Insuffisance cardiaque : le CHU de Toulouse mise sur la télésurveillance

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Le professeur Michel Galinier, chef du service cardiologique de l'hôpital de Rangueil propose la télésurveillance à une vingtaine de ses patients insuffisants cardiaque.
Le professeur Michel Galinier, chef du service cardiologique de l'hôpital de Rangueil propose la télésurveillance à une vingtaine de ses patients insuffisants cardiaque. (Crédits : CHU de Toulouse)
Depuis le 19 mars 2018, le CHU de Toulouse a mis en place un dispositif de télésurveillance à domicile pour les patients atteints d'insuffisance cardiaque. Une technologie autorisée par la loi depuis décembre 2016 et utilisée par plusieurs hôpitaux de France. Le but est de suivre quotidiennement le malade afin d'anticiper et éviter une éventuelle hospitalisation. Une centaine de patients devraient en bénéficier d'ici la fin de l'année.

En partenariat avec Air Liquide, qui commercialise des outils de télésurveillance, le centre hospitalier universitaire (CHU) de Toulouse, fait bénéficier, depuis quelques semaines, ses patients insuffisants cardiaques d'un système de télésurveillance à domicile. Ces malades souffrent d'une incapacité du coeur à pomper suffisamment de sang pour répondre aux besoins de l'organisme. L'enjeu de ce suivi à distance est d'éviter des hospitalisations en intervenant avant que le patient ne décompense (lorsque les mécanismes activés par l'organisme pour compenser l'insuffisance ne fonctionnent plus correctement).

"Le but est de détecter des signes prémonitoires d'une décompensation cardiaque, environ une dizaine de jours avant qu'elle ne survienne. Les patients ne se rendent pas forcément compte des symptômes et quand ils les remarquent, il est trop tard, il faut les hospitaliser et leur vie est en danger de mort", explique le professeur Michel Galinier, chef du service cardiologique de l'hôpital de Rangueil.

L'intérêt est donc médical mais pas que, puisqu'en évitant les hospitalisations de certains patients, la sécurité sociale réalise des économies financières."Les séjours à l'hôpital représentent environ 70% des coûts de traitement de l'insuffisance cardiaque", précise le professeur.

Couplé avec une éducation thérapeutique

Ce système de télésurveillance, nommé Chronic Care ConnectTM Cardiologie, fonctionne avec deux outils connectés l'un à l'autre : une tablette tactile et une balance, fournies au malade. Durant six mois, tous les matins, à la même heure, le patient se pèse et répond à huit questions, sur de possibles symptômes, sur sa tablette : Avez-vous eu cette nuit des troubles respiratoires plus forts que la nuit précédente ? Avez-vous eu besoin la nuit dernière d'un oreiller supplémentaire pour mieux respirer ? Toussez-vous plus que d'habitude ? Est-ce que vos jambes sont plus enflées que d'habitude ? Vous sentez-vous aujourd'hui plus fatigué ? Avez-vous ressenti ou ressentez-vous des palpitations ? Avez-vous ou avez-vous eu de la fièvre au-dessus de 38.5 °C ? Votre activité physique est-elle plus limitée que les jours précédents ?

Les informations récoltées sur l'évolution du poids et les réponses aux questions journalières sont ensuite étudiées par des infirmières spécialisées en insuffisance cardiaque. En cas de problème, celles-ci sont averties par des alertes.

"L'infirmière va éliminer les fausses alertes et y répondre si les raisons sont simples. Par exemple si le malade n'a pas pris ses médicaments depuis deux jours, s'il ne suit pas son régime sans sel, s'il est allé au restaurant la veille et qu'il a pris du poids. En cas de réelle alerte, l'infirmière nous passe le relais et si nécessaire nous le faisons venir le patient à l'hôpital pour une consultation où nous téléphonons à son médecin généraliste pour une solution thérapeutique", explique Michel Galinier.

Cet outil est couplé comme le stipule la loi avec de l'éducation thérapeutique. Elle permet d'impliquer le patient et de l'éduquer sur les signes avant-coureurs de décompensation, les régimes alimentaires, le traitement, les activités physique...etc. Cet accompagnement se fait avec un médecin soit en présentiel soit par de longues conversations téléphoniques.

"Tout ce qui prévient et permet de mieux traiter les patients est à mon sens un progrès. Cependant, ce nouvel outil ne doit pas écarter la place essentiel du médecin généraliste. Il reste la base de la prise en charge. C'est un partenariat entre la télésurveillance et le médecin généraliste", souligne le chef du service cardiologique de l'hôpital de Rangueil.

Une centaine d'utilisateurs d'ici la fin de l'année

La durée de six mois de télésurveillance à domicile est renouvelable si le malade adhère au concept et si son état l'inclut dans le processus.

"Pour en bénéficier, le malade doit correspondre à des critères de sévérité. Soit il a eu une décompensation récente soit il a été hospitalisé dans l'année qui précède", précise le professeur Galinier.

Proposé depuis le 19 mars 2018, Chronic Care ConnectTM Cardiologie est utilisé par une vingtaine de patients du CHU de Toulouse. Ce chiffre devrait s'élever à une centaine d'ici la fin de l'année. À noter que ce service est gratuit pour les insuffisants cardiaques.

Les hôpitaux et les médecins libéraux qui proposent la télésurveillance sont rémunérés à hauteur de 70 euros par médecin et 60 euros par infirmière, par semestre.

"C'est une entrée en mesure des nouvelles tarifications qui se profile. On ne sera plus payés à l'acte mais pour une action globale", conclut Michel Galinier, chef du service cardiologique de l'hôpital de Rangueil.

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