles molécules.""

Christian Recher promet carte blanche à Jean-Emmanuel Sarry s'il accepte de venir à Toulouse pour développer ses recherches ! L'idée de rentrer commence alors à germer dans l'esprit de ce natif de Montpellier, qui était pourtant installé à Philadelphie depuis une dizaine d'années avec femme et enfants.

Être le 1er à Toulouse plutôt que le 10e aux États-Unis

"J'ai commencé à me renseigner et me suis aperçu que Toulouse faisait partie de la petite dizaine de labos qui travaillent sur ce sujet dans le monde et le seul en France." Après quelques entretiens passés en Irlande, en Suisse et aux États-Unis, il se dit qu'il vaut mieux être le premier dans son pays que le dixième aux États-Unis !

"À Philadelphie, mon projet était mineur au sein d'un projet de recherche plus important et le serait resté. À Toulouse, j'étais séduit par la personnalité du clinicien, et la garantie du no limit en étant mon propre chef."

Sans éluder la difficulté de repartir à zéro, - "il fallait installer à Toulouse un labo qui n'existait pas" - il raconte un package de retour intéressant avec une embauche à l'Inserm, un poste pour son épouse en partie clinique et le soutien de la fondation Toulouse Cancer Santé pour obtenir un budget de 330 000 euros qui allait permettre de financer ses recherches in-vivo pendant trois ans. "Jusqu'à présent, les moyens proposés aux chercheurs restent moins importants en France qu'aux États-Unis et il est donc encore compliqué d'attirer des chercheurs séniors ici", estime-t-il. Pourtant, la fondation Toulouse Cancer Santé prépare une nouvelle levée de fonds et espère annoncer l'arrivée d'une nouvelle recrue dès 2016. À suivre.

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