Le scribing, un outil innovant au service de l'intelligence collective

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(Crédits : DR)
Scribing, graphic recording, facilitation graphique... Ces mots-là ne vous disent rien ? Ces pratiques, qui permettent de représenter graphiquement en direct une discussion, font partie des nouvelles techniques de management collaboratif en entreprise. Réservées aux initiés, elles tendent aujourd’hui à se développer, notamment dans les sociétés de conseil.

"Un bon croquis vaut mieux qu'un long discours". Cette maxime attribuée à Napoléon illustre bien les concepts de scribing, de graphic recording ou de facilitation graphique. Plusieurs définitions se complètent pour qualifier cette pratique. D'après Gabrielle Roland, qui a participé à l'introduction de ces concepts en France, "le scribing traduit en dessin des paroles. Le scribeur, c'est celui qui écrit, comme le scribe dans l'Égypte ancienne".

D'où vient le scribing?

Le concept a émergé aux États-Unis dans les années 1970. C'est par l'ASE (Accelerated Solution Environment), une branche de Capgemini Consulting, que la pratique du scribing s'est développée en France à partir des années 2000. Depuis 2008, d'autres courants de la facilitation graphique, plus indépendants, ont vu le jour, notamment celui de Roberta Faulhaber.

Plusieurs définitions, un même métier

Nous avons contacté des scribeurs qui ont travaillé à l'ASE pour essayer d'y voir plus clair. Selon Nicolas Gros, qui a initié la création en 2012 de l'association Facilitation graphique communauté de praticiens (FGCP), "c'est une pratique qui utilise les médias graphiques pour favoriser les échanges et les réflexions au sein d'un groupe". C'est la représentation graphique d'une discussion "qui donne à voir instantanément aux participants d'une réunion une vision globale", précise de son côté le scribeur Vincent Gardelle. Pour son confrère Hadrien Peltier, "il s'agit de mettre le graphisme au service d'un groupe pour donner de la cohérence et de la puissance aux idées qui en émergent". Et c'est avant tout "un dessin le plus simple possible, un morceau de compréhension instantanée", d'après le scribeur Guillaume Lagane.

Le résultat peut ainsi ressembler à ça :

scribing

À quoi ça sert ?

Le scribing peut être utilisé dans tous types de réunion. Aujourd'hui, les entreprises y font appel pour des sessions de travail collaboratif. "Les grands groupes peuvent en avoir besoin, mais aussi des cabinets de conseil, de coaching, des start-up et, de manière générale, toutes les personnes qui s'intéressent aux nouvelles manières de travailler", explique Hadrien Peltier.

En France, la prestation à la journée d'un scribeur est rémunérée "1000 euros minimum, et jusqu'à 2500 euros. Nous sommes tous plus ou moins indépendants", selon Guillaume Lagane.

Mais qu'est-ce qui pousse des entreprises à faire appel à ce type de prestataires ? "Si quinze personnes qui font partie du top management d'une entreprise souhaitent atteindre un objectif qui paraît difficile grâce à une session de facilitation, ils se dotent des outils et techniques nécessaires. La valeur ajoutée que leur apporte la facilitation graphique est énorme", assure Nicolas Gros. D'après Vincent Gardelle, "les personnes qui sortent d'une réunion ne savent pas ce qui s'y est dit, ni ce qu'eux-mêmes y ont dit. La 'réunionite' est un mal mondial. Là, avec un scribe, par exemple, ça leur saute aux yeux. Ce sont des notes utiles".

"Il y a un effet miroir sur ce que les participants partagent. Une prise de conscience de ce qu'ils sont en train de faire. Cela fait émerger la notion d'intelligence collective", explique Hadrien Peltier.

Que faut-il pour être scribeur ?

La pratique de la facilitation graphique demande plusieurs compétences. "Savoir dessiner, c'est un plus", selon Hadrien Peltier. Avoir un esprit de synthèse, une écoute active, "un peu comme un traducteur", affirme Vincent Gardelle. Une partie importante du travail consiste à simplifier et reformuler les paroles des participants d'une réunion. "Le scribeur doit pouvoir déceler les enjeux d'une discussion, explique Gabrielle Roland. C'est comme un dessinateur de presse. Son dessin d'une situation à un moment donné renvoie à une image plus importante". Autre qualité requise : l'humour. "Cela permet de déverrouiller des situations tendues, assure Vincent Gardelle. Nous apportons une touche artistique, humoristique, dans un monde qui est fait de tableurs Excel et de présentations Powerpoint mal soignées".

Un métier qui s'apprend sur le tas

Le graphisme, le conseil... : les profils de scribeurs sont variés. Il existe aujourd'hui des formations pour se familiariser avec le scribing, proposées notamment par Marker Power et Codesign-it!. Mais tous les pionniers du scribing en France ont appris sur le tas. Et d'après Guillaume Lagane, ils restent rares : "Dans le pays, nous sommes une trentaine à en faire notre métier, je pense".

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