Aéronautique : Ascendance Flight Technologies, l'avionneur qui mise sur l'hybride

Installée à Toulouse depuis un an, la startup industrielle Ascendance Flight Technologies cofondée par quatre anciens ingénieurs d'Airbus veut décarboner le trafic aérien dès à présent. Pour cela, les 30 salariés de la jeune pousse travaillent à la fois sur un système de motorisation hybride et un petit aéronef, lui aussi hybride. Le prototype de ce dernier pourrait effectuer son premier vol officiel à Paris, dès 2023, avant de s'afficher aux Jeux Olympiques de 2024.

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Au-delà de développer un système de motorisation hybride, Ascendance Flight Technologies développe son propre aéronef à Toulouse.
Au-delà de développer un système de motorisation hybride, Ascendance Flight Technologies développe son propre aéronef à Toulouse. (Crédits : Ascendance Flight Technologies)

Il est le troisième avionneur de la région toulousaine. Après Airbus et l'arrivée remarquée d'Aura Aéro qui développe un petit avion électrique pour 2026, c'est Ascendance Flight Technologies qui fait également parler de lui. Alors que la filière aéronautique se plie en quatre pour tenir l'objectif d'un avion totalement décarboné à l'horizon 2035, la startup industrielle installée depuis quelques mois à Toulouse propose un chemin alternatif pour y parvenir.

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"Nous visons la décarbonation de l'aéronautique, mais notre vision est que cette décarbonation sera avant tout hybride. Le 100% électrique via des batteries est impossible techniquement, hormis pour les petits aéronefs jusqu'à quatre places. Aujourd'hui, nous avons déjà développé un système de motorisation hybride qui permet d'avoir 50 à 80% d'émissions polluantes en moins, qui peut remplacer les moteurs actuels. Pourquoi attendre cinq ans pour changer quelque chose alors que nous pouvons avoir un impact dès maintenant, tout en pensant à demain ?", lance Jean-Christophe Lambert, le cofondateur et CEO d'Ascendance Flight Technologies.

Cet ancien ingénieur d'Airbus, notamment impliqué sur le programme E-Fan (depuis arrêté), propose un moteur aujourd'hui qui mélange à la fois une source électrique et thermique. Mais demain, à horizon 2028, le dirigeant veut que le kérosène soit remplacé par du fioul décarboné ou de l'hydrogène vert, offrant ainsi un moteur propre.

C'est notamment pour assurer le développement de sa technologie que la jeune entreprise a annoncé ces derniers jours l'intégration au sein de son board de Jean-Paul Hertman, l'ancien PDG du motoriste Safran, ou encore Jean-Christophe Kugler, l'ancien directeur des opérations Europe de Renault qui a vécu au sein du constructeur le passage aux moteurs hybrides et électriques.

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Une concurrence internationale bien avancée

Renforcé par ces mentors, qui ont notamment investi dans l'entreprise, Jean-Christophe Lambert espère annoncer des premiers accords commerciaux officiels dès 2023. "Le marché est bien plus réceptif à ce que nous faisons depuis la crise sanitaire", admet-il. Avec cette solution, Ascendances Flight Technologies vise le marché des avions court et moyen courriers, celui des hélicoptères et des drones à forte capacité.

Mais le temps presse car la concurrence est rude, à l'échelle mondiale. Sur le même marché, l'américain Joby Aviation ne cesse de multiplier les opérations de développement, tout comme l'allemand Lilium qui vient d'entrer en bourse, sans parler de l'autre américain Archer Aviation et le chinois EHang qui ont présenté des prototypes tout récemment.

"Ils sont partis bien avant nous et certains ont dépassé le milliard de valorisation en bourse donc l'idée est de se démarquer... Mais en France, il n'y a pas les mécanismes pour soutenir les startups industrielles comme la nôtre. Nous allons ouvrir des antennes à l'étranger d'ici deux ans", annonce l'ancien salarié d'Airbus.

Néanmoins, la société se développe. Depuis sa naissance en 2018, la startup emploie déjà une trentaine de personnes, avant 50 en 2022, puis une centaine dès 2024. "La société est financée", rassure l'entrepreneur. Après avoir fait une première levée de fonds en 2020, dont il refuse de communiquer le montant, Jean-Christophe Lambert en prépare une seconde pour la fin d'année, dont il tient à garder pour lui ses ambitions en la matière.

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Dans le ciel de Paris dès 2023 ?

Quoi qu'il en soit, ces deux opérations n'ont qu'un seul et même objectif : développer à Toulouse à la fois "un mini-Airbus et un mini-Safran". Car le système de motorisation hybride développé par Ascendance Flight Technologies, au-delà d'être commercialisé, va surtout servir à équiper le propre petit aéronef développé par l'entreprise. De cinq places, d'une autonomie de 400 kilomètres et d'une vitesse de vol de 200 km/h, VTOL sera un avion à décollage et à atterrissage vertical.

"Aujourd'hui, nous sommes sur un prototype à échelle 1/4 en essai vol et là nous travaillons sur un prototype à l'échelle 1", fait savoir Jean-Christophe Lambert, qui vient de ficeler un partenariat avec Capgemini pour accélérer sur l'ingénierie. Une fois en service, ce petit aéronef pourrait servir aux urgences médicales, aux actions de surveillance et au transport de personnes estime Ascendance Flight Technologies, qui a déjà engagé des discussions avec des opérateurs en vue d'acter des ventes.

Ce nouvel engin doit atterrir sur le marché à l'horizon 2024, si le planning est respecté. Pour cela, l'entreprise, qui mène actuellement ses essais à Francazal, va déménager du côté de Muret où un local de 1000 m2 l'attend. D'ailleurs, la région Occitanie va accompagner l'entreprise dans cette opération à hauteur de 250.000 euros, car la collectivité a retenu ce projet dans le cadre de l'appel à manifestation d'intérêt sur l'avion décarboné et léger. "Ce déménagement va nous permettre d'augmenter notre capacité d'essais et de prototypage", précise le dirigeant qui réfléchit néanmoins à l'idée de garder un pied-à-terre du côté de l'ancienne base militaire. Avec le soutien du tissu académique et de la filière aéronautique, la collectivité va investir dans la création d'un technocampus dédié aux mobilités à hydrogène d'ici quatre ans et dont son premier chantier sera l'avion à hydrogène. Un point qui intéresse sensiblement la jeune pousse par conséquent.

D'ici là, le petit aéronef hydride d'Ascendance Flight Technologies pourrait voler en région parisienne dès 2023. L'entreprise toulousaine vient d'être retenue, dans le cadre d'un appel à projets mené par les Aéroports de Paris, la région Ile-De-France et la RATP, pour mener des expérimentations sur ce territoire en vue d'une exploitation lors des Jeux Olympiques de Paris en 2024.

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