Startup & PGE : "les banques ont joué le jeu", selon la présidente de la French Tech Toulouse

Avec plusieurs milliards d'euros d'aide à la relance, l'État soutient les entreprises innovantes pour affronter la crise à venir causée par la COVID-19. Malgré leur mode de financement fragile, les startups de la French Tech Toulouse semblent pour le moment traverser sans grande difficulté cet épisode. C'est en tout cas le sentiment de la présidente de la French Tech Toulouse, Sandrine Jullien-Rouquié, aussi dirigeante de l'entreprise Ludilabel. Entretien.

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Dirigeante de Ludilabel et présidente de la French Tech Toulouse, Sandrine Jullien-Rouquié se montre plutôt satisfaite des plans de soutien étatiques en direction des startups.
Dirigeante de Ludilabel et présidente de la French Tech Toulouse, Sandrine Jullien-Rouquié se montre plutôt satisfaite des plans de soutien étatiques en direction des startups. (Crédits : Rémi Benoit)

La Tribune - Comment les startups de la French Tech Toulouse ont vécu ce confinement ? Peut-on déplorer de la casse au sein des jeunes pousses toulousaines ?

Sandrine Jullien-Rouquié - Il n'y a eu aucun dépôt de bilan pendant cette crise sanitaire. Les PGE (prêts garantis par l'État) et l'activité partielle ont permis de maintenir à flot les entreprises.

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Selon notre étude, 20 % des startups qui exercent dans le BtoB ont connu une croissance de leur activité pendant cette période COVID, 30 % se sont stabilisées et la moitié ont subit une baisse de leur chiffre d'affaires.

Il est également important de noter qu'aucune levée de fonds n'a été bloquée. Tout ce qui avait été amorcé avant la crise sanitaire a été validé. Évidemment, cela reste à nuancer selon les secteurs. Certains ont pu se développer comme l'e-commerce, la HealthTech, l'éducation avec SchoolMouv et tout ce qui est dispositif de télétravail, d'autres comme l'hôtellerie ou la restauration ont été beaucoup plus impactés...

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Comment la French Tech Toulouse a pu intervenir et aider ces startups pendant cette période ?

Nous sommes 9 entrepreneurs emblématiques de la région à gérer la French Tech Toulouse et nous sommes donc conscients des vrais besoins, et assez pragmatiques. Nous avons cartographié tous les services et nous avons pu combler les trous de la raquette et fédérer les différents catalyseurs. Pendant la crise sanitaire, nous avons continué dans cette démarche, en assurant une connexion directe entre l'État, la banque de France, l'Urssaf et les startups, via notamment une cellule de continuité économique régionale.

Nous avons également organisé des rencontres avec des entrepreneurs expérimentés qui ont traversé des crises et qui donc ont pu conseiller les néo-entrepreneurs, par exemple en leur expliquant de protéger en priorité leur trésorerie. C'est un réflexe que certaines startups n'auraient pas eu, mais ces échanges ont permis de mettre le doigt là-dessus.

Enfin, nous avons diffusé massivement un communiqué réunissant toutes les startups qui proposaient gratuitement leurs services durant le confinement. Les jeunes pousses spécialisées dans l'éducation et la HealthTech en ont vraiment profité et ont grossi leur fichier clients. Nous sommes contents de cette communication, qui fait partie du cahier des charges "mettre en avant nos entreprises".

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Au-delà du soutien local, au niveau national deux plans ont été annoncés, à savoir un premier en mars de 4 milliards d'euros et un second plus tard de 1,2 milliard, dédiés aux startups. Comment ont-ils été accueillis par l'écosystème innovant de Toulouse ?

Sur Toulouse, ce qu'on peut témoigner et qui nous satisfait, c'est que les banques ont vraiment joué le jeu par rapport aux PGE et dans un temps record. Il n'a fallu que quelques jours après l'annonce du soutien aux entreprises technologiques pour que les startups aient les fonds sur leurs comptes.

Pour les entreprises qui n'y ont pas eu accès, il y a eu un abondement de 80 millions d'euros du fonds French Tech Bridge, dont l'enveloppe atteint un total de 160 millions d'euros. Celui vise à financer des entreprises entre deux levées de fonds, sans parler du lancement d'une offre de prêts, d'un total de 100 millions d'euros, gérée par BPI France.

Il y a aussi le "PlanTech", avec une préoccupation particulière de l'État face aux fonds étrangers. Ainsi, via le dispositif "French Tech Souveraineté", un véhicule d'investissement géré par BPI France à vocation à la fois offensive et défensive de 150 millions d'euros, l'idée sera de soutenir et protéger des entreprises technologiques d'avenir.

Malgré tous ces plans, est-ce que la crise économique qui s'annonce ne va pas mettre à mal l'entrepreneuriat et l'innovation ?

C'est possible, mais c'est avant tout un problème de communication. Le message que nous adressons aux jeunes diplômés est de créer leur propre entreprise en leur faisant comprendre que ça peut être une vraie alternative à la recherche d'emploi. On recommande à tous les boursiers d'adhérer au programme French Tech Tremplin par exemple. Il faut se lancer et ne pas avoir peur. Aujourd'hui, par exemple, on sait qu'un chercheur sur deux est motivé pour la création d'une entreprise, il faut qu'ils saisissent les leviers disponibles et sautent le pas...

Néanmoins, le mode de financement des startups est fragile, notamment pour celles à la recherche de leur première levée et qui tournent généralement à perte. N'allons-nous pas vers plus de mortalité pour cette catégorie de jeunes entreprises ?

Il est clair que pour une startup qui se lance, aller chercher du financement va être plus compliqué après la crise sanitaire de la COVID-19, qu'auparavant. Les investisseurs vont se montrer un peu frileux, c'est logique. Cependant, pour l'instant il est difficile de sortir quelconque conclusion, la seule chose que l'on constate c'est que ceux qui étaient déjà engagés vont continuer. On a également sondé les investisseurs locaux, qui semblent être conscients du futur défi à relever.

En parlant de défi à relever, pensez-vous que la vague verte des élections municipales va être bénéfique aux startups en donnant davantage d'importance à la transition écologique ?

L'impact écologique était déjà dans notre cahier des charges, notamment via le French Tech Tremplin. Évidemment, on cherche également à évangéliser les autres startups pour qu'elles travaillent mieux, de manière plus verte. Elles sont elle-mêmes mobilisées d'ailleurs, même si c'est compliqué pour certaines PME d'entamer ce virage vert.

Cependant cela va bientôt être indispensable : il y a une vraie demande des particuliers sur les matériaux utilisés, sur le recyclage des résidus, etc. En BtoC, c'est incontestable. Aujourd'hui, il est important d'être vert et de réfléchir à l'impact écologique de nos nouveaux produits.

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Le numérique recrute

Si les startups vont devoir affronter une crise économique inédite malgré les aides de l'État, les recrutements ne sont pas pour autant à l'arrêt. Selon Alexis Janicot, le directeur délégué de la French Tech Toulouse, 330 offres d'emploi sont à pourvoir dans le numérique en Haute-Garonne, et une grande partie au sein de jeunes entreprises.

Un volume d'offre qui a triplé depuis la fin du confinement, avec une dynamique d'embauche précise : selon l'APEC, 33 % des offres de cadres sur la Haute-Garonne concernent la filière numérique.

Pour que ces embauches puissent avoir lieu, la French Tech a décidé de mener une action collective avec plusieurs acteurs de la filière, dont notamment Pôle Emploi Haute-Garonne, qui veut fédérer les acteurs locaux de l'emploi et du numérique pour favoriser les recrutements de ce secteur.

"Plus de la moitié des offres dans le numérique émanent de startusp et des entreprises très actives qui s'adaptent à la situation actuelle. Il faut que nous puissions accompagner ces entreprises et répondre de manière souple aux besoins du numérique. Beaucoup de demandeurs d'emplois pensent qu'ils n'ont pas la technique ou le savoir-faire. Nous essayons d'ouvrir le numérique à cette adaptation et d'accueillir des publics différents. Nous nous sommes donc développé aux agences de Labège et de Jolimont autour du label "Le numérique embauche" pour faire comprendre qu'il y a de la place pour plusieurs profils, et qu'il y a une belle dynamique !", explique Valérie Villemur, manager de proximité à Pôle Emploi.

En complément de différentes actions menées dans les semaines à venir par Digital 113, la Mêlée ou la French Tech Toulouse, la plateforme DigitalSkills financé par l'État permet aux entreprises de la région Occitanie, aux demandeurs d'emploi ou aux organismes de formation de se retrouver sur un Hub numérique, où plus de 1000 formations numériques sont proposées.

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