"Oui, les robots détruiront des emplois... mais en Chine"

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Nicolas Mansard et le robot HRP2
Nicolas Mansard et le robot HRP2 (Crédits : Rémi Benoit)
Intégré à l'équipe Gepetto du LAAS depuis 2008, le chercheur Nicolas Mansard s'est vu décerner la médaille de bronze du CNRS 2015, récompense qu'il recevra en septembre. Pour lui, la robotique est l'avenir de l'industrie européenne.

Son domaine : la robotique. Sa spécialité : la génération et le contrôle des mouvements. À 34 ans, Nicolas Mansard est chercheur en robotique depuis 2008 au LAAS (Laboratoire d'analyse et d'architecture des systèmes), dans l'équipe Gepetto à Toulouse. Formé à l'informatique appliquée, c'est "le fait de donner vie à quelque chose grâce à un programme informatique" qui l'a poussé vers son champ d'investigation.

"Il y a des belles mathématiques et de beaux problèmes informatiques dans la robotique, s'enthousiasme-t-il. C'est très pionnier, nouvelle frontière. L'idée que cela va engendrer un changement de paradigme et que nos manières de travailler seront bouleversées, cela m'intéresse."

Égaler les performances humaines

Le LAAS a été l'un des premiers laboratoires en France à se doter d'un robot humanoïde acheté au Japon il y a 5 ans : HRP2. Un investissement qui a permis au laboratoire d'être en avance en France. "Nos recherches consistent à améliorer les logiciels de génération de mouvements, pour par exemple faire mieux que les logiciels de base fournis avec le robot, explique Nicolas Mansard. HRP2 sait marcher, mais pas monter des marches. Ses déplacements ne sont pas efficaces. Ils consomment trop d'énergie et sont très bruyants. La marge de progression est énorme avant qu'on égale les performance humaines."

Complexe et donc "intéressant", HRP2 réunit des problématiques rencontrées sur d'autres plateformes en robotique.

  • Autonomie. "À la différence d'un robot d'usine, il n'est pas relié à une source d'énergie ou à un ordinateur. Il doit être autonome en énergie et en calcul. Il doit aussi savoir où il se trouve dans l'espace."
  • Redondance. "Il peut accomplir une tâche de différentes manières. Il doit donc savoir choisir une solution parmi d'autres. Cela offre de nombreuses possibilités mais cela accroît aussi la complexité."
  • Dynamique. "Un robot mobile peut s'abimer en tombant. L'équilibre, donc la dynamique, est important pour eux, c'est évident. Les même développements scientifiques peuvent  servir à améliorer les robots d'usine, en Intégrant la dynamique pour utiliser l'inertie des robots eux-mêmes afin de déplacer des charges plus lourdes qu'eux."

Récemment, le LAAS a acheté un robot de type Roméo. "C'est un prototype qui fonctionne sur des principes mécaniques plus modernes que les autres robots humanoïdes actuels, mais ça complique beaucoup la manière dont on doit générer ses mouvements, remarque le chercheur. Pour l'instant, on sait moins bien le faire fonctionner: il faut apprendre à le faire travailler."

La robotique, l'avenir de l'Europe

Si le CNRS vient de lui décerner la médaille de bronze 2015, Nicolas Mansard reste modeste. "Mes travaux ont été récompensés parce que la robotique est très actuelle et stratégique, expose-t-il. Grâce à elle, il va y avoir une amélioration de la manière dont on produit."

À l'opposé de ceux qui voient dans le robot un concurrent de l'homme sur le marché du travail, le chercheur est persuadé de l'effet positif de la robotique pour l'Europe. "Nous serons plus productif et nous pourrons ramener des emplois en France, assure-t-il. Oui, les robots vont faire disparaître des emplois, mais en Chine. La robotique, c'est de la vie industrielle qui revient."

Autre conséquence bénéfique selon le scientifique, la démocratisation des robots dans les usines et le rapatriement des chaînes de production en Europe améliorent le contrôle démocratique. "Quand un produit est fait en Asie, on ne sait pas qui travaille - peut-être des enfants - et on ne peut rien faire. Produire ici permet de contrôler les modes de production."

Un modèle économique qui reste à trouver

Si la robotique est à la mode, sa transposition dans le monde économique n'est pas encore assurée. À Toulouse, l'entreprise Abankos Robotic a ainsi été placé en liquidation judiciaire en juin 2014. "Les applications sont mûres mais pas le modèle économique, constate le chercheur. On sait produire des drones mais, par exemple, pour surveiller une centrale nucléaire, qui doit s'en charger ? Bouygues, le constructeur, ou Areva, le gestionnaire ?"

D'après le chercheur, la France manque de rationalisme en matière de robotique et s'égare en imaginant des robots assister les personnes âgées. "ll est plus facile pour un robot de construire une voiture complexe que d'interagir avec quelqu'un, mais on veut tout de suite faire des robots de compagnie. C'est une erreur d'évaluation, plaide-t-il. L'Allemagne est plus pragmatique. Comme les Américains et les Japonais, ils ciblent plutôt le développement de robots d'usine très puissants, capable de porter des charges très lourdes."

Même si les industriels s'intéressent à la robotique (Airbus notamment) par le biais de l'usine du futur, Nicolas Mansard estime qu'on "parle trop peu de robots d'usine en France". Et de répéter : "Construire des robots pour coudre du textile, c'est non seulement possible, mais ça rapatriera cette industrie depuis l'Asie du Sud-Est. Ce qui est phénoménal."

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