Numérique : la galaxie toulousaine du logiciel libre

Éditeurs, développeurs, associations... La métropole toulousaine compte aujourd'hui en son sein une vingtaine d'acteurs du logiciel libre (licence libre de droits). Un tout petit écosystème comparé aux grandes industries de la capitale régionale, mais ce secteur en plein essor recrute à tour de bras et certains éditeurs, à l'image d'Ametys ou BlueMind, ont réussi en cinq années à acquérir une stature nationale voire internationale.
L'association Solibre rassemble une vingtaine de sociétés toulousaines de l'open source.
L'association Solibre rassemble une vingtaine de sociétés toulousaines de l'open source. (Crédits : DR)

Ametys, Avencall, BlueMind, Objectif Libre... Ces noms ne vous disent peut-être rien, pourtant ils sont les fleurons du logiciel libre à Toulouse.

Contrairement aux outils du géant Microsoft, les logiciels libres sont distribués selon une licence libre qui permet à ses utilisateurs d'exploiter (souvent de manière gratuite) l'outil et de pouvoir le modifier. Au-delà des gains en termes de coûts, ces logiciels permettent aux utilisateurs de garder une certaine maîtrise sur le logiciel. Face aux pionniers du marché à l'image de Mozilla Firefox, Open Office ou VLC, quelques Toulousains parviennent à conquérir une large audience dans le milieu.

Les éditeurs

Pierre Baudracco est le PDG de BlueMind, un outil de messagerie collaborative. Il est également président de l'association SoLibre et, pour lui, Toulouse est bien positionnée sur le secteur du logiciel libre :

"En France, on dénombre 400 sociétés du logiciel libre avec une majorité de petits acteurs, des TPE qui comptent moins de 10 salariés (la plus importante société compte plus de 100 personnes, NDLR). L'association toulousaine que je préside compte pour sa part une vingtaine d'acteurs : des éditeurs qui conçoivent les logiciels et des prestataires de services qui se chargent du développement, de l'intégration et de la maintenance de ces logiciels. La force de Toulouse est d'avoir 4-5 éditeurs qui sont des acteurs majeurs au niveau national et qui ont réussi à passer le cap des 15 salariés."

Même si les volumes ne sont pas comparables aux grandes industries de la région, les sociétés toulousaines du logiciel libre agrandissent leurs équipes à vitesse grand V. 14 offres d'emploi en CDI sont ainsi disponibles sur le site de l'association SoLibre. Ainsi, la société BlueMind, fondée fin 2010, a vu ses effectifs doubler depuis un an et demi (17 salariés) et a réalisé 750 000 euros de chiffre d'affaires en 2014.

Même réussite du côté de Ametys, qui distribue depuis 2007 un CMS, un outil dédié à la gestion et la publication de sites web institutionnels ou intranet. La société qui compte 19 salariés à réalisé 1,4 million d'euros de chiffre d'affaires l'an dernier.

Gauthier Ubersfeld, le PDG d'Ametys, compte parmi ses clients autant d'institutionnels que de sociétés privées :

"Plus de 35 000 sites sont aujourd'hui motorisés en France par Ametys. Les laboratoires Merck sont notre plus gros client via la plateforme Docvatis qui permet aux médecins d'animer leur propre site internet. Au niveau institutionnel, nous travaillons avec le Conseil départemental de Haute-Garonne et le Sicoval. Mais nos plus gros clients sont aujourd'hui à l'international : Canada, Italie, Espagne, Belgique..."

Dans le secteur public, le logiciel libre connaît un engouement très prononcé dans le milieu universitaire. Ametys se targue d'équiper "la moitié des universités françaises et plusieurs université en Espagne comme celle de Saragosse". Créateur d'un logiciel de voix sur IP (qui permet de téléphoner via internet à l'image de Skype), la société toulousaine Avencall a de son côté été choisie pour équiper 6 000 postes informatiques de l'université Paul Sabatier.

Les collectivités comme les entreprises y voient un moyen de réaliser des économies. Par exemple, en faisant basculer l'ensemble des postes administratifs sur LibreOffice, Toulouse Métropole a annoncé l'an dernier avoir réalisé un million d'euros d'économies en trois ans. Le logiciel étant gratuit, le modèle économique des éditeurs repose sur des services de maintenance et de suivi techniques payants.

"Utiliser un logiciel libre ne coûte pas forcément moins cher mais les utilisateurs recherchent aussi à garder la maîtrise et de l'autonomie vis-à-vis du logiciel, avance Pierre Baudracco. Il y a deux ans, Microsoft a réalisé un audit de ses clients pour contrôler le nombre de licences utilisées en entreprise, vérifier qu'ils n'utilisaient pas 20 licences pour alors que 50 étaient nécessaires. J'ai l'exemple d'un entrepreneur qui s'est vu ainsi réclamer 800 000 euros par Microsoft. Une telle somme peut mettre en péril une entreprise. Les entreprises réfléchissent à deux fois avant de s'engager pour une licence payante."

Les sociétés de services

À côté de tous ces éditeurs, Toulouse compte un petit nombre de prestataires du logiciel libre chargés de développer et intégrer les logiciels ainsi que de former les clients. C'est ce que font les sociétés Makina Corpus, Logilab ou encore la société Objectif Libre, qui s'est positionnée sur la formation Linux. Makina Corpus possède également une activité de cartographie dynamique et a ainsi réalisé, lors des dernières municipales, une carte interactive de Toulouse où l'on pouvait voir les différents résultats du premier tour selon les bureaux de vote.

De son côté, la société d'ingénierie Open Wide dispose de nombreux clients dans le secteur aéronautique.  "Dès 2006, Airbus a sollicité les experts d'Open Wide Ingénierie pour la fourniture d'une plateforme logicielle Linux temps réel qui servira de socle à l'ensemble des plateformes de simulation A380 et A400M. La solution développée par nos experts a été déployée en 2008 et son utilisation s'est généralisée à l'ensemble des plateformes de simulation Airbus", précise ainsi l'entreprise sur son site internet.

Par ailleurs, l'entreprise a noué un partenariat avec le groupe Zodiac pour concevoir un IFE (un écran disposé sur les sièges des passagers d'un avion qui leur permet de regarder un film ou écouter de la musique) entièrement basé sur des technologies "libres".

Les associatifs

Les associations forment la troisième composante de cette galaxie toulousaine du logiciel libre. SoLibre concentre une vingtaine de professionnels du secteur. "Il n'y a pas de compétition entre nous, assure son président Pierre Baudracco. Des partenariats technologiques ont d'ailleurs vu le jour." Ainsi, BlueMind et Avencall collaborent ensemble pour développer un logiciel collaboratif qui associe une messagerie et la technologie Voix IP. Objectif : "si vous recevez un e-mail vous pourrez directement téléphoner par internet avec le correspondant qui a laissé ses coordonnées dans le mail."

Outre l'association professionnelle SoLibre, Toulouse compte deux autres structures associatives dédiées davantage aux particuliers : l'acteur historique Culte (Club des utilisateurs de logiciels libres), la première association consacrée à ce thème et fondée en 1996, et TouLibre créée en 2007. "Nos membres ont entre 18 et 80 ans, explique Aymeric Petit, membre de TouLibre. Nous avons quelques professionnels, mais notre objectif est plutôt la démocratisation auprès du grand public avec des séances d'initiations aux différents logiciels." TouLibre organise chaque année le Capitole du Libre, un événement de découverte des logiciels libres qui a réuni en 2014 plus de 1 000 participants.

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